Etats-Unis

03 avril 2019 09:36; Act: 03.04.2019 10:13 Print

Le gendre de Trump forcé de s'expliquer

La Maison Blanche essaie d'expliquer pourquoi elle a accordé des accréditations secret-défense à 25 personnes, dont le genre du président américain, initialement rejetées en raison de risques de conflits d'intérêts.

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Jared Kushner, beauf-fils de Donald Trump, a dû monter au front pour tenter d'éteindre l'incendie sur son accréditation secret-défense. (Photo: AFP)

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Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a longtemps pu rester à l'abri des regards. Mais une polémique autour des accréditations secret-défense de la Maison Blanche a braqué les projecteurs sur celui qui est devenu l'un des hommes les plus puissants des Etats-Unis.

Contrairement à son beau-père, avide d'attention médiatique, Jared Kushner est notoirement discret. Il a bien 77'000 abonnés sur Twitter, mais n'a jamais tweeté.

Et à la Maison Blanche, où il est présent aux rencontres de haut niveau, il s'exprime rarement si la presse est là, préférant attendre que les journalistes aient quitté la pièce.

Le fait qu'il soit allé lundi soir chez Fox News, la chaîne préférée du président, pour tenter de désamorcer les inquiétudes autour de son accréditation secret-défense sont un signe de la nécessité pour la Maison Blanche de limiter les dégâts.

«J'ai été accusé de toutes sortes de choses, et toutes ces choses se sont avérées fausses. Il y a eu beaucoup de folles accusations», a-t-il assuré.

Pas d'expérience

La controverse autour de l'accès de M. Kushner au secret-défense montait depuis l'arrivée de M. Trump au pouvoir. Car le jeune homme, aujourd'hui âgé de 38 ans, n'avait pas d'expérience politique ou diplomatique et ses antécédents n'avaient pas été vérifiés. Il était en revanche impliqué dans une foule de transactions financières aux Etats-Unis et ailleurs.

L'affaire a explosé cette semaine quand une employée de longue date de la Maison Blanche a dit au Congrès qu'en dépit de l'opposition de son département, des supérieurs hiérarchiques avaient accordé les précieux sésames à 25 personnes initialement rejetées en raison d'inquiétudes liées à de potentiels conflits d'intérêts.

Parmi les noms qui pourraient figurer parmi ces personnes, comme le suggère la commission parlementaire présidée par les démocrates qui enquête sur la question, se trouveraient ceux de Jared Kushner et de son épouse Ivanka Trump.

Kushner était un héritier new-yorkais privilégié jusqu'à ce que son beau-père accède, à la surprise générale, à la Maison Blanche en 2016, le propulsant à l'intérieur du plus intime des cercles présidentiels.

Officiellement, il est conseiller de M. Trump. En réalité, celui qui s'est marié avec Ivanka Trump en 2009 a l'oreille du président pour toute une panoplie de sujets, de la crise des opiacés à la vente d'armes à l'Arabie saoudite.

Jared Kushner, juif orthodoxe qui fait partie de ce que M. Trump appelle fièrement le gouvernement «le plus pro-israélien» de l'histoire, a aussi été chargé de présenter un nouveau plan de paix israélo-palestinien.

Des générations de diplomates américains chevronnés ayant échoué à parvenir à la paix, les attentes ne sont pas très élevées pour ce plan encore secret.

Népotisme

Ivanka Trump est aussi une conseillère de son père, ce qui fait dire aux détracteurs de M. Trump que la Maison Blanche est maintenant plongée dans le népotisme.

«Depuis JFK, il y a plus de 50 ans, aucun membre de la famille d'un président n'a servi» à ce type de postes, dit Mark Carl Rom, professeur associé de politique à l'université de Georgetown.

M. Trump «est en train de ramener l'Amérique au 18è siècle», estime-t-il. Le président ne voit bien entendu pas les choses de cette manière.

Lundi, lors d'un évènement célébrant une réforme carcérale - sujet cher à Jared Kushner, dont le père a passé 14 mois derrière les barreaux pour crimes financiers - M. Trump a multiplié les louanges sur son gendre.

«Vous savez, Jared a eu une vie très facile. Il vivait incroyablement bien à New York et tout ce qu'il touchait se transformait en or», a déclaré le président à l'assistance.

«Puis un jour il a dit: je veux venir et je veux la paix au Moyen-Orient. Et je veux faire une réforme de la justice criminelle. Et je veux faire toutes ces choses merveilleuses», a-t-il ajouté. «Et sa vie est devenue extrêmement compliquée.»

Dans une présidence constamment marquée par de vifs conflits avec les démocrates, des accusations de chaos au sein du gouvernement et le bourbier de l'enquête russe, il semble que Donald Trump considère sa fille et son mari comme deux des rares personnes à qui il pourra toujours faire confiance.

Mais cela ne risque-t-il pas de lui causer davantage de problèmes à l'avenir? Pour M. Rom, la question est maintenant de savoir envers qui est leur loyauté première: «la Constitution des Etats-Unis d'Amérique ou leur père» et beau-père?

(nxp/afp)