Algérie

09 avril 2019 10:36; Act: 09.04.2019 14:00 Print

Abdelkader Bensalah nommé président par intérim

Une semaine après la démission de Bouteflika, Abdelkader Bensalah a été nommé mardi président par intérim. Il était pourtant la cible des manifestants.

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Le président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, a été nommé mardi président par intérim, pour 90 jours, lors d'une réunion du Parlement algérien, une semaine après la démission d'Abdelaziz Bouteflika, selon la télévision nationale.

Cette décision est conforme à ce que prévoit la Constitution, mais va à l'encontre de ce que réclament les Algériens qui continuent massivement à manifester pour réclamer le départ de l'ensemble du «système» Bouteflika, dont M. Bensalah est issu. Pas candidat à la présidentielle

Le Parlement a acté la vacance du poste de président de la République et désigné le président du Conseil de la Nation comme chef d'Etat pour une durée de 90 jours. Pendant cette période, une élection présidentielle, à laquelle M. Bensalah ne pourra pas être candidat, doit être organisée.

«Je vais travailler à concrétiser les intérêts du peuple», a-t-il déclaré devant le Parlement. «C'est une grande responsabilité que m'impose la Constitution».

Cette décision est en effet conforme à ce que prévoit la Constitution algérienne, mais va à l'encontre de ce que réclament les Algériens, qui continuent massivement à manifester pour réclamer le départ de l'ensemble du «système» Bouteflika, dont M. Bensalah est issu.

Mardi matin, à Alger, des centaines de d'étudiants descendus dans la rue scandaient «Dégage Bensalah!» et «Système dégage», devant la Grande poste. Les partis d'opposition ont boycotté la réunion du Parlement, refusant de valider la nomination de M. Bensalah

Contestation massive et inédite

Après plus d'un mois de contestation massive et inédite à travers ce pays d'Afrique du Nord, M. Bouteflika a finalement démissionné le 2 avril sous la pression conjuguée de la rue et de l'armée, qui a menacé de ne plus reconnaître son autorité.

Âgé de 82 ans, affaibli par un accident vasculaire cérébral depuis 2013, M. Bouteflika était chef de l'État depuis vingt ans, mais son souhait de briguer un cinquième mandat à la présidentielle prévue en avril a provoqué de gigantesques manifestations.

Mais vendredi, les Algériens ont à nouveau défilé en masse pour exiger que soient exclus du processus de transition les hommes clés de l'appareil mis en place par M. Bouteflika.

Un trio a été particulièrement visé: M. Bensalah, le président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz et le premier ministre Noureddine Bedoui.

«Choix cornélien»

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP, 34 députés sur 462), principal parti islamiste et longtemps soutien du camp Bouteflika avant de rompre en 2012, a indiqué qu'il boycotterait mardi la session parlementaire, refusant de «valider la désignation d'Abdelkader Bensalah comme chef de l'État par intérim» car «contraire aux revendications du peuple».

L'appel des manifestants semble avoir été entendu, puisque mardi, l'éditorial du quotidien gouvernemental «El Moudjahid», traditionnel vecteur de messages du pouvoir, a suggéré d'écarter M. Bensalah de la présidence par intérim.

«Cette personnalité [...] n'est pas tolérée seulement par le mouvement citoyen, qui exige son départ immédiat, mais aussi par l'opposition et une partie des représentants des formations politiques de la majorité des deux Chambres du parlement», indique «El Moudjahid».

Le journal se demande encore comment va réagir M. Bensalah à la fronde. Va-t-il «prendre acte des fortes oppositions qui se manifestent, démissionner et laisser la place à une autre personnalité moins contestée, pour mener la courte période de transition» ou va-t-il «se maintenir, au nom du respect de la même Constitution ?»

«Un choix cornélien dont on espère que la raison et les intérêts suprêmes du pays l'emportent sur les considérations personnelles», poursuit le quotidien.

Problème: le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto le nouvel homme fort du pays, exige que la succession de M. Bouteflika se fasse dans le strict cadre de la Constitution.

Celle-ci prévoit que le président du Conseil de la Nation transmette le pouvoir avant l'expiration du délai de nonante jours à un nouveau chef de l'État élu lors d'une présidentielle.

Le mouvement de contestation réclame lui de sortir de ce cadre pour mettre sur pied des institutions de transition permettant d'engager des réformes profondes et d'organiser des élections libres.

Vers une «rupture» ?

En cas de retrait, de plus en plus probable, de M. Bensalah, ce serait son successeur à la tête du Conseil de la Nation qui prendrait l'intérim.

Mais «lui ou toute autre personne issue du Conseil de la Nation sera rejetée par la rue», avance Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques à l'Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d'Alger, interrogé par l'AFP.

Si la présidence de la Chambre haute était laissée vacante, la Constitution charge alors de l'intérim le président du Conseil constitutionnel, M. Belaiz, autre personnalité honnie par les manifestants.

«C'est là où il y a un vrai problème. L'armée tient à ce que cela [la transition] se fasse à l'intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse à l'extérieur de la Constitution. Si l'armée n'assouplit pas sa position, on va vers la rupture», s'inquiète M. Grim.

Al Moudjahid a évoqué une piste de compromis avec la création d'«une commission indépendante» qui serait chargée de tout le processus électoral.

Dans la rue mardi matin, des Algériens affichaient leur refus de M. Bensalah. «Il doit démissionner, c'est la voix du peuple et le peuple doit avoir raison», déclarait à l'AFP Mourad, 50 ans, un entrepreneur qui va manifester le vendredi avec ses deux filles, âgées de six et neuf ans.

«Elles ne savent pas ce que c'est la démocratie [...] je veux leur inculquer ce qu'est la liberté», ajoute-t-il.

«On est en train de renaître», lance de son côté Sofiane, 45 ans. «Bensalah n'a pas d'autre choix que la démission.»

(nxp/afp)