Europe

17 octobre 2019 18:34; Act: 18.10.2019 03:00 Print

Un accord mais beaucoup d'incertitudes

Juncker et Johnson ont trouvé un accord sur le Brexit. Celui-ci ne fait pas l'unanimité. La balle est dans le camp du Parlement britannique.

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Boris Johnson, qui a assuré être parvenu à «un excellent nouvel accord» permettant au Royaume-Uni de reprendre «le contrôle», a enjoint aux députés d'approuver le texte lors d'une séance exceptionnelle samedi. Celui qui est arrivé au pouvoir en juillet sur la promesse d'un Brexit coûte que coûte le 31 octobre devra se battre pour chaque voix.

Le gouvernement conservateur ne dispose plus que de 288 élus, alors que la majorité absolue est de 320 voix à la Chambre des communes. A deux semaines de la date prévue du Brexit, le risque est fort de voir les députés rejeter pour la quatrième fois un accord de divorce avec l'UE, après avoir recalé par trois fois le compromis négocié par Theresa May, mécontents des dispositions sur l'Irlande du Nord.

Entre «très serrée» et «non»

«En ce moment, l'arithmétique parlementaire se situe quelque part entre 'très serrée' et 'non'», relève Constantine Fraser, analyste politique au cabinet de recherche TS Lombard.

Jeremy Corbyn, le chef du Parti travailliste (244 députés), a appelé ses troupes à «rejeter» le texte. C'est «non» également pour le parti unioniste nord-irlandais DUP, allié clé du gouvernement à Westminster: pas question d'avaliser un texte traitant l'Irlande du Nord différemment du reste du Royaume-Uni et de laisser planer ainsi le spectre d'une réunification de l'Irlande, son cauchemar.

«Ce n'est pas un Brexit»

Le DUP ne dispose que de dix députés aux Communes, mais son soutien est indispensable vu l'absence de majorité. Surtout, son feu vert aurait permis de convaincre les quelques dizaines de «Brexiters» les plus durs du Parti conservateur, dont la position reste inconnue.

Résumant la pensée des critiques les plus farouches de l'UE, le chef du Parti du Brexit Nigel Farage, sans mandat, a jugé que le nouvel accord «n'est pas un Brexit». Le ministre Jacob Rees-Mogg a tenté de rassurer les eurosceptiques comme lui: c'est «un bon accord». «Il est théoriquement possible de faire approuver un accord sans le DUP, mais c'est extrêmement improbable», souligne Dom Walsh, analyste au groupe de réflexion Open Europe.

Boris Johnson n'avait pas ménagé ses efforts pour convaincre les unionistes nord-irlandais. Il avait promis un «New deal» économique pour la province britannique et reçu régulièrement les représentants du parti.

L'Ecosse lésée

Selon Constantine Fraser, cette annonce d'accord pourrait être une manière pour lui de les mettre devant «le fait accompli», voire de jeter l'éponge pour se concentrer sur le coup d'après, des élections générales anticipées, vues comme incontournables pour sortir de la crise politique.

Hostiles au Brexit, les indépendantistes écossais du SNP (35 députés) comme les libéraux-démocrates (19) ont également opposé une fin de non-recevoir. Paradoxalement, Boris Johnson pourrait compter sur le soutien de 21 députés rebelles qu'il avait exclus sans ménagement des rangs tories en septembre pour avoir voté avec l'opposition afin d'éviter un «no deal» aux conséquences économiques désastreuses.

«Ils ne doivent rien à Boris Johnson (...) Mais la plupart d'entre eux voulaient un accord (...) Voter un accord pourrait leur permettre de faire leur retour», explique Tim Bale, directeur adjoint du centre de réflexion «UK in a Changing Europe».

Un «cadeau de Noël»

Des élus travaillistes pourraient aussi défier la consigne de vote de leur leader, désireux de voir le royaume quitter enfin l'UE. «Mais veulent-ils faire un cadeau de Noël à Boris Johnson?», s'interroge Tim Bale, alors que les sondages donnent le dirigeant gagnant en cas d'élections, fort de sa promesse de mettre le Brexit en oeuvre.

En cas d'échec à faire approuver son accord, Boris Johnson est contraint par une loi de solliciter un report de trois mois du Brexit afin d'éviter un «no deal». Nombre d'experts estiment désormais que c'est le scénario le plus probable et l'opposition voudrait profiter de ce délai pour soumettre l'accord à référendum. «La meilleure façon de résoudre le Brexit est de donner à la population le dernier mot lors d'un vote populaire», a déclaré Jeremy Corbyn.

L'accord approuvé par les 27

Les 27 pays de l'UE ont approuvé le nouvel accord de Brexit conclu avec Londres, a annoncé jeudi le président du Conseil européen Donald Tusk. «Nous sommes très proches de la fin du processus», a déclaré le dirigeant européen lors d'une conférence de presse.

Le négociateur de l'UE pour le Brexit Michel Barnier a indiqué à l'AFP avoir été chargé de lancer la négociation de la nouvelle relation commerciale avec Londres après le Brexit.

C'est la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui lui a confié cette mission, a-t-il précisé.

Retrouvez notre live-ticker à la suite de l'annonce de l'accord ci-dessous:

(nxp/ats/afp)