Environnement

31 mars 2019 15:32; Act: 31.03.2019 16:20 Print

Travailler en Chine? Non merci, même mieux payé

Des entreprises tentent d'envoyer leurs cadres travailler en Chine mais malgré les nombreux bonus, ceux-ci refusent à cause de la nocivité de l'environnement.

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Selon l'ONU, 92% des habitants de l'Asie sont exposés à des taux de pollution nocifs pour la santé. (Photo: AFP)

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Salaires généreux, vastes appartements, congés supplémentaires et «bonus pollution»: elles ont beau promettre moult avantages, les entreprises ont du mal à convaincre les cadres d'aller travailler en Asie, une région connue pour la nocivité de son air.

L'air empoisonné qu'on respire une bonne partie de l'année dans des grandes villes comme Pékin ou New Delhi est un repoussoir pour des gens qui pourraient être tentés par les opportunités économiques croissantes de l'Asie, préviennent les analystes. Les entreprises ont par conséquent du mal à recruter et même à garder leurs employés.

D'après l'ONU Environnement, 92% des habitants de l'Asie-Pacifique sont exposés à des taux de pollution qui posent un risque élevé pour la santé. Les entreprises déploient des trésors d'imagination pour recruter, comme offrir aux salariés des congés spécifiquement destinés à fuir la pollution ou arranger leurs horaires afin de leur permettre de vivre dans des quartiers moins pollués, explique Lee Quane, directeur pour l'Asie du cabinet de consultants ECA International.

Dans les lieux très pollués, «on recommande un bonus équivalent à 10% ou 20% du salaire de base», dit-il. Son cabinet utilise un système d'évaluation des compensations à l'expatriation qui comprend aussi des critères comme les taux de criminalité ou l'accès aux services.

Bilans de santé réguliers

Parmi les autres mesures incitatives, figurent la fourniture de dépollueurs d'air au bureau comme au domicile, des masques respiratoires et des bilans santé réguliers. «Si on regarde les coûts associés à ce genre de choses simples, on parle probablement d'un minimum de 5000 à 10'000 dollars annuels», poursuit M. Quane.

En 2014, Panasonic avait confirmé offrir une «prime à la pollution» pour ses employés travaillant en Chine. D'après les médias, Coca Cola accorde dans ce pays une compensation représentant 15% environ du salaire.

La Chine a depuis entrepris des démarches pour améliorer la qualité de l'air mais Pékin, comme de nombreux centres urbains d'Asie du Sud, dont la capitale indienne, dépassent régulièrement les niveaux de pollution recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En conséquence, le «calibre» des employés recrutés est en baisse car les entreprises sont obligées de choisir du personnel moins qualifié, déclare M. Quane.

Patrick Behar-Courtois, qui a dirigé pendant plus de dix ans un cabinet de consultants à Shanghai, renchérit. Des «propositions financières généreuses» ne suffisaient pas à contrebalancer les inquiétudes des gens qualifiés qu'il voulait embaucher.

«J'ai dû revoir ma politique de recrutement et chercher des gens sur place. Cela signifie évidemment que j'ai eu des profils moins expérimentés et j'ai dû passer plus de temps à les former», dit-il.

Enfants davantage exposés

Les cadres avec enfants sont particulièrement difficiles à convaincre. L'OMS prévient que les plus jeunes sont particulièrement vulnérables à la pollution de l'air et risquent de souffrir toute leur vie de problèmes de santé.

Eddy Tiftik a construit sa carrière en Chine où il occupait des fonctions élevées chez l'un des plus grands promoteurs immobiliers du monde. Mais il s'est dit qu'il n'avait d'autre choix que de partir de Pékin pour la santé de sa famille. Son fils de cinq ans avait de l'asthme et était constamment malade. «Trois semaines par mois, il faisait des allers-retours entre la maison et l'hôpital», raconte son père à l'AFP.

L'Inde a l'un des taux de croissance parmi les plus élevés du monde mais compte aussi sept des villes les plus polluées de la planète, selon une étude récente de Greenpeace et d'IQ Air Visual.

«Tous les cadres dirigeants veulent avoir une expérience indienne sur leur CV. Mais ils ont peur de la pollution et de ses effets sur la santé», commente Atul Vohra, du cabinet de recrutement international Transearch.

Ces problèmes n'inquiètent pas que les expatriés, dit-il. Les Indiens refusent aussi des emplois dans les endroits où l'air est nocif. Beaucoup considèrent que le jeu n'en vaut pas la chandelle. M. Behar-Courtois a quitté récemment Shanghaï, où la qualité de l'air s'est dégradée ces dernières années, quand sa femme a développé des problèmes de thyroïde qu'il pense liés à la pollution.

Mettre un terme à la carrière

«Ces trois à cinq dernières années, j'ai vu beaucoup de gens, surtout ceux avec des enfants, choisir de mettre un terme à leur carrière ici et de déménager», dit-il. Lui-même travaille désormais comme professeur à Zhuhai, ville du sud de la Chine où l'air est plus propre.

M. Tiftik explique que les symptômes de son fils ont disparu quand la famille est partie vivre à Bangkok. La capitale de la Thaïlande souffre elle-même de pollution mais à des niveaux moindres que Pékin.

Mais si la pollution asiatique s'aggrave, il envisagera d'abandonner complètement la région même si sa maîtrise du mandarin lui donne un avantage concurrentiel certain sur le marché asiatique. «Ma carrière est très importante mais la santé de ma famille l'est plus».

(nxp/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Lala le 31.03.2019 15:56 Report dénoncer ce commentaire

    Une réalité

    Quand mon amie qui est partie avec mari et enfants en Chine a vu le premier matin de son arrivée quelle ne voyait pas lautre côté de la rue et que les enfants ne sortaient pas jouer dehors. Elle a fait ses valises et elle est rentrée avec les enfants puis plus tard le mari.

  • Marcus le 31.03.2019 16:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ils ont raison....

    .....le pognon ne remplacera jamais la santé !

  • Lucien Biedermann le 31.03.2019 16:22 Report dénoncer ce commentaire

    La santé n'a pas de prix

    La santé n'a pas de prix !!!!!

Les derniers commentaires

  • Ibis le 01.04.2019 09:14 Report dénoncer ce commentaire

    Différence entre CO2 et particules fines

    Ne pas confondre CO2 et particules fines. Le problème principal des grandes villes chinoises, ce sont les particules fines, en raison de l'énergie provenant massivement du charbon et du parc automobile massivement polluant. J'y suis allé et tant que les choses ne changent pas je n'y remettrai jamais les pieds. Chez nous les particules fines sont un problème relativement mineur mais nos émissions de CO2 par habitant sont énormes, un effort important doit être fait pour y remédier.

  • Sichuan Chicken le 01.04.2019 06:44 Report dénoncer ce commentaire

    viens à la montagne!

    Pas de pollution, pas de routes, la boue est partout, cette réalité chinoise s'exprime dans la misère des paysans de la montagne, et le poulet de Sichuan est à l'oreille de Judas.

  • Etienne le 01.04.2019 01:41 Report dénoncer ce commentaire

    Et si plutôt...

    on n'y envoyait nos politicards genre M.Schneider-Ammann qui trouve que ça tellement génial d'être racheté par les chinois?

  • Mendrisiotto le 31.03.2019 22:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ????!!

    Curieux ,la chine donne des bonus pour cause de pollution et chez nous on taxe pour cause de pollution.????????!! c'est qui , les menteurs,cette histoire je n' en crois un mot. 20 minutes nous en raconte une, ou bien, plus rien ne m' étonnerais.

  • Pierre Spective le 31.03.2019 22:29 Report dénoncer ce commentaire

    Tibet, Taïwan, Mongolie, ...

    C'est l'environnement au sens très large qui est pollué.