Afghanistan

29 février 2020 02:53; Act: 29.02.2020 21:02 Print

Un accord historique entre les talibans et Washington

Les Etats-Unis et les talibans ont signé, samedi à Doha, un accord qui permettra le retrait des troupes américaines d'Afghanistan.

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«Nous exhortons les Afghans à saisir la chance de la paix», a affirmé Donald Trump. (Vendredi 28 février 2020) (Photo: AFP)

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Les Etats-Unis et les talibans afghans ont signé samedi un accord historique à Doha. Ces signatures ouvrent la voie à un retrait total des troupes américaines après 18 ans de guerre et à des négociations de paix interafghanes inédites.

L'accord négocié pendant un an et demi au Qatar a été signé par les principaux négociateurs des deux parties ennemies, Zalmay Khalilzad côté américain et le chef politique des talibans Abdul Ghani Baradar, en présence du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. MM. Khalilzad et Baradar se sont serré la main sous les applaudissements et les cris «Allah Akbar».

Ce texte n'est pas un accord de paix à proprement parler, car les autorités afghanes, elles-mêmes aux prises avec les divisions nées d'une élection présidentielle contestée, ont jusqu'ici été tenues à l'écart de ces pourparlers directs sans précédent. Mais les Américains s'engagent à entamer immédiatement un retrait graduel de leurs troupes, pour les ramener d'environ 13'000 actuellement à 8'600 d'ici 135 jours.

Un calendrier de principe prévoit le retrait total de toutes les forces étrangères d'Afghanistan «au cours des 14 mois suivant la signature de l'accord», selon le texte.

Terrorisme bani

Leur départ est toutefois lié au respect par les talibans, les insurgés afghans, de leurs engagements sécuritaires et aux progrès dans les négociations interafghanes à venir, ont précisé de hauts responsables américains.

En contrepartie de cette revendication-clé des talibans, ceux-ci s'engagent à bannir tout acte de terrorisme depuis les territoires afghans qu'ils contrôlent et à entamer de véritables négociations de paix avec le gouvernement de Kaboul avec lequel ils refusaient jusqu'ici de parler. Ces négociations interafghanes doivent commencer d'ici le 10 mars, selon l'accord, probablement à Oslo.

«Premier pas décisif»

«Si les talibans ne respectent pas leurs engagements, ils perdront leur chance de s'asseoir avec les autres Afghans et délibérer de l'avenir de leur pays», a lancé le chef du Pentagone Mark Esper, qui était lui à Kaboul pour signer une déclaration conjointe avec le gouvernement afghan. «Les Etats-Unis n'hésiteraient pas à annuler l'accord», a-t-il prévenu.

Le président américain Donald Trump a d'emblée prévenu que «si les choses se passent mal, nous y retournerons». Il rencontrera «bientôt» les dirigeants talibans, a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse à Washington.

De leur côté, les talibans assurent qu'ils respecteront leurs engagements, sans donner de précisions. «Puisque l'accord est signé aujourd'hui, et que notre peuple est heureux et le célèbre, nous avons arrêté toutes nos opérations militaires dans tout le pays», a fait valoir à l'AFP à Kaboul Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans.

Trop de concessions

Dans l'immédiat, Donald Trump brandira le pacte pour clamer, en campagne pour sa réélection dans huit mois, qu'il a tenu une de ses promesses phares: mettre fin à la plus longue guerre des Etats-Unis.

Malgré les critiques de certains observateurs qui estiment qu'elle concède trop pour trop peu, l'administration Trump assure que les garanties fournies par les insurgés répondent à la raison première de l'intervention américaine, lancée en représailles aux attentats du 11-Septembre 2001 ourdis par Al-Qaïda depuis l'Afghanistan alors dirigé par les talibans.

Aux termes de l'accord, «les talibans n'autoriseront aucun de leurs membres, ou d'autres individus ou groupes, dont Al-Qaïda, à utiliser le sol afghan pour menacer la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés».

Saluant la «meilleure chance de paix en une génération», Mike Pompeo a appelé les talibans à «tenir la promesse de rupture avec Al-Qaïda», et à ne pas «crier victoire».

«Réduction de la violence»

Les responsables américains se disent aussi rassurés par la période de «réduction de la violence» de sept jours globalement respectée par les Etats-Unis, les talibans et les forces afghanes préalablement à la signature de samedi. Cette trêve partielle était une exigence du président américain qui avait brusquement annulé la signature de l'accord en septembre après la mort d'un soldat américain dans un énième attentat à Kaboul.

Les belligérants sont maintenant censés s'entendre rapidement sur un cessez-le-feu total lors des négociations interafghanes. Quelque 30 pays étaient représentés à Doha, mais pas le gouvernement afghan qui a toutefois dépêché en amont une petite délégation pour une «première prise de contact» avec les talibans.

(nxp/ats)