Médecins du monde

16 octobre 2019 13:19; Act: 16.10.2019 19:18 Print

Une autre politique voulue contre la précarité

Les conditions de vie des gens en situation précaire empirent en France. L'association Médecins du monde demande des changements politiques.

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L'ONG réclame un «changement de cap» pour les personnes vivant dans la précarité. (Photo: Keystone/Photo d'illustration)

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L'association Médecins du monde réclame un «changement de cap» et une «inflexion des politiques régressives à l'égard des populations les plus fragiles», notamment migrants et étrangers, qui voient leurs conditions de vie et de santé se dégrader, selon un rapport publié mercredi.

«Les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux, voire ne sont pas une priorité du gouvernement», déplore en préambule du rapport Yannick Le Bihan, directeur des opérations France de l'ONG.

«Nous constatons que les conditions de vie de ces personnes (les plus précaires) se sont globalement dégradées depuis le début du quinquennat. Il est impératif d'opérer un changement de cap», souligne-t-il, en dénonçant notamment «la volonté de(s) dirigeants de remettre en cause l'universalité de l'accès à la santé» et des «dispositifs d'hébergement de réinsertion sociale, d'urgence, d'accueil des demandeurs d'asile (...) insuffisants».

Les immigrés les plus touchés

Ce rapport sur l'accès aux droits et aux soins synthétise l'activité des 62 programmes menés par Médecins du monde en 2018 sur 33 sites de France métropolitaine et Outre-mer. En 2018, 24'072 personnes ont notamment été reçues dans les centres d'accueil, de soins et d'orientation (Caso), majoritairement des jeunes (47% ont entre 18 et 34 ans) et des hommes (64,2%).

Dans la quasi-totalité des cas (97,3%), ces personnes sont de nationalité étrangère, originaires essentiellement d'Afrique subsaharienne (49,8%) et du Maghreb (23,5%). Près de 62% des personnes accueillies sont en situation irrégulière. Et plus d'un tiers des étrangers en situation régulière sont en situation administrative précaire, avec un titre de séjour de moins de six mois «et peuvent basculer rapidement dans l'irrégularité», souligne l'association.

D'une manière générale, elle relève «une aggravation des conditions de vie et de santé des exilés avec une augmentation des espaces d'indignité dans toutes les métropoles françaises», conséquence notamment selon elle de la loi Asile immigration de 2018.

De plus en plus de mineurs

Cette loi, «loin de proposer une amélioration des conditions d'accueil (...) se concentre sur le schéma national de répartition des demandeurs d'asile et prévoit de nombreux cas de retrait des conditions matérielles d'accueil en cas de non-respect des orientations en région proposées aux demandeurs d'asile», déplore l'ONG.

«Les menaces récurrentes contre l'Aide médicale de l'État (AME) -qui garantit l'accès aux soins des personnes étrangères en situation irrégulière- sont le reflet d'une instrumentalisation des enjeux de santé au service d'autres politiques et notamment d'une politique migratoire répressive», ajoute Yannick Le Bihan.

L'ONG s'inquiète également de la part des mineurs reçus en Caso qui «a augmenté progressivement au cours des dix dernières années». Les 3564 mineurs accueillis l'an dernier, d'un âge moyen de 10,9 ans, représentent 14,8% de la file active totale de ces centres. Ils sont principalement originaires d'Afrique subsaharienne (54,5%), notamment de Guinée (17,7%) et de Côte d'Ivoire (13,7%).

La plupart d'entre eux sont «en situation d'errance et de grande précarité sans pouvoir accéder aux mesures de protection dont ils doivent bénéficier en France». Près de 40% d'entre eux vivent dans des conditions très précaires, sans domicile fixe (31%) ou vivant en squat ou bidonville (8%).

(nxp/ats)