Mexique

18 octobre 2019 01:55; Act: 18.10.2019 06:33 Print

Le fief d'El Chapo se révolte, son fils arrêté

Des civils de la ville de Culiacan, fief du baron d'El Chapo, ont pris les armes jeudi contre les forces de l'ordre, tandis que les autorités ont arrêté un des fils du baron de la drogue.

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Des hommes armés dans une rue de Culiacan, le 17 octobre 2019. (Photo: AFP)

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Les autorités mexicaines ont annoncé avoir arrêté un des fils de Joaquin «El Chapo» Guzman au moment même où de violents affrontements opposaient jeudi soir les forces de l'ordre à des bandes armées, à Culiacan, fief du baron de la drogue emprisonné aux Etats-Unis.

Un homme qui s'est présenté comme étant Ovidio Guzman Lopez a été arrêté avec trois autres personnes, après une attaque contre une patrouille de la Garde nationale, a indiqué le secrétaire d'Etat à la Sécurité et la protection des citoyens, Alfonso Durazo.

Des tirs nourris opposants des civils armés aux forces de sécurité mexicaines à Culiacan (nord-ouest) ont retenti en plein après-midi dans les rues de cette ville de 750'000 habitants ainsi que des explosions de véhicules, forçant les résidents à se terrer chez eux, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Civils en armes

Les membres du cabinet de sécurité se sont réunis jeudi dans la soirée à la suite de ces violences, a indiqué le bureau du président mexicain Andrès Manuel Lopez Obrador, sans plus de détails.

Dans un communiqué, le gouverneur de l'Etat de Sinaloa, considéré comme l'un des plus violents au Mexique, a appelé la population à «ne pas sortir dans les rues et à se conformer aux instructions officielles en fonction de la tournure des évènements en cours».

Selon le correspondant de l'AFP, plusieurs rues du secteur ont été partiellement bouclées par les civils en armes portant des capuches pour masquer leurs visages, donnant à la ville des allures de champ de bataille. Plusieurs habitants de la ville ont été contraints de fuir en abandonnant leurs voitures dans les rues.

Plusieurs médias mexicains, dont les chaînes Milenio TV et Televisa ont indiqué que l'un des fils de Joaquin «El Chapo» Guzman, Ovidio Guzman Lopez, aurait été arrêté voire tué par les forces de sécurité, déclenchant la riposte de civils armés. Aucune confirmation officielle n'a pour l'instant été donnée à ces informations relatives au fils de Joaquin Guzman.

Cartel fragmenté

Milenio TV et Televisa, parmi les plus importantes télévisions au Mexique, passent en boucle des images de forces de sécurité prises sous le feu de mitrailleuses lourdes actionnées par des civils, ainsi que des voitures et des camions en flammes.

Le puissant cartel de Sinaloa est fragmenté entre les fils d'El «Chapo» et un certain Ismael «El Mayo» Zambada, l'un des pères fondateurs de cette même organisation. «El Chapo» a été condamné en juillet aux Etats-Unis à la réclusion à perpétuité.

Considéré comme le narcotrafiquant le plus puissant au monde, il a acheminé aux Etats-Unis au moins 1200 tonnes de cocaïne sur un quart de siècle. Malgré son arrestation, l'organisation continue d'acheminer la majorité de la drogue qui entre aux Etats-Unis.

Durant le procès, l'accusation a montré que le Mexicain avait ordonné l'assassinat ou mis lui-même à mort au moins 26 personnes, parfois après les avoir torturées. Il s'agissait d'informateurs, trafiquants issus d'organisations rivales, policiers, collaborateurs, voire de membres de sa propre famille.

Diminuer la criminalité

Avant même l'enregistrement officiel de l'appel, «El Chapo» avait été transféré dans une prison de haute sécurité du Colorado, l'Administrative Maximum Facility, ou ADX, située à Florence, dans le sud de l'Etat.

Le président mexicain ne cesse d'exprimer sa volonté de faire diminuer la criminalité dans son pays, depuis son élection en décembre dernier. Mais sans grand succès. Il a pourtant mis en place une Garde Nationale afin de rendre à la police des responsabilités qui incombaient depuis plusieurs années à l'armée, déployée depuis 2006 dans le cadre d'une offensive généralisée contre le crime organisé.

Selon plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, cette bataille menée par les militaires n'a fait qu'accroître la violence dans le pays, déchiré par des rivalités entre différents cartels. Depuis, des données officielles font état de la mort de quelque 250'000 personnes, sans qu'il soit toutefois possible de déterminer le nombre de tués dans le cadre de la lutte contre le crime organisé. Un record a été battu en 2018 avec 33'749 tués, selon ces mêmes sources. Avec 23'063 morts jusqu'en août, il est possible qu'un nouveau record de violence soit battu pour l'année en cours.

(nxp/afp)