Procès

30 janvier 2019 23:50; Act: 31.01.2019 07:20 Print

Une «avalanche de preuves» contre El Chapo

«Une avalanche de preuves» montre que le baron de la drogue El Chapo «est coupable», selon l'accusation.

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«Ne laissez pas (El Chapo) échapper à ses responsabilités, déclarez-le coupable de tous les chefs d'inculpation!»: c'est l'appel qu'a lancé mercredi la procureure aux jurés du procès du narcotrafiquant mexicain, qui touche à sa fin à New York.

Durant plus de six heures de plaidoirie, la procureure Andrea Goldbarg a résumé pour les jurés du tribunal fédéral de Brooklyn près de trois mois de dépositions contre celui qui est devenu, après la mort de Pablo Escobar, le chef de cartel le plus connu au monde, et a réussi à s'échapper par deux fois des prisons mexicaines.

«Pourquoi s'est-il échappé? Parce qu'il savait qu'il était coupable», a-t-elle affirmé. «Parce qu'il voulait éviter d'être envoyé aux Etats-Unis (...). Parce qu'il voulait éviter de se retrouver ici, devant vous!»

«Au-delà d'un doute raisonnable»

Depuis le 13 novembre, l'accusation a appelé à la barre 56 témoins, dont 14 ex-collaborateurs de Joaquin Guzman alias «El Chapo», fait entendre des dizaines de conversations téléphoniques enregistrées en secret, montré des lettres écrites en prison et des livres de compte, a souligné la procureure.

«Vous avez vu les preuves: drogues, armes, livres de compte, lettres: tout cela prouve que l'accusé est coupable de tous les chefs d'accusation au-delà d'un doute raisonnable», a lancé Mme Goldbarg aux jurés, sous le regard attentif d'El Chapo, 61 ans, et de sa jeune épouse Emma Coronel, une ex-reine de beauté de 29 ans qui a assisté à la quasi-totalité des audiences.

Tout en parlant, Mme Goldbarg faisait défiler sur grand écran des centaines de photos, des vidéos, des cartes et des textos échangés entre le narcotrafiquant et ses ex-associés. Pour enfoncer le clou, l'accusation avait aussi disposé près des jurés un gilet pare-balles, un fusil automatique et des pains de cocaïne.

«Nous voulons la paix»

«Après 25 ans, l'accusé s'était hissé au rang de principal dirigeant du cartel de Sinaloa», a fait valoir Mme Goldbarg. «Son objectif était de distribuer autant de drogue que possible et d'engranger des millions de dollars de bénéfices».

Coïncidence: pendant qu'elle parlait, le nouveau président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador annonçait au Mexique que la campagne de lutte contre les cartels, qui a duré des années, était terminée, faisant valoir que juger des barons n'était plus la priorité du gouvernement. «Nous voulons la paix, nous allons arriver à la paix», a assuré le président.

Mais quelles que soient les nouvelles priorités des autorités mexicaines, la justice américaine entend bien obtenir la condamnation d'El Chapo, qu'elle accuse d'avoir supervisé l'exportation de plus de 155 tonnes de cocaïne aux Etats-Unis entre 1989 et 2014, pour des bénéfices estimés à 14 milliards de dollars.

El Chapo, extradé par le Mexique vers les Etats-Unis en janvier 2017, fait face à 10 chefs d'accusation pour trafic de drogue, possession d'armes et blanchiment d'argent. Il risque la prison à perpétuité en cas de condamnation.

«Se salir les mains»

La procureure est aussi revenue sur un témoignage particulièrement sanglant entendu par les jurés la semaine dernière, de la bouche d'un ex-tueur à gages d'El Chapo, Isaias «Memin» Valdez: ce dernier avait raconté comment son patron avait fait torturer et exécuter des narcotrafiquants du cartel rival de Los Zetas avant de jeter leurs corps dans un brasier. Non seulement il ordonnait tortures et meurtres, mais «il n'avait pas peur de se salir les mains» et a «personnellement assassiné» trois narcotrafiquants rivaux, a souligné Mme Goldbarg.

«El Chapo», dont le Mexique avait accepté l'extradition à la condition qu'il ne soit pas condamné à mort, n'a cependant été directement inculpé d'aucun assassinat. La plaidoirie finale de l'accusation terminée, ce sera jeudi au tour de la défense, qui n'a cité à comparaître, brièvement, qu'un seul témoin lors de ce procès-fleuve. Les avocats du narcotrafiquant ont essayé de le présenter comme le bouc-émissaire d'un gouvernement mexicain corrompu, suggérant que son co-accusé actuellement en fuite, Ismael «El Mayo» Zambada, était le véritable patron du cartel.

Le jury pourrait commencer à délibérer vendredi. La brièveté de la présentation de la défense laisse penser qu'un verdict de culpabilité pourrait être rapidement rendu. Preuve que le procès a été captivant, l'un des jurés suppléants a refusé mercredi d'être excusé, comme le demandait son employeur qui se plaignait qu'il ait été mobilisé par le procès depuis novembre. Le juré a indiqué qu'il préférait aller jusqu'au bout, même si cela devait lui faire perdre son poste.

(nxp/afp)

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