Politque sud-américaine

18 mars 2011 18:56; Act: 18.03.2011 19:02 Print

Une enquête suisse bouleverse l'Argentine

Une enquête de la justice suisse sur le secrétaire général de la CGT, principal allié de la présidente Cristina Kirchner, bouleverse l'échiquier politique à sept mois des présidentielles.

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Hugo Moyano (à gauche) visé par l'enquête helvétique aux côtés de la présidente argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, en octobre 2010. (Photo: AFP)

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Le parquet général suisse a adressé une demande d'information formelle à l'Argentine sur des liens présumés de M. Hugo Moyano, dirigeant issu du syndicat des camionneurs, avec la société argentine de collecte de déchets Covelia.

M. Moyano est soupçonné d'être le vrai propriétaire de Covelia, dont le responsable est officiellement Ricardo Depresbiteris, un ancien chauffeur devenu milliardaire.

Le ministère public suisse «sollicite des informations sur des enquêtes et des preuves en lien avec Hugo Moyano, Pablo Moyano (son fils) et sa famille, dans le cadre d'une enquête sur un blanchiment d'argent présumé», a précisé le Centre d'informations de la justice, qui dépend de la Cour suprême argentine.

Enquête ouverte contre X

Le parquet suisse a précisé vendredi qu'il avait ouvert une enquête contre X et non pas nommément contre M. Moyano. «L'instruction a pour but d'identifier les éventuels responsables», selon un porte-parole du parquet.

«Les seules sources citées dans la demande (suisse) sont des coupures de presse», a fait remarquer pour sa part l'avocat de M. Moyano, Daniel Llermanos. «La demande suisse ne respecte pas les formalités requises», a-t-il assuré.

M. Moyano et les syndicats péronistes réunis au sein de la CGT (Confédération générale du Travail) constituent le principal soutien de Mme Kirchner pour la présidentielle d'octobre prochain, depuis la défaite du parti au pouvoir aux législatives de 2009.

Mais les relations entre les deux se sont tendues après le décès en octobre dernier du mari et prédécesseur de la présidente, Nestor Kirchner (2003-2007).

Malaise au sein du pouvoir

M. Moyano exigeait ces derniers jours qu'un de ses proches, le député Hector Recalde, soit le candidat à la vice-présidence aux côtés de Mme Kirchner qui n'a pas encore dit si elle comptait briguer un deuxième mandat.

Cette candidature promue par la CGT avait provoqué un malaise au sein du pouvoir.

«La demande suisse reflète une bataille au coeur du parti au pouvoir» à quelques mois de l'élection, a déclaré à l'AFP l'analyste Jorge Giacobbe, directeur de Giacobbe et Associés. «Moyano est un allié de tout premier plan», a-t-il ajouté.

«C'est une attaque contre un dirigeant ouvrier et un projet» politique, a estimé le bras droit de M. Moyano, Omar Viviani, appelant pour lundi à une grève générale des transports en Argentine et à une manifestation devant le siège de la présidence à Buenos Aires. «C'est une attaque politique», a-t-il ajouté.

La CGT, qui soutient le modèle du gouvernement basé sur la relance des industries et le marché intérieur, compte huit millions d'adhérents sur un total de 16 millions de personnes actives en Argentine.


La grève et la manifestation annoncées ont été condamnées par l'opposition.

«C'est une pression contre la Casa Rosada et la justice», a estimé Ricardo Alfonsin, candidat potentiel à la présidence pour le parti radical (social-démocrate). «Je suis très inquiet, car nous sommes tous égaux devant la loi», a-t-il dit.

«La grève n'est pas lancée pour défendre les travailleurs, mais les privilèges des dirigeants», a estimé Graciela Ocana, ancien ministre de la Santé, ennemie déclarée de M. Moyano.

Deux des principaux dirigeants de la CGT sont en prison: Juan Zanola, soupçonné d'être impliqué dans une fraude sur des médicaments, et José Pedraza, soupçonné d'avoir commandité le meurtre d'un jeune militant.

(afp)