Attentat de Halle

09 octobre 2019 23:57; Act: 10.10.2019 01:23 Print

Terrorisme: difficile de stopper les vidéos web

Le terroriste de Halle a réussi à poster les images de son attaque en direct en ligne. Les efforts entrepris depuis Christchurch ne sont donc pas suffisants.

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Le petit immeuble dans lequel vivait le tireur de Halle. (vendredi 11 octobre 2019) Au lendemain de l'attentat qui a coûté la vie à deux personnes en pleine rue à Halle, les médias ont révélé l'existence d'un manifeste antisémite publié par l'auteur quelques jours avant qu'il ne passe à l'acte. (jeudi 10 octobre 2019) L'auteur de la fusillade lors de son échange de tirs avec la police. (mercredi 9 otobre 2019) Suite à l'attaque antisémite, la chancelière Merkel s'est rendue auprès des fidèles de la Nouvelle Synagogue de Berlin. (Mercredi 9 octobre 2019) Des fleurs et des bougies ont été déposées en hommages aux victimes de l'attentat de Halle. (Mercredi 9 octobre 2019) L'équipe nationale allemande lors de la minute de silence en hommage aux victimes de la tuerie de Halle, avant le match amical contre l'Argentine à Dortmund, mercredi soir. (Mercredi 9 octobre 2019) L'auteur présumé de l'attentat de Halle en Allemagne près d'une synagogue a lui-même filmé la fusillade et diffusé la vidéo sur une plateforme internet. (9 octobre 2019) Deux personnes ont été tuées mercredi en pleine rue à Halle, une ville de l'est de l'Allemagne, dans une fusillade dont un des auteurs présumés a été interpellé. Une personne a été arrêtée par la police. Selon un témoin des faits, les tirs ont notamment visé un restaurant turc, tandis que selon le quotidien Bild la fusillade se serait déroulée aussi devant une synagogue. Une personne a été peu après arrêtée, a annoncé la police, sans plus de précisions à ce stade. Tout le quartier a été bouclé et la gare centrale de Halle (Etat régional de Saxe-Anhalt) a été fermée. «Un tireur portait un casque et des habits militaires», a témoigné un homme, qui était à l'intérieur, sur la chaîne d'information NTV. «Il a jeté une grenade sur le local. La grenade s'est écrasée sur la porte et a explosé», a ajouté ce témoin, encore sous le choc. La police a déployé les grands moyens. Cette attaque intervient quelques mois après le meurtre, en Hesse, de Walter Lübcke, un élu pro-migrants du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel (CDU). Le principal suspect était un membre de la mouvance néonazie.

Une faute?

Trente-cinq minutes en direct sur Twitch, une sauvegarde partagée par le biais de messageries: la diffusion en ligne de la vidéo de l'attaque d'une synagogue mercredi à Halle en Allemagne a montré une nouvelle fois la difficulté à empêcher les tueurs de se mettre en valeur en ligne, malgré la mobilisation de l'après-Christchurch.

Le tireur, dont l'attaque en plein Yom Kippour a fait deux morts et deux blessés graves dans cette ville d'Allemagne de l'est, a réussi à poster les images en direct sur un compte créé deux mois plus tôt sur la plateforme de streaming en direct Twitch, un lieu où se retrouvent normalement les fans de jeux vidéos et d'e-sport. Le compte n'avait été utilisé qu'une seule fois auparavant pour un «live».

Pendant ces 35 minutes, l'attaque n'a été suivie en direct que par 5 personnes, a indiqué la plateforme. L'enregistrement, conservé automatiquement sur Switch, a lui été visionné par 2200 personnes.

Comme Christchurch

Plus intéressant, la plateforme indique que la vidéo a ensuite été partagée «de manière coordonnée» par le biais de messageries tierces. Et là impossible de dire pour le moment combien de gens ont pu la voir. «Nous avons fait au plus vite pour retirer ce contenu, et nous suspendrons tous les comptes qui posteront ou reposteront des images de cet acte abominable», a indiqué une porte-parole de Twitch interrogée par l'AFP.

«Une fois la vidéo éliminée, nous avons partagé l'information avec un consortium de notre secteur d'activité pour aider à prévenir la prolifération de ce contenu. Nous prenons cela très au sérieux et nous nous engageons à travailler avec nos pairs, les forces de l'ordre et toutes les parties prenantes pour protéger notre communauté», a souligné Twitch.

Si le bilan est moins lourd, le modus operandi à Halle a fait immédiatement penser à celui de l'auteur de l'attentat contre deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars. Un Australien d'extrême droite avait tué 51 personnes avant d'être arrêté mais avait réussi à diffuser son attaque en direct pendant quelque 17 minutes sur Facebook, avant que la retransmission ne soit stoppée. Ce très long délai avait valu à Facebook de très virulentes critiques et fait se lever des voix de toute part, exigeant une action immédiate.

Intelligence artificielle

Facebook a recruté des forces de police de part et d'autre de l'Atlantique pour éduquer ses outils d'intelligence artificielle pour tenter d'éviter la répétition d'un tel désastre. La difficulté vient du fait que le «cerveau artificiel» doit pouvoir faire la différence entre une vraie attaque et une scène de film ou de jeu vidéo.

«Les algorithmes de filtrage n'ont jusqu'à présent pas été très bons pour détecter de la violence en streaming en direct. A l'avenir, on verra peut-être les réseaux sociaux tenus responsables de leur rôle dans la diffusion de contenus violents et haineux», souligne Jillian Pterson, professeur de criminologie à la Hamline University de Saint Paul.

Pour mieux éduquer la machine, Facebook a associé la police londonienne à son initiative en utilisant les images filmées par les caméras portées par les unités de la «Met» lors de leurs entraînements au tir.

Les outils d'intelligence artificielle ont besoin de quantités énormes de données --ici des images de fusillades-- pour pouvoir apprendre à les identifier correctement, les trier et in fine les supprimer. Cette initiative, annoncée mi-septembre, s'inscrit dans le cadre plus large des mesures prises pour nettoyer les contenus «haineux et extrémistes» et les mouvements ou individus prônant le suprémacisme blanc. L'entreprise a aussi multiplié les restrictions pour l'accès à Facebook Live.

Alliance contre les extrémismes

Facebook et ses partenaires ont aussi annoncé la création d'une nouvelle organisation en marge de l'Assemblée générale des Nations unies fin septembre à New York. Elle doit regrouper Facebook, Microsoft, Twitter et Google (via YouTube) ainsi que Amazon ou encore les plateformes LinkedIn (appartenant à Microsoft) et WhatsApp (Facebook). La nouvelle structure aura pour vocation de «déjouer les tentatives de plus en plus sophistiquées des terroristes et des extrémistes violents pour se servir des plateformes numériques».

Après l'attentat de Christchurch, Facebook avait supprimé 1,5 million de vues potentielles de la vidéo, dont 1,2 million avant qu'elles n'aient été visionnées par qui que ce soit. «Ce fossé entre 1,2 million et 1,5 million, c'est là que nous reconnaissons que nous devons faire mieux», a reconnu la numéro deux du réseau, Sheryl Sandberg. La structure bénéficiera d'un personnel indépendant.

Des acteurs non-gouvernementaux dirigeront quant à eux un comité consultatif et les gouvernements des Etats-Unis, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et du Japon auront également un rôle de consultation, tout comme des experts de l'ONU et de l'Union européenne.

Mais pour Hans-Jakob Schindler, qui dirige le Counter Extremism Project, tout cela ne suffit pas. «Cet incident tragique démontre une nouvelle fois que l'auto-régulation n'est pas assez efficace et souligne malheureusement le besoin d'une régulation plus forte du secteur technologique», écrit-il.

(nxp/afp)