Manifestations au Sénégal

19 mars 2011 17:44; Act: 19.03.2011 17:48 Print

Un complot pour renverser le régime

Le gouvernement du président sénégalais Abdoulaye Wade a dénoncé un «complot» destiné à le renverser à l'occasion de manifestations, samedi à Dakar et en province, de ses partisans et de ses opposants.

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Des manifestations se sont tenues samedi à Dakar et dans plusieurs autres villes sénégalaises. (Photo: Keystone/AP)

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Abdoulaye Wade célébrait au cours de cette journée le 11e anniversaire de son accession au pouvoir.

En dépit des accusations gouvernementales, les manifestations prévues dans plusieurs quartiers de Dakar et de sa banlieue, ainsi que dans d'autres grandes villes de province, n'ont pas été interdites.

Quelques incidents ont émaillé la fin d'un rassemblement de 3000 à 4000 opposants sur la place de l'Indépendance, au coeur de Dakar: avant de se disperser, des manifestants ont brûlé un portrait du président Wade et lancé des pierres contre les forces de l'ordre qui n'ont toutefois pas riposté.

Peu après minuit, samedi, le ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, a lu à la télévision publique RTS une déclaration solennelle du gouvernement, accusant des membres de l'opposition d'avoir fomenté «un complot» visant au «renversement du régime» et annonçant des arrestations.

Interpellations

«C'est impensable, c'est excessif. L'objectif visé, c'est d'intimider, de faire en sorte que les gens ne sortent pas» pour aller aux manifestations, a affirmé Ousmane Tanor Dieng, leader du Parti socialiste (PS), moteur de la coalition Benno Siggil Senegal (Ensemble pour le renouveau du Sénégal).

«Cela traduit tout simplement une peur panique de la part des autorités de l'Etat qui considèrent toute manifestation de la jeunesse de notre pays comme une tentative de déstabilisation du régime», a de son côté affirmé Moustapha Niasse, autre leader de la coalition.

MM. Tanor Dieng et Niasse participaient à une manifestation à Rufisque, au sud-est de Dakar.

Le ministre de la Justice a cité des noms de responsables de mouvements d'opposition, en particulier le mouvement Tekki et le Mouvement national des étudiants socialistes (MNES), qui ont «planifié» des actions «de subversion active et de déstabilisation des institutions par la violence». Egalement dénoncés, «des groupements d'artistes» et des «leaders politiques».

Saisi par l'Etat, le procureur de la République de Dakar «a procédé à l'interpellation d'individus dûment identifiés comme membres du complot». Le nombre de personnes arrêtées n'a pas été précisé.

Tension sociale

Outre le rassemblement place de l'Indépendance à Dakar, d'autres manifestations de l'opposition, de mouvements de jeunes, mais aussi de partisans du président Wade, étaient prévues samedi. Elles ont lieu dans un climat de tension sociale, marqué notamment par des coupures d'électricité récurrentes qui exaspèrent les Sénégalais et malmènent l'activité économique.

Abdoulaye Wade, qui avait suscité un immense espoir lors de son accession au pouvoir en 2000 après quarante ans de pouvoir socialiste, a déçu: ses détracteurs l'accusent d'avoir favorisé la corruption, privilégié son clan et sa famille - en particulier son fils Karim - et d'avoir mené une politique de prestige au détriment des réalisations sociales.

Le chef de l'Etat, âgé de 85 ans, avait annoncé dès septembre 2009 qu'il allait se représenter pour un nouveau mandat en février 2012.

(ats)