Droit du travail

24 avril 2019 04:41; Act: 24.04.2019 06:36 Print

Travailleurs domestiques: le Liban rappelé à l'ordre

Amnesty International a appelé le Liban à mettre fin au système de parrainage «abusif» des travailleurs domestiques.

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Une travailleuse africaine nettoie les marches d'un magasin, au nord de Beyrouth. (Photo: AFP)

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Majoritairement des femmes, ces employés sont exclus du droit du travail et ne peuvent bénéficier d'un permis de séjour légal que par l'intermédiaire de leur employeur dans le cadre d'un système appelé «kafala».

Gouvernantes, nounous et accompagnateurs de personnes âgées sont ainsi laissés à la merci de leur employeur et ne peuvent sortir ou quitter le pays sans leur autorisation, a déploré l'organisation basée à Londres. Amnesty a appelé le Liban «à étendre aux travailleuses domestiques migrantes les protections offertes aux autres travailleurs» et à modifier le code du travail pour les protéger.

Le Liban accueille plus de 250'000 travailleurs domestiques originaires notamment de pays africains et asiatiques. Dans un rapport publié mercredi, l'ONG, qui a interrogé 32 employées de maison depuis 2018, principalement dans la région de Beyrouth, évoque «une situation alarmante caractérisée par des atteintes systématiques aux droits humains».

Passeports confisqués

Parmi elles, dix femmes ont affirmé ne pas avoir le droit de quitter le domicile de leur employeur. D'autres ont confié avoir été enfermées, parfois plus d'un an, insultées, battues ou avoir subi des traitements déshumanisants. «Parfois, j'avais tellement faim (...) Je mélangeais de l'eau avec du sucre (...) et je la buvais», raconte l'une d'elles.

Six ont avoué avoir envisagé ou tenté de se suicider. Amnesty a recensé huit cas de travail forcé et quatre de traite d'êtres humains. Vingt-sept travailleuses ont déclaré avoir vu leur passeport confisqué par leur employeur. Les heures supplémentaires sont la norme chez plus de la moitié des femmes interrogées. 14 d'entre elles ont affirmé à Amnesty ne pas avoir droit à leur journée de repos hebdomadaire.

Les conditions de logement sont également dénoncées dans le rapport. Seules quatre des travailleuses interrogées avaient leur propre chambre, tandis que les autres dormaient dans le salon, dans la cuisine, dans une pièce de rangement ou encore sur le balcon.

Laxisme des autorités

Le ministère libanais du Travail a introduit en 2009 un contrat type pour les travailleurs domestiques, fixant à dix heures la journée de travail et consacrant un jour de repos par semaine, mais celui-ci est souvent rédigé en arabe, une langue qu'ils ne peuvent lire. Fin 2018, le gouvernement a affirmé avoir traduit le contenu dans plusieurs autres langues, sans préciser lesquelles, selon Amnesty.

Les défenseurs des droits humains accusent souvent les autorités libanaises de faire preuve de laxisme face aux abus de certains employeurs. Ces dernières années, l'Ethiopie et les Philippines ont interdit à leurs citoyens de travailler comme domestiques au Liban, mais certains trouvent toujours le moyen de s'y rendre. De nombreux pays arabes appliquent le système de la «kafala».

(nxp/ats)