Brésil

25 juillet 2018 08:33; Act: 25.07.2018 09:20 Print

Un extrémiste de droite favori de la présidentielle

Malgré ses dérapages racistes ou homophobes, Jair Bolsonaro séduit les électeurs brésiliens. Il est favori de la présidentielle d'octobre.

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Jair Bolsonaro lors d'une cérémonie des cadets de l'armée à Sao Paolo en mai 2018 (Photo: AFP)

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Le député brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro est parvenu à se hisser parmi les favoris de l'élection présidentielle d'octobre. Malgré des dérapages racistes ou homophobes, il séduit une part significative de l'électorat.

Au Brésil, pays miné par les scandales de corruption qui ont éclaboussé l'ensemble des partis traditionnels, cet ex-capitaine de l'armée brésilienne nostalgique de la dictature militaire (1964-1985) ne laisse personne indifférent: ou on l'adore, ou on le déteste.

Archétype du cow-boy brésilien

Parmi ses supporters, Felipe Bretas. Avec son chapeau noir à bords larges, cet éleveur de 42 ans est l'archétype du cow-boy brésilien. Il a voyagé à Rio de Janeiro depuis l'Etat voisin du Minas Gerais pour afficher son soutien à Jair Bolsonaro, un homme «éthique et honnête», qui incarne le «changement» dont le Brésil a besoin.

En 2002, il avait voté pour Luiz Inácio Lula da Silva, qui a présidé le Brésil de 2003 à 2010. Mais aujourd'hui, il considère que «c'est le moment de voter à droite parce que la gauche a été désastreuse».

«Un symbole»

«Je vois que M. Bolsonaro met en valeur les producteurs ruraux, les gens des campagnes et l'agriculture qui est un secteur qui apporte beaucoup de devises au Brésil, mais est abandonné», ajoute-t-il. L'éleveur se dit par ailleurs inquiet pour la sécurité de ses filles de 8 et 10 ans. «Dans la situation actuelle, avec toute cette violence, la population doit avoir le droit de posséder une arme, pour protéger sa famille et son patrimoine».

Pour Allienne da Costa, une étudiante de 27 ans, Jair Bolsonaro «est bien plus qu'un candidat. Il est le symbole de ce que nous attendons, nous, les conservateurs brésiliens», assure cette étudiante en relations internationales, fidèle d'une église baptiste évangélique.

«J'ai toujours été une lectrice assidue de la bible. Les valeurs morales chrétiennes ne nous permettent pas de nous rapprocher de la gauche, qui prône l'immoralité et le libertinage», argumente-t-elle. Allienne se dit résolument «contre l'avortement, les quotas raciaux et le communisme».

«Le langage du peuple»

José Ricardo Mendo, peintre en bâtiments de 30 ans, vit et travaille, quant à lui, dans la Baixada Fluminense, zone pauvre et violente de la banlieue nord de Rio. Il est un des rares Noirs présents lors de la réunion électorale de M. Bolsonaro à Rio de Janeiro. Il assure ne pas se sentir visé par certains dérapages du candidat, qui a fait face à plusieurs accusations formelles de racisme par le passé. «En plus, son beau-père est noir», rappelle-t-il, en allusion au père de la troisième épouse du député.

«Il parle le langage du peuple, pas le politiquement correct», explique le peintre en bâtiments. Arborant un t-shirt à l'effigie de son candidat de prédilection, José Ricardo se dit convaincu que l'ancien parachutiste «donnera aux policiers de meilleures conditions de travail».

Il considère qu'une des mesures principales du programme de M. Bolsonaro est l'abaissement à 16 ans de la majorité pénale.

«Un homme à poigne»

«Je veux que le président se batte, qu'il lutte pour le peuple et qu'il ne se cache pas», affirme de son côté Paulo César Rodrigues, un militaire à la retraite de 57 ans. M. Bolsonaro est «l'homme qu'il faut» parce que son parcours «n'est pas entaché» par les scandales de corruption.

«La discipline et la hiérarchie sont les piliers indispensables à un pays et nous en sommes dépourvus aujourd'hui. M. Bolsonaro, fort de sa carrière militaire, sera un bon président». «Nous avons besoin d'un homme à poigne», insiste-t-il.

Ivaneide Almeida, une fonctionnaire de 50 ans qui a toujours voté à droite, suit, elle, de près la carrière politique de Jair Bolsonaro depuis des années. «Il est persécuté à chaque fois qu'il dit quelque chose parce que c'est une personne vraie, transparente», déclare-t-elle.

Cette Brésilienne blanche de classe moyenne considère que les quotas raciaux imposés par les gouvernements de gauche depuis une quinzaine d'années sont «discriminatoires» pour les gens comme elle.

Elle fustige en outre les médias traditionnels, qui «déforment» les propos de M. Bolsonaro, au même titre que ceux du président américain Donald Trump. «Je crois que les deux vont faire beaucoup de bien aux deux pays», conclut-elle.

(nxp/ats)