«#JeSuisMila»

24 janvier 2020 13:06; Act: 24.01.2020 13:06 Print

Une ado menacée de mort après une vidéo anti-islam

Une Française de 16 ans est victime d'une violente campagne de harcèlement après une tirade sur Instagram. Son histoire relance le débat sur le «délit de blasphème» en France.

Sur ce sujet
Une faute?

Depuis le début de la semaine, Mila vit un véritable enfer. Originaire de l'Isère, cette jeune femme de 16 ans est victime d'une campagne de cyberharcèlement extrêmement violente après avoir tenu des propos hostiles à l'islam. Tout a commencé le 19 janvier. La lycéenne, chanteuse à ses heures, était en train d'échanger avec ses abonnés Instagram quand l'un d'entre eux, musulman, s'est mis à la draguer lourdement. Gentiment éconduit par Mila, l'internaute s'est alors mis à bombarder d'insultes la jeune femme, la traitant notamment de «sale gouine» et de «sale française».

La lycéenne, ouvertement lesbienne, a contre-attaqué en se lançant dans une tirade anti-islam. «Je déteste la religion, le Coran il n'y a que de la haine là-dedans, l'islam c'est de la merde, c'est ce que je pense. Je ne suis pas raciste, pas du tout. On ne peut pas être raciste envers une religion. Votre religion, c'est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir», a-t-elle lancé face caméra. En deux temps trois mouvements, Mila a été bombardée de commentaires incendiaires et de menaces de mort: il y en aurait eu plusieurs centaines.


«Contrairement à eux, je n'ai insulté personne, ni menacé, ni appelé à la violence envers qui que ce soit. Ce que j'ai fait, c'est du blasphème, c'est une critique générale des religions, et rien d’autre», explique l'adolescente au site féministe Bellica. L'identité et l'adresse de Mila ayant été révélées, les autorités ont décidé de déscolariser temporairement la jeune femme. Elle bénéficiera en outre d'un soutien psychologique. La lycéenne a décidé de porté plainte et le parquet de Vienne a lancé une enquête pour «menaces de mort».

En parallèle, une enquête pour incitation à la haine a été ouverte. Mais «on ne peut pas pour l'instant taxer la jeune fille de racisme», tempère une source proche du dossier, citée par France Bleu. L'histoire de Mila relance le débat autour du «délit de blasphème» en France. Cette notion, qui n'existe pas dans la loi française, revient régulièrement sur le tapis, particulièrement depuis les attentats contre «Charlie Hebdo» en janvier 2015. L'extrême droite s'est d'ailleurs rapidement emparée de cette affaire, assumant la comparaison entre Mila et le journal satirique. «Les propos de cette jeune fille sont la description orale des caricatures de Charlie, ni plus ni moins», a tweeté Marine Le Pen.

Pendant ce temps, Mila croule sous les injures homophobes, racistes ou sexistes comme «va mourir en enfer grosse pute sale lesbienne», «sale Française», ou encore «Française de merde». Dans un souci d'apaisement, l'adolescente a fait son mea culpa sur Instagram: «J'ai parlé sous le coup de l'énervement (…) Je m'excuse envers mes compatriotes musulmans, je prends conscience de la stupidité de mes propos», a-t-elle assuré. Sur les réseaux sociaux, la solidarité s'organise autour de la lycéenne, avec le hashtag #JeSuisMila.

(joc)