France

15 novembre 2019 07:41; Act: 15.11.2019 07:41 Print

Un an après, les «gilets jaunes» sont essoufflés

La contestation sociale est née il y a un an, enclenchée par une taxe sur le carburant. Les revendications se sont étendues à toute la politique sociale mais cherchent un nouveau souffle.

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Photo d'illustration. (Photo: AFP)

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Un drapeau français et un gilet fluorescent flottant dans le vent automnal, et des boîtes de conserve vides traînant dans la boue: un an après, ce sont les vestiges de la lutte de «gilets jaunes» qui ont tenu nuit et jour pendant six mois un campement dans le nord-ouest de la France.

La mobilisation avait débuté sur le rond-point de Montabon et fut une des plus actives, dans cette région de la Sarthe, de la révolte sociale des «gilets jaunes». Cette dernière est née à l'automne 2018 d'une contestation d'une nouvelle taxe sur le carburant, avant de remettre en cause toute la politique sociale du gouvernement d'Emmanuel Macron, ébranlant son quinquennat.

Aujourd'hui, des «vétérans» de cette occupation font le bilan et espèrent que le mouvement, qui s'est considérablement affaibli, pourra se relancer à l'occasion du premier anniversaire ce week-end.

Blocages de rond-points

Au plus fort de cette crise sociale, les blocages de ronds-points se comptaient par centaines en France. Près du rond-point de Montabon, un groupe de travailleurs, de retraités, de chômeurs, avaient construit une cabane en bois où ils se retrouvaient tous les jours pour partager un repas, parler stratégie ou se confier sur des quotidiens difficiles où l'on peine à joindre les deux bouts.

Ils ont fêté ensemble Noël et Nouvel an 2018, et même un anniversaire de mariage. «C'était l'Arche de Noé», confie David Bruzzi, mécanicien de 49 ans, l'un des leaders du rond-point de Montabon.

«Ce n'était pas que foutre sur la gueule de Macron, c'était s'intéresser aux gens du coin et remplir les cabas...», raconte-t-il en partageant un café matinal lors d'une réunion de «vétérans».

Samedi et dimanche prochains, pour le premier anniversaire du mouvement, les «gilets jaunes» ambitionnent d'être nombreux sur les ronds-points et à Paris, dans l'espoir de trouver un second souffle. Les anciens du campement de Montabon ont prévu eux de se réunir à nouveau samedi et d'organiser un barbecue «festif», sans blocage.

«Des émules partout»

L'épouse de David, Vanina, 44 ans, employée dans une station-service et mère de famille, a répondu présente durant des mois sur le campement. Pour elle, cet anniversaire est une opportunité de «dire qu'on n'est pas morts».

Sous la pression du mouvement, le gouvernement français avait pris des mesures d'urgence, évaluées à environ 10 milliards d'euros, mais qui n'avaient pas satisfait une grande partie de «gilets jaunes».

Analysant ces six mois, Vanina estime que la plus grande réussite des «gilets jaunes» a été de raviver les flammes des mouvements sociaux en France.

«Ca a crée des émules partout», juge-t-elle, citant notamment la récente mobilisation des personnels des urgences dans l'hôpital public. «On peut toujours dire que si on n'avait pas fait ça, ça serait pire...», commente avec calme Jean-Jacques Brossay, retraité de 63 ans.

Violence condamnée

Autre «vétéran», Marco Beaulaton, 61 ans, technicien à la retraite, a participé pendant dix jours au blocage d'une raffinerie de pétrole dans la ville du Mans, à 45 km au nord de Montabon. Il se souvient d'un «moment inoubliable de solidarité et de partage».

Se disant plutôt adepte de la «méthode Mandela et Gandhi», il juge que le mouvement s'est tiré une balle dans le pied en refusant de condamner la violence des manifestants issus de l'extrême droite et de l'extrême gauche et leurs affrontements avec les forces de l'ordre. Ces derniers ont eu un effet repoussoir pour les «gilets jaunes» modérés.

Damien Pichereau a été la cible de la colère des «gilets jaunes». Ce député de 31 ans, qui a grandi dans un village de 250 habitants, a été élu avec le nouveau parti d'Emmanuel Macron en 2017. Lors de sa première visite à un point de rassemblement de «gilets jaunes», un manifestant lui lancera: «Tu ne peux pas savoir comme j'ai envie de te mettre un coup de fusil». Et en février, sa permanence de député fut dégradée par des manifestants cagoulés.

Revoir «Des gilets jaunes blessés défilent à Paris» du 2 juin dernier:

En dépit de ces événements, il juge que ce mouvement a constitué une force positive de changement, citant notamment les trois mois de «grand débat» initié par Emmanuel Macron à travers la France. «On ne fait plus de la politique de la même manière. Il y a plus de concertation», estime le député.

Rendez-vous le 5 décembre

Réunis début novembre en assemblée à Montpellier (sud), les «gilets jaunes» ont voté une proposition pour rejoindre la grève du 5 décembre au niveau national contre la réforme des retraites.

«L'heure est à la convergence avec le monde du travail et son maillage de milliers de syndicalistes qui, comme nous, n'acceptent pas», ont-ils déclaré dans un communiqué de presse. «C'est là qu'on va voir si ça redémarre», conclut Vanina Bruzzi.

(nxp/ats)