Allemagne

06 décembre 2018 08:01; Act: 06.12.2018 08:20 Print

Trois candidats à la succession de Merkel

Le parti conservateur désigne vendredi un successeur à la chancelière après 18 ans de règne.

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Trois candidats briguent officiellement la succession d'Angela Merkel à la présidence de son parti (CDU), strapontin vers la chancellerie allemande. Deux ont de réelles chances de l'emporter.

Il y a d'abord «AKK», la dauphine. Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) fait figure de fidèle de la chancelière comme le suggèrent ses nombreux surnoms, allant de «Mini-Merkel» à «Merkel bis» ou la «Merkel de la Sarre», la plus petite région d'Allemagne, dont elle est originaire.

Cette catholique de 56 ans, mère de trois enfants, partage la ligne politique plutôt centriste d'Angela Merkel, qui l'a appelée en février à Berlin pour devenir secrétaire générale de la CDU, lui mettant le pied à l'étrier. «AKK» peut aussi constituer un pont vers la droite du parti car elle affiche des positions plus conservatrices que la chancelière sur les questions sociétales ou l'immigration.

Elle a ainsi formulé des critiques mesurées contre l'ouverture du pays en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d'asile. Elle réclame aussi un durcissement de la politique des expulsions des demandeurs d'asile déboutés et des migrants reconnus coupables de crimes.

Merz, le revanchard

Il y a ensuite Merz, le revanchard. Conservateur de la vieille école, Friedrich Merz, 63 ans, est l'autre favori. Il ambitionne une revanche sur Angela Merkel, qui a mis un brusque coup d'arrêt à sa carrière politique en 2002 en le privant de présidence du groupe parlementaire.

Marginalisé, il avait alors quitté la politique pour travailler dans le privé comme avocat. En 2016, il devient président du conseil de surveillance de la filiale allemande de Blackrock, gestionnaire controversé d'actifs. Économiquement néo-libéral, M. Merz est connu pour avoir clamé qu'une déclaration d'impôt devrait pouvoir tenir sur un sous-bock. Il a aussi dénoncé le virage «trop à gauche» pris par Angela Merkel.

Revendiquant son conservatisme, il a assuré pouvoir «diviser par deux» les scores du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), quitte à s'engager sur des terrains minés pour essayer de regagner l'électorat perdu. Il a ainsi reçu une volée de bois vert en suggérant de restreindre le droit d'asile, pourtant généreusement garanti dans la constitution allemande en raison du passé nazi du pays.

Ce pilote et propriétaire d'un avion Cessna s'est aussi attiré bien des sarcasmes en admettant du bout des lèvres être millionnaire tout en se proclamant de «la classe moyenne supérieure».

Spahn, le frondeur

Enfin, il y a Spahn le frondeur. Ministre de la Santé de 38 ans, Jens Spahn polit depuis des années son image d'«anti-Merkel», réclamant un virage conservateur notamment sur les questions identitaires et d'immigration.

Ses ambitions sont mises à mal par la candidature concurrente de M. Merz, mais il veut croire en son destin de chancelier. Il affiche d'ailleurs sa proximité idéologique et générationnelle avec le jeune dirigeant autrichien Sebastian Kurz, qui à 32 ans gouverne avec l'extrême droite.

Homosexuel assumé, marié depuis un an avec un responsable du magazine people Bunte, il entretient des relations amicales avec un proche de Donald Trump, l'ambassadeur américain en Allemagne Richard Grenell, un critique invétéré d'Angela Merkel.

Mais l'image de ce natif du village d'Ottenstein, en Rhénanie du nord-Westphalie, est assombrie par une certaine froideur et sa réputation d'ambitieux. Il est «l'impatience en personne», estime le quotidien Rheinische Post.

(nxp/ats)