Procès d'une jihadiste allemande

09 avril 2019 13:58; Act: 10.04.2019 08:11 Print

Elle a laissé mourir une fillette et risque perpète

Une Allemande, qui avait rejoint l'Etat islamique en 2014, est jugée pour avoir laissé mourir de soif une petite Yézidie qui lui servait d'esclave.

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Accusée d'avoir laissé mourir de soif une fillette Yézidie en Irak, une Allemande est jugée depuis mardi pour crime de guerre et meurtre, dans le premier procès du genre contre une membre du groupe Etat islamique. Les avocats qui représentent la mère de la victime, dont la libano-britannique Amal Clooney ainsi que la prix Nobel de la paix Nadia Mourad, considèrent cette procédure judiciaire comme «la première dans le monde pour les crimes commis par l'EI contre les victimes yazidies», minorité religieuse kurdophone persécutée et asservie en Irak par les djihadistes à partir de 2014.

Issue d'un milieu défavorisé

Le procès a débuté vers 8h30 devant un tribunal de Munich, sous haute protection policière, et doit durer jusqu'en septembre. L'accusée, Jennifer W. 27 ans, encourt la perpétuité. Cheveux long noués en natte, veste noire et chemise blanche, elle est entrée dans la salle d'audience cachant son visage derrière un dossier cartonné rouge jusqu'au départ des caméras. Issue d'un milieu défavorisé, sans formation et n'ayant pas terminé le collège, la jeune femme avait quitté l'Allemagne pour rejoindre l'EI en septembre 2014. De juin à septembre 2015, selon l'accusation, elle patrouillait, armée, pour la police des moeurs à Falloujah et Mossoul, deux villes irakiennes. Cette force veillait notamment au respect des règles de conduite et d'habillement fixées par les djihadistes.

«L'accusée a laissé son mari faire»

A la même période, elle et son mari ont acheté parmi un groupe de prisonniers une fillette de cinq ans et sa mère issues de la minorité Yézidie afin de les exploiter en tant qu'esclaves, selon l'accusation. «Un jour que la petite fille était malade, elle a mouillé son matelas (en urinant). Le mari de l'accusée l'a punie en l'enchaînant à l'extérieur par une chaleur de plomb, la laissant ainsi mourir de soif de manière atroce», explique le parquet dans un communiqué. «L'accusée a laissé son mari faire et n'a rien entrepris pour sauver la fillette», accuse-t-il encore. Pour l'avocat de la défense, Ali Aydin, sa cliente, en tant que femme, n'aurait rien pu faire. «C'était un autre pays, une autre culture», a-t-il dit à la presse mardi.

Selon la presse allemande, Nora B., la mère de la victime qui vit désormais réfugiée en Allemagne, a indiqué aux enquêteurs que l'accusée était intervenue mais lorsqu'il était déjà trop tard. Jennifer W. a été arrêtée par les services de sécurité turcs en janvier 2016 à Ankara, puis a été extradée vers l'Allemagne. Mais elle n'a été placée en détention qu'en juin 2018, après avoir été arrêtée en tentant de rejoindre avec sa fille de deux ans les territoires que l'EI contrôlait encore en Syrie.

Piégée par le FBI

Selon le magazine «Der Spiegel», c'est au cours de ce départ avorté qu'elle a raconté sa vie en Irak à son chauffeur. Ce dernier était en réalité un informateur du FBI qui la conduisait dans une voiture équipée de micros. Le parquet a utilisé ces enregistrements pour l'inculper. Elle lui a confié ainsi la mort de la fillette.

Les avocats allemands de la partie civile, Mme Clooney et Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l'EI, réclament dans un communiqué commun que Jennifer W. soit aussi condamnée pour crimes contre l'humanité, trafic d'êtres humains et torture. Les deux femmes sont à la tête d'une campagne internationale pour faire reconnaître les crimes contre les Yézidis comme un génocide, mais elles n'étaient pas présentes mardi à Munich.

«Abusé, même pour l'EI»

«Cette affaire est importante pour tous les survivants Yézidis. Chaque survivant que j'ai pu rencontrer attend la même chose: que les coupables soient poursuivis (...) ceci est donc un grand moment pour moi, pour toute la communauté Yézidie», a souligné Nadia Mourad. Pour Amal Clooney, il doit s'agir «du premier procès parmi de nombreux autres».

Dans l'enregistrement réalisé à son insu, Jennifer W. semble, selon le «Spiegel», consciente de la gravité des sévices infligés à l'enfant. C'était «abusé, même pour l'EI», aurait-elle dit. Selon le magazine, le groupe Etat islamique a physiquement châtié en conséquence l'époux. D'après le quotidien «Süddeutsche Zeitung», l'homme identifié comme Taha Sabah Noori Al-J. serait dans la zone frontalière turco-irakienne.

(nxp/afp)