Air Cocaïne

12 mars 2019 20:11; Act: 12.03.2019 20:24 Print

Un douanier français plaide un service rendu

Le procès de cette affaire de trafic de drogue aux multiples rebondissements se tient depuis le 18 février devant une cour d'assises spéciale en France.

Une faute?

Un douanier français accusé d'avoir aidé à écouler en Europe la drogue d'un cartel mexicain via l'aéroport de Saint-Tropez (sud-est) a plaidé mardi le service rendu et la naïveté, dans le procès «Air Cocaïne».

Le procès de cette affaire de trafic de drogue aux multiples rebondissements se tient depuis le 18 février devant une cour d'assises spéciale à Aix-en-Provence (sud-est). Pour l'accusation, la présence de François-Xavier Manchet sur ce minuscule aéroport fin 2012, quand une dizaine de valises boueuses sont discrètement déchargées d'un Falcon 50, n'a qu'un seul objectif: s'assurer que les autorités n'examineront pas de trop près ces étranges bagages.

Quatre mois plus tard, dans la nuit du 19 au 20 mars 2013, près de 700 kg de cocaïne sont saisies dans ce même avion, sur l'aéroport de Punta Cana, en République dominicaine. C'est le début de l'affaire «Air Cocaïne», pour laquelle François-Xavier Manchet, 54 ans, est jugé avec huit autres personnes, dont les deux pilotes.

«Par pure amitié»

S'il a été vu en 2012 à l'arrivée du premier vol suspect du Falcon, c'était «par pure amitié», insiste-t-il jeudi, devant les six magistrats: pour rendre service à Frank Colin, un Français qui a fait fortune en Roumanie, notamment dans l'immobilier, après avoir été garde du corps de Naomi Campbell ou Mike Tyson.

M. Colin, 47 ans, également sur le banc des accusés, serait la cheville ouvrière du trafic, le lien entre Ali Bouchareb, désireux d'importer en France la drogue du cartel de Sinaloa, et Alain Castany, l'apporteur d'affaires de la compagnie d'aviation d'affaires SNTHS qui gérait le Falcon 50.

Le douanier ne cache pas avoir été ébloui par la réussite de Franck Colin, sa Maserati, son épouse roumaine, une styliste proche de l'ancien président Ion Iliescu: «M. Colin, pour moi, c'était du rêve, c'est con à dire, ça fait un peu groupie», reconnaît-il.

Cette admiration l'a-t-elle poussé à dépasser les limites ? «C'était un garçon charmant, très dévoué», explique Patrice Anibert, son supérieur hiérarchique aux Douanes à Toulon à l'époque: «Mais je trouvais qu'il était trop proche du commerce, des entreprises».

«On ne peut pas»

François-Xavier Manchet ne nie pas avoir parfois déraillé, et juge difficile de faire totalement la différence entre amitié et travail: «On ne peut pas», répond-il, «à moins d'être un moine soldat». Mais de là à tremper dans un trafic international de stupéfiants? «Je préférerais me tirer une balle dans la tête», assure-t-il.

Entamé le 18 février, ce procès devrait se conclure le 5 avril.

(nxp/afp)