Espagne

12 octobre 2018 09:52; Act: 12.10.2018 10:02 Print

Semaine noire pour les indépendantistes catalans

Les deux formations séparatistes qui gouvernent en Catalogne ont perdu mardi, la majorité dont ils disposaient.

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Le 27 octobre 2017, le Parlement de Catalogne annonçait que la région devenait une République. Une rupture sans précédent en Espagne. La tension commence vraiment avec la . Les paysans catalans se révoltent en 1640 contre le roi qui les écrase sous les taxes pour financer la guerre contre la France et tuent le vice-roi. Cet épisode constitue l'hymne national catalan. Mais les choses se gâtent encore plus Durant la guerre de succession d'Espagne, Barcelone choisit le camp des Habsbourg contre les Bourbon. Ceux-ci triomphent et leur roi, Felipe V, écrase la ville. Une chute commémorée via la fête nationale catalane. Au 20e siècle, après la proclamation de la IIe République, la Catalogne obtient un de Catalogne. Le 6 octobre 1934, une très éphémère république catalane est même proclamée. Mais la guerre civile espagnole éclate après la victoire en France du Front populaire en 1936. Elle se solde par la victoire du général nationaliste Franco en , qui était restée fidèle à la République. Après la chute du régime de Franco en 1975, Juan Carlos 1er fait renaître la démocratie en Espagne. En 1978, la dote la Catalogne d'une large autonomie, qui peut disposer de son propre parlement et gouvernement En mars 2006, à la suite d'intenses négociations avec Madrid, le . La région devient une nation dans l'Etat espagnol. Avec ce statut, les Catalans ont leur propre drapeau national, leur hymne et fêtes populaires. Mais le Parti populaire de l'actuel président espagnol Mariano Rajoy fait recours auprès du Tribunal constitutionnel qui Des milliers de manifestants protestent à Barcelone en juillet 2010. En septembre 2012, des milliers de Catalans sont à nouveau dans la rue pour réclamer un . Mais Marino Rajoy, au pouvoir, refuse de négocier. En 2014, le président catalan Artur Mas convoque le peuple . Accepté à 80% des votants, le vote est déclaré nul par le Tribunal constitutionnel saisi par le gouvernement de Manuel Rajoy. Le 9 juin 2017, Carlos , séparatiste de longue date, devient président de Catalogne. Contre l'avis de Madrid, il annonce la tenue du référendum d'autodétermination le 1er octobre. malgré la présence de 10'000 gardes civils et la confiscation du matériel de vote par Madrid. Le oui l'emporte à 90% et le taux de participation est de 43%. Le gouvernement de Madrid, qui a interdit le vote, réprime les opérations au prix de qui font au moins 200 blessés. Journée de grève générale et de manifestations monstres à Barcelone mais aussi ailleurs en Espagne le 3 octobre 2017. Ce même 3 octobre, l'attitude du gouvernement catalan et son manque de loyauté. Le 8 octobre 2017, au moins pour défendre le maintien de la Catalogne dans l'Espagne.

Une faute?

Le front des partis indépendantistes qui avait mené il y un an la Catalogne au bord de la sécession avec l'Espagne s'est rompu cette semaine alors que la base est déjà en révolte contre les dirigeants.

Les deux formations séparatistes qui gouvernent en Catalogne ont perdu mardi, à l'ouverture de la session du parlement régional, la majorité dont ils disposaient depuis septembre 2015, faute de s'entendre sur la stratégie à suivre.

Ensemble pour la Catalogne (JxCat), le parti du président destitué Carles Puigdemont qui s'est exilé en Belgique, voulait une nouvelle fois défier l'Etat en faisant voter des députés régionaux alors qu'ils ont été suspendus en raison de leur inculpation pour rébellion.

ERC (gauche républicaine catalane), le plus ancien des partis indépendantistes, a refusé de se prêter à cette désobéissance qui aurait exposé aux foudres de la justice un de ses principaux dirigeants en liberté, le président du parlement régional Roger Torrent. Il a rejoint l'opposition pour bloquer la manoeuvre de JxCat, dont les quatre députés suspendus n'ont pas pu voter.

Résultat, le gouvernement catalan n'a plus que 61 appuis parmi les 135 députés régionaux. Et même en comptant le petit parti de gauche radical CUP, les séparatistes n'ont plus que 65 députés, alors qu'ils avaient réussi à conserver la majorité absolue aux élections de décembre dernier, malgré l'échec de leur proclamation d'indépendance du 27 octobre.

Dans la foulée, les séparatistes ont échoué à faire voter des résolutions non contraignantes mais hautement symboliques pour leur mouvement, dont une qui réaffirmait le droit à l'autodétermination, leur principale revendication.

- Tenir jusqu'au procès -

«Ils ne nous diviseront pas. Nous irons jusqu'au bout», a lancé mercredi le président régional Quim Torra, alors que l'opposition le défie de convoquer des élections anticipées. Son gouvernement veut tenir jusqu'à la sentence dans le prochain procès des dirigeants poursuivis pour leur rôle dans la tentative de sécession. Le procès doit s'ouvrir au début de 2019 et les indépendantistes espèrent que des condamnations sévères provoqueront un sursaut d'unité dans le mouvement. «Je ne sais pas s'ils peuvent durer autant de mois», a commenté Oriol Bartomeus, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone.

«Je ne dirais pas que le gouvernement va tomber mais il est dans une position périlleuse, pas tellement faute de majorité mais en raison de ses divisions internes, parce qu'il est manifeste que les deux partis ne s'entendent pas». Les relations entre ERC et la formation de Puigdemont ont toujours été tendues parce qu'ils se disputent la direction du mouvement.

«Maintenant c'est un tour de vis supplémentaire: ce n'est plus seulement une rivalité électorale mais ils ont deux visions stratégiques divergentes», dit Oriol Bartomeus. L'arrivée au pouvoir à Madrid du socialiste Pedro Sanchez, qui se montre prêt au dialogue avec eux, a aggravé les différences, a-t-il ajouté. Les partisans de Puigdemont croient que la seule façon d'obtenir quelque chose de Madrid est d'entretenir la tension. ERC préfère l'apaisement pour continuer patiemment à attirer plus d'électeurs à la cause indépendantiste, qui avait recueilli 47% des voix aux dernières élections.

- La base se rebelle -

Torra, un militant radical sans expérience du pouvoir, fait de l'équilibrisme. Il négocie avec le gouvernement de Pedro Sanchez tout en appelant à la mobilisation permanente dans des déclarations incendiaires. Mais la base perd patience. Le 1er octobre, anniversaire du referendum d'autodétermination interdit, les manifestants ont réclamé sa démission et tenté de prendre d'assaut le parlement.

Les militants qui il y a un an affrontaient les policiers envoyés par Madrid pour les empêcher de voter se sont battus ce soir là contre la police régionale sous les ordres de Torra, qui les avait encouragés à manifester.

La puissante association indépendantiste ANC, organisatrice des manifestations massives de ces dernières années, lui a lancé un ultimatum. S'il ne présente pas avant 2019 une stratégie pour faire de la République catalane une réalité, elle lui retirera son appui.

(nxp/afp)