Trump dévoile son plan de paix

28 janvier 2020 19:37; Act: 29.01.2020 02:57 Print

Netanyahu jubile, colère des Palestiniens

La solution à «deux États» du président américain, qualifiée de «chance du siècle» par le Premier ministre israélien, a été rejetée par le président palestinien.

Voir le diaporama en grand »
En 1897, le journaliste et écrivain Theodor Herzl réunit à Bâle qui aspire à créer, pour le peuple juif, un foyer en Palestine garanti par le droit public. Du côté arabe, après des protestations de notables de Jérusalem, les premières organisations politiques sont créées en 1911 à Haïfa et à Jaffa pour lutter contre le sionisme. Il y a 100 ans, la déclaration Balfour a ouvert la voie à la création de l'Etat d'Israël. Le 2 novembre 1917, ce texte signé par le chef de la diplomatie britannique Arthur Balfour affirme que En 1919, le premier congrès palestinien qui s'est tenu à Jérusalem Lors du 3e congrès qui a eu lieu à Haïfa (voir image), les délégués déclarent illégale administration britannique. En 1922 , , qui se heurte alors à une grande révolte arabe de 1936 à 1939. Ici, des Palestiniens manifestent contre l'augmentation de l'immigration des Juifs européens à Jérusalem. Le 29 novembre 1947, Jérusalem est placé sous contrôle international. Ce plan est accepté par les dirigeants sionistes mais rejeté par les leaders arabes et provoque une éruption de violences entre Arabes et juifs. Mai 1948, David Ben Gourion proclame la aussitôt après la fin du mandat britannique sur la Palestine. Le premier conflit israélo-arabe éclate le lendemain. Jusqu'au cessez-le-feu en janvier 1949, plus de 760'000 Palestiniens sont poussés à l'exode. Près de 400 villages sont rasés. La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, revient à la Jordanie et la bande de Gaza à l'Egypte. Juin 1967, contre l'Egypte, la Syrie et la Jordanie, s'emparant de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du plateau syrien du Golan et de la péninsule égyptienne du Sinaï. La colonisation commence peu après la guerre dans les territoires occupés. Le 6 octobre 1973, dans le Sinaï et sur le Golan, au cours de la Guerre du Kippour. Après une surprise initiale et de graves revers, l'armée israélienne reprend le dessus au prix de pertes sévères. Grâce à un traité de paix en 1979 avec Israël, l'Egypte récupérera la totalité du Sinaï. Juin 1982: le 6 juin 1982, L'Organisation de libération de la Palestine (OLP), créée en 1964, doit alors quitter le Liban. En septembre, des massacres sont perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth par des miliciens chrétiens libanais qui avaient été acheminées par l'armée israélienne. Le 13 septembre 1993: Yitzhak Rabin et Yasser Arafat signent, à Washington en présence de Bill Clinton, une «Déclaration de principes». Elle instaure un mode de négociations pour régler le problème et pose une base pour une autonomie palestinienne temporaire de 5 ans pour progresser vers la paix. En juillet 1994, le chef de l'OLP retourne dans les Territoires palestiniens, après 27 ans d'exil. Il y établit l'Autorité palestinienne. Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin est touché par deux balles tirées à bout portant par Yigal Amir, un étudiant israélien opposé aux accords d'Oslo. Le processus de paix israélo-palestinien a été grandement freiné après cet assassinat. Le 28 septembre 2000, une visite controversée du chef de la droite israélienne à Jérusalem-Est entraîne le début de la deuxième intifada, après celle qui avait embrasé les villes palestiniennes de 1987 à 1993. Après la seconde Intifada, l'armée israélienne réoccupe les principales villes autonomes de Cisjordanie, puis lance en mars 2002 sa plus vaste offensive depuis 1967. A l'été 2002, Israël construit la barrière de séparation en Cisjordanie pour La construction du mur, long de plus de 700 km, a été condamné par l'ONU et la Cour internationale de justice. 2005: après le décès de Yasser Arafat. En septembre de la même année, l'armée israélienne retire son dernier soldat de la bande de Gaza dans le cadre d'un plan de désengagement unilatéral. En juin 2007, le mouvement islamiste Hamas, vainqueur des élections palestiniennes en 2006, prend le à l'issue d'une lutte meurtrière avec le Fatah de Mahmoud Abbas. Celui-ci ne contrôle plus qu'une partie de la Cisjordanie. Le 8 juillet 2014, Israël lance une nouvelle opération contre Gaza pour faire cesser les tirs de roquette et détruire des tunnels creusés depuis l'enclave palestinienne. Le 1 novembre 2017, le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir depuis une décennie à Gaza, a cédé à l'Autorité palestinienne le contrôle des points de passage vers l'Egypte et Israël. Ce transfert est perçu comme un L'inquiétude grandit à l'échelle mondiale avant la déclaration de Donald Trump qui s'apprête à prendre une décision historique en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d'Israël. (6 décembre 2017) «Il est temps d'officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël», a -t-il lancé Donald Trump lors d'une brève allocution depuis la Maison Blanche au cours de laquelle il a insisté sur sa volonté de simplement reconnaître «une réalité». (Mercredi 6 décembre 2017) Donald Trump prolonge d'au moins six mois la présence de l'ambassade des États-Unis en Israël à Tel-Aviv en signant ce texte qui reconnaît officiellement Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreux. (Mercredi 6 décembre 2017) Pour le président palestinien Mahmoud Abbas, la décision de Donald Trump «ne change rien à la réalité de Jérusalem... ville palestinienne arabe chrétienne et musulmane». (Mercredi 6 décembre 2017)

Une faute?

Le président américain Donald Trump a dévoilé mardi un plan de paix pour le Proche-Orient qui accorde à l'État hébreu nombre de concessions et a été rejeté avec véhémence par les autorités palestiniennes.

Depuis les salons de la Maison Blanche, il a vanté, sur une tonalité résolument optimiste, un projet «gagnant-gagnant» avec une solution réaliste à «deux États». Mais il a surtout donné des gages à son «ami» Benjamin Netanyahu, debout tout sourire à ses côtés, parmi lesquels la reconnaissance de Jérusalem comme «capitale indivisible».

Si le Premier ministre israélien a salué «une journée historique», le président palestinien Mahmoud Abbas, qui a refusé ces derniers mois les offres de dialogue du tempétueux président, a affirmé que le plan ne passerait pas. «Il est impossible pour n'importe quel enfant, arabe ou palestinien, d'accepter de ne pas avoir Jérusalem» comme capitale d'un État palestinien, a-t-il lancé.

Le Hamas rejette le plan

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d'habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, a aussi rejeté la proposition américaine. Mais affichant son optimisme sur le devenir de ce projet «très détaillé», le locataire de la Maison Blanche a estimé qu'il pouvait permettre de faire «un grand pas vers la paix».

Parmi les nombreux points sensibles de ce plan, figure la reconnaissance de l'annexion par Israël à son territoire des colonies qu'il a implantées en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain. Cette zone est «vitale» pour Israël, a martelé Benjamin Netanyahu, tandis que l'ambassadeur des États-Unis David Friedman affirmait que l'État hébreu pouvait annexer ses colonies «sans attendre».

Un futur État palestinien sur ces tracés serait nettement en-deçà de ce à quoi aspirent les Palestiniens, à savoir la totalité des Territoires occupés depuis 1967 par Israël. Peu après l'allocution présidentielle, l'ONU a d'ailleurs souligné qu'elle s'en tenait aux frontières définies en 1967.

«Dernière chance»

Le futur État palestinien ne verrait le jour que sous plusieurs conditions, dont «le rejet clair du terrorisme», a souligné Donald Trump, qui a ensuite tweeté une carte des deux États envisagés, avec en particulier un tunnel reliant la Cisjordanie à la bande de Gaza.

Martelant sa conviction que les Palestiniens méritaient «une vie meilleure», Donald Trump leur a aussi lancé une mise en garde. Il a annoncé avoir envoyé une lettre à Mahmoud Abbas l'exhortant à saisir «une chance historique», et peut-être «la dernière», d'obtenir un État indépendant. «Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel Etat resterait ouvert et sans développement» de colonies israéliennes «pendant une période de quatre ans», a-t-il précisé.

Selon la Maison Banche, le projet propose un État palestinien «démilitarisé». Jérusalem restera «la capitale indivisible d'Israël», a-t-il par ailleurs assuré, en proposant de créer une capitale de l'État palestinien cantonnée dans des faubourgs de Jérusalem-Est.

Pour Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l'International Crisis Group, le message adressé aux Palestiniens est clair et sans nuances: «Vous avez perdu, il va falloir vous y habituer». «Ce plan de paix est comme tant d'autres aventures trumpiennes: il propose une solution à un problème que nous n'avions pas et, ce faisant, rend le problème initial beaucoup plus complexe», a de son côté estimé Aaron David Miller du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

Éloges de Bibi pour «Jared»

Les Émirats arabes unis ont vu dans ce texte «un important point de départ» pour un retour à la table des négociations. Leur ambassadeur à Washington Youssef al-Otaïba était, avec ses homologues d'Oman et de Bahreïn, un des représentants de pays arabes à la Maison Blanche, où l'absence des Palestiniens était criante.

L'Arabie saoudite a de son côté dit «apprécier» les efforts de Donald Trump, tandis que l'Égypte a appelé Israéliens et Palestiniens à un examen «attentif» et «approfondi» du plan.

Donald Trump avait confié au printemps 2017 à son gendre et conseiller Jared Kushner, novice en politique, l'épineuse tâche de concocter une proposition susceptible d'aboutir à «l'accord ultime» entre Israéliens et Palestiniens. L'objectif: réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Couvert d'éloges par Benjamin Nentayahu, qui a salué sa «sagesse» et sa «détermination», le mari d'Ivanka Trump a assuré sur CNN que le document représentait une «réelle opportunité» pour les Palestiniens. «Par le passé, ils sont passés maîtres dans l'art de gâcher toutes les chances qui leur étaient offertes», a-t-il ajouté sur un ton peu diplomatique.

«Accord du siècle»

Le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, avait par avance appelé la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international. «Ce n'est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient», a-t-il martelé, jugeant que l'initiative visait avant tout à protéger «Trump de la destitution» et «Netanyahu de la prison».

Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël où Benjamin Netanyahu est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz.

Mais c'est avec «Bibi» qu'il a choisi d'apparaître mardi devant les caméras. Et le Premier ministre israélien, qui se rendra dès mercredi à Moscou pour informer le président russe Vladimir Poutine des détails du plan, n'a pas dissimulé son enthousiasme.

(nxp/afp)