Syrie

06 janvier 2016 09:45; Act: 06.01.2016 09:47 Print

Sur la côte, la vodka accueille les soldats russes

Dans la vitrine de son magasin à Lattaquié, Ihab a remplacé les bouteilles d'arak par la vodka pour accueillir les militaires déployés par Moscou.

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Ihab a aussi appris quelques mots de russe, comme «spasiba» («merci»). (Photo: AFP)

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Pour les habitants de cette ville du nord-ouest syrien, l'arrivée des forces russes pour soutenir le régime du président Bachar el-Assad face aux rebelles est une aubaine, alors que la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011 a ruiné l'économie et chassé les touristes.

«Avant, la demande concernait surtout le whisky et l'arak. Mais avec l'arrivée des Russes, c'est la vodka», témoigne Ihab, 32 ans, qui tient le petit magasin de son père dans ce fief du régime dominé par la communauté alaouite, la confession du clan Assad.

Ihab, comme de nombreux autres habitants, s'est mis au russe pour pouvoir communiquer avec ses «nouveaux amis» et les mettre «à l'aise» lorsqu'ils lui rendent visite dans sa boutique. «C'est une vraie manne financière, nos ventes ont augmenté de plus de 20% et ils ne marchandent pas», se félicite Ihab. «Ils ont droit à un traitement de faveur, et de temps en temps on leur fait des cadeaux.»

Les Russes, ces «amis»

Depuis des décennies, Moscou et Damas entretiennent des relations privilégiées sur le plan économique, politique et militaire. La marine russe dispose d'une base militaire à Tartous, tandis que plusieurs officiers de l'armée syrienne se sont formés en Russie.

Depuis fin septembre, les avions russes décollent notamment de la base militaire de Hmeimim, qui accueille quelques milliers d'hommes, près de Lattaquié, pour aller effectuer leurs frappes.

Dans un magasin d'uniformes militaires, un drapeau russe est fièrement accroché au mur. Mohamed se réjouit de l'arrivée des soldats et de la hausse de 70% de ses ventes. Selon lui, les soldats russes s'arrachent les petits portraits de M. Assad qu'il propose.

«Ils sont devenus nos amis, s'ils passent par ici, ils viennent nous dire bonjour», affirme le vendeur de 26 ans, qui a appris quelques mots de russe.

Traitement de faveur

Haidar, lui, a ouvert début décembre le restaurant «Russia» à Lattaquié. A l'entrée, le drapeau russe flotte au vent. Les menus sont écrits en cyrillique et cet homme de 29 ans a engagé une professeure de russe pour former ses employés.

«Je cherche un cuisinier pour préparer des plats russes. Je vais imprimer de nouveaux menus, et des encarts publicitaires en russe», s'enthousiasme le restaurateur. «Les Russes font bouger le marché et apportent de l'animation, de jour comme de nuit.»

«Spasiba, spasiba», lance chaleureusement Haidar à ses clients russes qui quittent le restaurant. Néanmoins tant de sollicitude irrite un soldat du régime syrien, attablé, qui trouve cela exagéré. «On se bat depuis près de cinq ans, et je n'ai jamais vu de restaurant appelé 'Syrie' ou 'Armée syrienne'», s'emporte-t-il.

Même avant l'intervention militaire de la Russie dans le conflit qui a fait plus de 260'000 morts, les habitants de Lattaquié étaient reconnaissants à la Russie pour son soutien politique.

Clients russes quotidiens

Au café «Moscou», ouvert en 2012, le propriétaire Tarek Chaabo refuse de faire payer ses clients russes. «Ils sont venus pour nous défendre! La moindre des choses, c'est de les recevoir dans mon modeste café.»

Il explique avoir choisi le nom de son établissement «après le premier veto de la Russie» au Conseil de sécurité de l'ONU en soutien au régime syrien.

«Avant l'intervention, il y avait des conseillers russes, mais en très petit nombre. Maintenant, on a des clients russes quasiment tous les jours», affirme ce trentenaire.

Allumant une cigarette avec un briquet sur lequel figure le logo de l'armée russe, il tient à faire passer un message au président Vladimir Poutine, affectueusement surnommé par de nombreux Syriens «Abou Ali»: «Dites à Abou Ali Poutine que s'il vient à Lattaquié, il sait où rester: le Café Moscou est sa maison».

(nxp/ats)