Maroc

30 avril 2019 10:51; Act: 30.04.2019 11:22 Print

Scandinaves tuées: le procès s'ouvre jeudi

Une vingtaine de personnes doivent rendre des comptes devant la justice marocaines, dès jeudi, pour le meurtre de deux touristes scandinaves.

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Deux touristes scandinaves avaient été tuées dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018. (Photo: AFP)

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Un marchand ambulant proclamé «émir», un plombier, un menuisier... Les suspects accusés d'avoir tué, égorgé et décapité deux touristes scandinaves en décembre 2018 au Maroc avaient adhéré à un «credo djihadiste», selon les enquêteurs marocains.

Les quatre principaux suspects comparaîtront à partir de jeudi aux côtés d'une vingtaine d'autres, interpellés en raison de leur lien avec les tueurs présumés. La plupart sont accusés d'appartenir à un groupe imprégné de l'idéologie du groupe Etat islamique (EI), «sans contact» avec des cadres opérationnels en Syrie ou en Irak, comme l'a dit le chef de l'antiterrorisme marocain Abdelhak Khiam à l'AFP après leur arrestation.

Issus de milieux modestes, avec un niveau d'instruction «très bas», ils vivaient d'activités précaires dans des quartiers pauvres et déshérités de Marrakech.

«L'émir»

Abdessamad E., un marchand ambulant de 25 ans originaire de la région de Marrakech, est considéré comme «l'émir» du groupe. Il avait été par le passé condamné par la justice marocaine pour avoir tenté de rejoindre l'EI en Syrie. Remis en liberté en 2015, il a réuni autour de lui des hommes décidés à mener des actions au Maroc, selon les enquêteurs.

C'est lui qui parle dans une vidéo tournée une semaine avant le meurtre et dans laquelle il prête allégeance au chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, aux côtés des trois autres principaux suspects. Selon le site d'information marocain Médias24, qui cite des documents judiciaires, il a organisé l'expédition dans l'Atlas et tué l'une des deux touristes avec un couteau.

Le menuisier

Un menuisier de 27 ans aurait également participé à l'assassinat. Il a été arrêté avec ses deux compagnons alors qu'ils tentaient de quitter Marrakech dans le but de passer une frontière et de rejoindre la Libye, selon les enquêteurs.

Il était perçu comme «un garçon sans histoire» et ne «manifestait aucun signe de radicalisation», selon des témoignages recueillis par l'AFP dans le quartier d'Al-Azzouzia, une banlieue déshéritée de Marrakech où il vivait.

Selon ses proches, il était devenu adepte du salafisme quelques mois avant le double assassinat. Il s'était laissé pousser la barbe et portait un qamis, long vêtement blanc prisé des salafistes.

Le marchand ambulant

Un marchand ambulant de 33 ans aurait lui aussi participé au crime. Comme Abdessamad E., il vivait dans la commune rurale de Harbil, une bourgade défavorisée située à une vingtaine de kilomètres de Marrakech.

Ses proches ont affirmé à des médias qu'il s'était «isolé» les mois précédents le meurtre. Comme ses présumés complices, il s'était rasé la barbe et avait délaissé ses vêtements traditionnels après avoir enregistré la vidéo d'allégeance.

Le plombier

Un plombier de 33 ans a été interpellé dans le quartier d'Al-Azzouzia quelques heures après la découverte des corps. Il se serait rendu dans l'Atlas avec ses compagnons, mais les aurait quittés avant l'assassinat.

Il y a environ trois ans, il était devenu adepte du salafisme. Il avait ensuite démissionné d'un hôtel qui servait de l'alcool, refusait de serrer la main des femmes et s'opposait à la mixité lors des célébrations familiales, selon des témoignages de ses proches. C'est à son domicile que la vidéo d'allégeance aurait été tournée, selon des médias locaux.

Les autres prévenus

Les vingt autres prévenus ont été interpellés à Marrakech ou dans dans d'autres villes en raison de leurs liens avec les tueurs présumés. Tous appartenaient au groupe fondé par «l'émir» et «avaient la même philosophie», selon les enquêteurs.

Parmi eux, un converti hispano-suisse de 25 ans, accusé de «constitution d'une bande pour porter atteinte à l'ordre public», d'«aide préméditée à des auteurs d'actes terroristes» et d'«entraînement de personnes en vue de commettre des actes terroristes». Il a clamé son innocence devant le juge d'instruction.

«Imprégné de l'idéologie extrémiste», il est soupçonné d'avoir appris aux principaux suspects à utiliser une messagerie cryptée, de «les avoir entraînés au tir» et d'avoir participé à l'embrigadement de recrues, selon les enquêteurs.

«Il connaissait les auteurs»

Le jeune homme s'est converti à l'islam en 2011 à la mosquée du Petit-Saconnex et s'est radicalisé à Genève, a expliqué Abdelhak Khiam dans une interview publiée début janvier par la «Tribune de Genève» et «24 Heures».

Il «n'est pas directement impliqué dans l'assassinat des deux étudiantes, mais il connaissait les auteurs», a-t-il ajouté. Il a participé à «plusieurs réunions secrètes avec les membres» de la cellule démantelée. «Ensemble, ils ont visionné des films de propagande de Daech».

Le jeune homme était par ailleurs connu de la police genevoise pour des faits de droit commun commis entre 2007 et 2013. Il a été condamné pour infraction à la loi sur les stupéfiants, vol, cambriolage, dommages à la propriété, agression et violence conjugale.

(nxp/ats)