Rio de Janeiro

21 février 2019 22:54; Act: 21.02.2019 22:54 Print

Des habitants exécutés par des snipers de la police?

Des tireurs d'élite feraient régner la terreur dans une favela depuis le mois d'octobre dernier. Cinq habitants auraient en effet été tués par des tirs provenant d'une tour d'un poste de police.

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Des habitants d'une favela de Rio pourraient avoir été tués par des tireurs d'élite de la police, selon une enquête suivie de près par plusieurs ONG brésiliennes. Ces cinq cas présumés, recensés d'octobre à janvier, ravivent les inquiétudes des défenseurs des droits de l'Homme. Elles redoutent que le discours sécuritaire du président d'extrême droite Jair Bolsonaro et du gouverneur de Rio, Wilson Witsel, n'encourage les exécutions sommaires.

Carlos Lontra, 27 ans, a été mortellement touché par balle le 25 janvier, près d'une place de la favela de Manguinhos, au nord de Rio. Quatre jours plus tard, c'était au tour de Romulo Silva, 37 ans, d'être abattu au même endroit, tandis qu'il roulait à moto. Le même jour, un jeune de 22 ans, a été atteint par un tir dans des circonstances similaires, mais a survécu. «Les habitants ont dit que les victimes ne représentaient aucune menace quand ils ont été abattus», explique à l'AFP Maria Laura Canineu, directrice d'Human Rights Watch (HRW) au Brésil. «Ces dénonciations sont extrêmement graves parce que, si les faits sont prouvés, il s'agit d'actes totalement illégaux de la part de la police», ajoute-t-elle.

Les fusillades sont monnaie courante dans les favelas, ces quartiers populaires souvent insalubres qui rassemblent près d'un quart de la population. Mais dans les cinq cas recensés à Manguinhos, les témoignages interpellent: ils évoquent des tirs isolés, provenant d'une tour d'un poste de police situé à 250 mètres du lieu où les personnes ont été abattues. «Il n'y avait pas d'opération policière, ni d'échanges de tirs» quand ces habitants de la favela sont morts, assure à l'AFP Pedro Strozenberg, observateur indépendant de la «Defensoria Publica», un organisme public de défense des citoyens qui a suivi les expertises menées sur le terrain par les autorités.

Exécutions sommaires?

Ces dénonciations prennent d'autant plus de relief que la ville a été secouée le 8 février par la mort de 13 personnes lors d'une opération dans une favela proche du centre de Rio, avec déjà des soupçons d'exécutions sommaires.

Durant la campagne électorale, le gouverneur de Rio, Wilson Witzel, a notamment prôné l'usage de tireurs d'élite pour abattre à distance des personnes armées, même si elles ne présentent pas de risque immédiat pour les policiers.

Pour Pedro Strozenberg, les épisodes de Manguinhos «concrétisent des déclarations qui semblaient abstraites pendant la campagne électorale». «C'est inquiétant, parce qu'il y a des soupçons que ces tirs provenaient d'un poste de police pour atteindre des habitants qui passaient dans un endroit précis de façon aléatoire», souligne-t-il.

Mme Canineu considère qu'il est «prématuré d'établir un lien entre les déclarations du gouverneur et les cas de Manguinhos», mais «il est clair que son discours prônant une ligne dure en matière de sécurité peut transformer Rio en un terrain plus propice aux bavures».

Légitime défense revisitée

D'après les chiffres officiels, 1530 personnes ont été tuées lors d'interventions policières à Rio l'an dernier, un record depuis que ces statistiques ont commencé à être comptabilisées, en 2003. «Nous savons qu'un grand nombre de personnes ont été tuées lors d'affrontements avec la police, mais nous savons par expérience que beaucoup d'autres ont été exécutées, lors de sérieuses violations des droits de l'Homme de la part des forces de l'ordre», ajoute la directrice brésilienne de HRW.

Une des premières mesures mises en oeuvre par le gouvernement Bolsonaro a été d'assouplir les règles pour la détention d'armes. Le ministre de la Justice, Sergio Moro, a présenté par ailleurs une série de mesures contre la criminalité. L'une d'entre elles stipule que la notion de légitime défense peut s'appliquer quand un policier intervient «lors d'un affrontement armé» ou lorsqu'il y a le «risque d'un affrontement armé imminent». Pour les défenseur des droits de l'Homme, ce projet revient à donner «carte blanche» aux policiers pour exécuter des suspects, dans un pays considéré comme un des plus violents au monde, avec 63'000 homicides par an.

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • William le 22.02.2019 00:29 Report dénoncer ce commentaire

    400 policiers par an abatus

    1500 civils (la plupart bandits) abattus. Et combien de policiers abattus en service ? Ou alors qu'ils se baladaient avec leur famille. Le victimes collatérales sont très tristes. Mais n'oubliez jamais la réalité du terrain. W. ex-voisin de la favela Vila Pinto

  • Danslerespect le 21.02.2019 23:10 Report dénoncer ce commentaire

    Luttons pour une fois contre les cartels

    Bon, les gars, la guerre contre la drogue est une réalité depuis des décennies. Et ce n'est pas le gouvernement qui a eu le temps de changer qqch; seulement la presse qui est intéresser à le diaboliser... Cela étant, il a été élu pour intensifier la lutte.

  • Peace le 22.02.2019 04:18 Report dénoncer ce commentaire

    Justice

    Les cartels, caïds, malfrats font des exécutions sommaire.

Les derniers commentaires

  • des briques du ciment un mur ... le 22.02.2019 19:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    vu que nous somme tous égaux...

    encore un pays qui a un énorme potentiel mais qui n'a pas les cerveaux qui vont avec et qui se fait gentillement bouffer par des capitaux étrangers, pourquoi certains pays s'en sortent et d'autres pas. le premier responsable de l'immigration en masse est le pays d'où ils partent .

  • La peine de mort n'existe pas au Brésil le 22.02.2019 15:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Trop d'esprits criminels sur ce forum

    À lire les commentaires par ici, on s'aperçoit qu'il y a beaucoup de véritables nazillons en Suisse qui prônent les exécutions sommaires par la police. Vous montrez un certain visage de la Suisse... danger publique. La police qui tue des gens de façon sommaire est un criminel de pire espèce. Je vous conseille d'aller voir un filme brésilien sur dictature militaire et qui a un grand succès actuellement au festival de film Berlinale: MARIGHELLA.

  • C'est mon pays , merde. le 22.02.2019 15:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le reste , c'est encore pire

    A vous tous , c'est dommage que vous ne puissiez avoir des canaux télévisés du Brasil , vous pourriez vous faire une vraie idée sur la violence brésilienne de tous les jours de nuit comme de jour , déjà sur celui ou celle qui parque sa voiture et qui la perd en donnant les clefs , sinon , c'est une balle bien placée . bandits à moto .

  • Leo un brésilien en Suisse le 22.02.2019 13:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Brasileiros , c'est ecrit sur notre drapeau

    Le pire dans les favelas , se sont les femmes , elles pleurent leurs enfants abattus vendant de la drogue pour survivre en racontant n'importe quoi pour se venger et d'autres se font tuer à leur tour. Une roue sans fin. Et les têtes pensantes s'enrichissent sur les morts. J'espère que notre président va remettre de l'ordre , pour le bien de tous les Brésiliens .

    • MrNico le 22.02.2019 14:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Leo un brésilien en Suisse

      vive le retour de la dictature militaire ! triste à pleurer !

    • Marighella le 22.02.2019 15:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Leo un brésilien en Suisse

      C'est le moment de quitter notre pays, puisque vous aurez une place bien au chaud dans les favélas bien nettoyées. Mais je vous conseille d'attendre un peu à cause de l'odeur des cadavres.

  • Hulot le 22.02.2019 12:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Triste !

    Quand on voit tous les likes soutenant l'action de la police, je me dis qu'il manquerait peu pour que notre pays se transforme en une jungle sans foi ni lois!