Bataille de l'eau à Vittel (F)

17 octobre 2019 11:26; Act: 17.10.2019 11:26 Print

Trois communes face à Nestlé: 1-0 en 1ère partie

Un collectif a obtenu le réexamen d'un projet devant permettre à Nestlé Waters de continuer à puiser dans une nappe phréatique déficitaire.

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Nestlé Waters emploie un millier de salariés sur ses sites de Vittel et Contrexéville qui produisent 1,5 milliard de bouteilles par an. (Photo: AFP/Jean-christophe Verhaegen)

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«C'est une victoire sur une multinationale puissante». Début octobre, la préfecture des Vosges avait annoncé avoir travaillé avec l'Agence de l'eau Rhin-Meuse «à une solution alternative fondée sur l'optimisation des ressources locales» pour préserver la nappe des grès du Trias inférieur (GTI), principale ressource en eau potable de l'est de la Lorraine. Ce scénario alternatif sera présenté vendredi lors d'un comité de bassin.

Environ trois millions de m3 d'eau sont prélevés chaque année dans cette nappe phréatique, située à 100 m de profondeur, par trois communes - Vittel, Contrexéville et Bulgnéville - et trois industriels, dont Nestlé Waters (qui détient les marques Vittel, Contrex, Hépar, Perrier...).

Ce réservoir d'eau, de très bonne qualité et faiblement minéralisée, présente un déficit annuel d'un million de m3 et se renouvelle lentement.

«Privatisation de l'eau»

Pour rétablir l'équilibre, un projet de canalisations souterraines avait été adopté par la commission locale de l'eau (CLE) en juillet 2018. Il prévoyait d'acheminer 500'000 à un million de m3 d'eau potable, pompés dans des captages distants d'une dizaine de kilomètres, jusqu'aux trois communes, permettant ainsi à Nestlé Waters de conserver son autorisation de prélever annuellement un million de m3. Le collectif eau 88 dénonçait «une privatisation de l'eau par Nestlé», selon l'un de ses membres, Bernard Schmitt.

Porte-parole de Nestlé, Françoise Bresson souligne la «baisse constante» de ses prélèvements, réduits selon elle «de 30% depuis 2010» pour être ramenés à «630'000 m3 fin 2019». «On a prévu de les diminuer encore de 5% en 2020 pour arriver à 600'000 m3», a-t-elle ajouté, interrogée par l'AFP.

L'eau puisée dans la nappe des GTI est vendue exclusivement à l'export sous la marque «Bonne source», principalement en Allemagne et en Suisse, où 250 millions et 43 millions de bouteilles ont respectivement été commercialisées en 2018.

«L'enjeu de l'eau»

Le scénario alternatif, présenté au comité de bassin, reposerait sur la mise en place d'un observatoire des ressources en eau, «la priorité donnée aux habitants» et «la recharge rapide de la nappe des GTI», croit savoir M. Schmitt.

«On ne peut pas retrouver un équilibre de la nappe sans éliminer une part importante des prélèvements. Depuis trente ans, on a perdu trente million de m3, on ne va pas la reconstruire avec une économie de 100'000 m3», observe Jean-François Fleck, également membre du collectif.

Dans un communiqué, des élus vosgiens réclament «un véritable contrat de territoire afin de revenir sur les fondamentaux, à savoir par ordre de priorité: le retour à l'équilibre de la nappe, le service public de l'eau aux habitants, l'utilisation de l'eau à des fins industrielles».

«L'enjeu de l'eau est fondamental, on est minéralier donc on n'a aucun intérêt à assécher une source ou à ne pas être en lien avec notre territoire», souligne Mme Bresson, qui espère «une solution concertée, avec tous les acteurs».

1,5 milliard de bouteilles par an

Le collectif Eau 88 dit rester «vigilant». «C'est un virage, une nouvelle étape, mais Nestlé Waters n'est pas prêt à renoncer à ses prélèvements», avance M. Fleck.

Une enquête judiciaire avait jeté le discrédit sur ce projet. Une conseillère départementale et ancienne présidente de la CLE, Claudie Pruvost, est poursuivie pour «prise illégale d'intérêts». Son époux, ancien cadre chez Nestlé Waters, avait présidé une association qui avait participé à l'élaboration du projet.

Nestlé Waters emploie un millier de salariés sur ses sites de Vittel et Contrexéville qui produisent 1,5 milliard de bouteilles par an, toutes marques confondues. Un plan de réorganisation prévoit le non-remplacement d'une centaine de départs d'ici à 2022.

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Istvan Sorley le 17.10.2019 11:56 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Alors qu'il suffit...

    ...de ne pas acheter d'eau en bouteille. Celle du robinet est parfaitement propre à la consommation et ne coûte quasiment rien.

  • PFF le 17.10.2019 11:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Contenant

    1,5 milliard de bouteilles jetées? Ah quand même!

  • Samael le 17.10.2019 11:42 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    allez comprendre

    La guerre de l'eau est déclarée et nous on vend nos barrages à l'étranger, Bravo

Les derniers commentaires

  • Nescafar le 17.10.2019 21:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Henné

    Il faut tout privatisé.. et même l'air que l'on respire...

  • Piquette le 17.10.2019 19:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    N'est tlé

    Mais quitter la Suisse comme prévu. Vous tuer ce monde à petit feu

  • Semtex le 17.10.2019 13:50 Report dénoncer ce commentaire

    Avis aux terriens !

    Le jour où les gens comprendront que le commerce de l'eau en bouteilles en plastique ne profite qu'aux embouteilleurs-pollueurs et aux intermédiaires-revendeurs, peut-être que ce juteux business s'arrêtera de lui-même.

  • Ribert le 17.10.2019 13:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Allô

    Il est légitime que les intérêts locaux l'emporte sur des intérêts motivés sur la mondialisation et l'amoncellement de fric. On ne va pas créer des problèmes de sécheresse là où il y a de l'eau quand même

  • Jacques le 17.10.2019 13:09 Report dénoncer ce commentaire

    L'art du bon vendeur

    C'est de vendre un frigo à un esquimau.