Costa Rica

04 février 2018 14:59; Act: 05.02.2018 05:46 Print

Un candidat évangélique en tête du 1er tour

Fabricio Alvarado, pasteur évangélique hostile au mariage gay, est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle dimanche.

storybild

Fabricio Alvarado prend un bain de foule. (Dimanche 4 février 2018) (Photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Le député évangélique Fabricio Alvarado, hostile au mariage pour tous, est arrivé dimanche en tête du premier tour de l'élection présidentielle au Costa Rica. Comme aucun candidat ne semble en mesure de dépasser les 40%, le pays organisera un second tour le 1er avril.

Selon ces résultats portant sur 75,1% des bureaux de vote, Fabricio Alvarado, du parti Restauration nationale (évangélique), a remporté 24,9% des voix, suivi de l'ancien ministre Carlos Alvarado (sans lien de parenté avec Fabricio), du parti au pouvoir Action citoyenne (centre), avec 21,4%, au terme d'une campagne marquée par le débat sur le mariage homosexuel.

Comme aucun candidat n'a dépassé les 40% au terme de ce premier tour à la forte participation (65,9%), un second tour sera organisé le 1er avril. Arrivé troisième avec 18,9% des suffrages, l'ex-député Antonio Alvarez, 59 ans, du parti Libération nationale (PLN, social démocrate), a admis sa défaite en fin de soirée.

La campagne avait été dominée par la question du mariage entre personnes du même sexe, à laquelle Fabricio Alvarado, député et pasteur évangélique de 43 ans, s'est dit farouchement opposé. Le thème est devenu central à partir du 9 janvier, quand la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CourIDH), institution émanant de l'Organisation des Etats américains (OEA), a exhorté les pays de la région à reconnaître le mariage gay: une évolution majeure en Amérique latine, où les homosexuels souffrent souvent de discrimination ou de violence. Bien que non contraignant, cet appel exerce une pression sur les législations locales.

«Choc religieux»

Au Costa Rica, petit pays d'Amérique centrale connu comme un havre de démocratie et de stabilité politique, il «a provoqué un choc religieux, ce qui s'est répercuté dans les intentions de vote», selon le Centre de recherche et études politiques (CIEP). «La religion a joué un rôle très fort dans cette élection», renchérit l'analyste politique Carlos Chinchilla.

Pour le politologue Felipe Alpizar, directeur du CIEP, cela a réveillé la fibre conservatrice des habitants, dont les deux tiers (autour de 65%) rejettent tout à la fois le mariage homosexuel, l'usage récréatif de la marijuana, un Etat laïc, et l'avortement, même en cas de viol. «C'est peut-être conjoncturel (...) mais cela explique en grande partie la percée d'Alvarado», commente-t-il à l'AFP.

L'incertitude avait toutefois régné jusqu'à l'issue du scrutin, avec encore 36,5% d'indécis à quelques jours du vote, auquel se présentaient 13 candidats pour succéder au centriste Luis Guillermo Solis. Les 57 députés du Parlement monocaméral devaient aussi être choisis dimanche par les 3,3 millions d'électeurs.

Etudiante de 20 ans exerçant son devoir pour la première fois, Nelia Araya a confié à l'AFP se sentir «un peu nerveuse» au moment d'entrer dans son bureau de vote à San José. Inquiète face au «discours homophobe», elle a raconté avoir convaincu «tout le monde chez (elle) de voter pour que ne gagne pas un candidat qui voudrait enlever des droits aux gens», une claire référence à Fabricio Alvarado, qui a grimpé dans les sondages ces dernières semaines.

«Enfin nous avons un candidat qui partage nos valeurs», a témoigné Delfina Reyes, enseignante à la retraite venue l'applaudir à son bureau de vote, saluant sa campagne axée sur la défense de «la famille» et des «valeurs et principes» chrétiens.

A l'étranger, près de 32'000 Costariciens étaient appelés à s'exprimer, parmi eux le gardien de but du Real Madrid, Keylor Navas, dont l'arrivée au consulat de la capitale espagnole a provoqué une grande effervescence.

Jusqu'ici, dans ce petit pays vivant de l'écotourisme et réputé un des champions mondiaux des énergies renouvelables, les préoccupations des électeurs tournaient autour de la corruption et la hausse de la criminalité, dans un climat d'essor du trafic de drogue.

(nxp/ats)