Brésil

12 octobre 2018 08:13; Act: 12.10.2018 08:38 Print

Une vague d'agressions s'abat sur la présidentielle

Attaques physiques et menaces contre des adversaires politiques, journalistes ou homosexuels font redouter le pire au Brésil.

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Fernando Haddad a accusé jeudi son rival Jair Bolsonaro d'avoir monté une «organisation criminelle» avec de «l'argent sale» pour orchestrer un bombardement de messages et de fausses informations sur la messagerie instantanée WhatsApp. Un nouveau sondage a confirmé lundi que le candidat d'extrême droite à la présidentielle au Brésil Jair Bolsonaro restait le grand favori du second tour du 28 octobre, avec 59% des intentions de vote, contre 41% pour son adversaire de gauche Fernando Haddad. (Mardi 16 octobre 2018) Fernando Haddad considère Jair Bolsonaro comme une menace pour la démocratie et l'a accusé de «fomenter la violence». (Dimanche 14 octobre 2018) Jair Bolsonaro, favori du deuxième tour de la présidentielle au Brésil, s'est défendu d'être d'extrême droite. (Vendredi 12 octobre 2018) Brazil's presidential candidate for the Workers' Party (PT), Fernando Haddad gestures during an interview with AFP in Sao Paulo, Brazil, on October 13, 2018. - Brazil's far-right presidential candidate Jair Bolsonaro is 'fomenting violence,' his leftist rival Fernando Haddad told AFP on Saturday. (Photo by NELSON ALMEIDA / AFP) Fernando Haddad n'a reçu qu'un soutien timide de Ciro Gomes, candidat du centre gauche (PDT) arrivé en 3e position avec 12,5% des voix. (Jeudi 11 octobre 2018) Au Brésil, les deux finalistes de la présidentielle se sont invectivés sur les réseaux sociaux. (Mardi 9 octobre 2018) Jair Bolsonaro, ancien parachutiste de l'armée, est toujours le favori de l'élection présidentielle brésilienne, mais il n'a pas été élu au premier tour comme il l'espérait. (Mardi 9 octobre 2018) Jair Bolsonaro, arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne, salue ses supporters. (Lundi 8 octobre 2018) Jair Bolsonaro, arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne, salue ses supporters. (Lundi 8 octobre 2018) Scènes de liesse dans les rues de Rio après les résultats du premier tour de la présidentielle où Jair Bolsonaro arrive en tête. (8 octobre 2018) Scènes de liesse dans les rues de Rio après les résultats du premier tour de la présidentielle où Jair Bolsonaro arrive en tête. (8 octobre 2018) Brésil, 8 octobre 2018) Des supporters du candidat Bolsonaro mettent le feu à une machine de vote. (8 octobre 2018) Rio, 8 octobre 2018. Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro (à droite) est arrivé largement en tête de la présidentielle brésilienne, suivi par son concurrent de gauche Fernando Haddad. (Dimanche 8 octobre 2018) Candidat du Parti Social Liberal (PSL, extrême droite), Jair Bolsonaro, 63 ans, est ex-capitaine de l'armée brésilienne. Il a été poignardé en pleine rue le jeudi 6 septembre. Candidat très controversé, Jair Bolsonaro est comparé à Donald Trump pour sa politique laxiste sur les armes et ses commentaires misogynes. Fernando Haddad, ex maire de Sao Paulo de 55 ans, se présente pour le Parti des Travailleurs (PT, gauche). Il est le candidat choisi par Lula pour le remplacer. Fernando Haddad prône plus de transparence du gouvernement et veut changer la politique anti-drogue pour aller vers une dépénalisation. La candidature de l'ex-président Lula, actuellement en prison, a été invalidée par la justice brésilienne. Il purge une peine de 12 ans et un mois de prison pour corruption passive et blanchiment d'argent. Marina Silva était ministre de l'Environnement, sous la présidence de Lula. A 60 ans, elle se présente sous l'étiquette du Parti Rede Sustentabilidade (REDE, centre gauche). Marina Silva s'engage pour un Brésil inscrit dans le développement durable et pour un renforcement du contrôle des armes. Ancien ministre des Finances, Ciro Gomes, 60 ans, se présente sous l'étiquette du Parti démocratique travailliste (PDT, centre gauche). Ciro Gomes veut changer le Brésil en réformant les retraites et la fiscalité. Il veut créer une police des frontières. A 65 ans, Geraldo Alckmin, ex gouverneur de Sao Paulo, est le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, centre droit). Geraldo Alckmin veut abolir les privilèges liés aux retraites et réduire le nombre de ministères.

Une faute?

Une vague d'agressions en lien avec la campagne électorale au Brésil a marqué la semaine suivant le premier tour de la présidentielle, cristallisant les craintes de voir le pays sombrer davantage dans la violence si l'extrême droite arrivait au pouvoir. Attaques physiques et menaces contre des adversaires politiques, des journalistes ou des homosexuels laissent redouter un déchaînement de violences si Jair Bolsonaro, grandissime favori, est élu chef de l'État le 28 octobre.

Julyanna Barbosa, une transsexuelle, attendait son autobus mercredi à Nova Iguaçu, dans la banlieue de Rio de Janeiro, quand elle a été attaquée par un groupe de vendeurs ambulants lui criant: «Il faut que Bolsonaro gagne pour virer toutes ces ordures de la rue!», a raconté l'ancienne chanteuse du groupe funk Furação 2000 à l'AFP.

«Je suis allée leur demander des explications et l'un d'eux m'a donné un coup de barre de fer sur la tête», a-t-elle poursuivi. «Je suis tombée et ils se sont jetés sur moi». Cette agression lui a valu, en dehors de la frayeur, dix points de suture sur le crâne. Sur un campus universitaire de Curitiba (Sud), un jeune qui portait un bonnet du Mouvement des travailleurs sans terre (MST), connu pour ses occupations de propriétés foncières par des paysans et des indigènes, a été battu mardi, ont rapporté des médias locaux.

«Virer toutes ces ordures»

Lundi, c'est un célèbre maître de capoeira, Moa do Katendè, âgé de 63 ans, qui a été assassiné à Salvador, capitale de l'État nordestin de Bahia, pour avoir eu le malheur de dire qu'il votait pour Fernando Haddad, l'adversaire de gauche de Bolsonaro. Cette figure connue de l'art martial afro-brésilien a reçu 12 coups de couteau dans un bar, après une discussion politique.

Le suspect a assuré que son crime n'avait rien à voir avec la politique. «Presse poubelle!» a rapidement tweeté le favori de la présidentielle, «l'assassin du maître de capoeira n'est pas un électeur de Bolsonaro».

Par ailleurs l'Abraji (Association brésilienne de journalisme d'investigation) a enregistré 137 agressions -- 62 physiques et 75 sur les réseaux sociaux -- contre des journalistes en lien avec la campagne électorale. La multiplication de ces violences a poussé les deux candidats de la présidentielle à tenter de calmer les esprits mercredi. «On ne répond pas à la violence par la violence», a lancé Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT, gauche).

- Rétrogrades et intolérants- -

Bolsonaro, qui a coutume de mimer avec les doigts des pistolets, s'est borné à «déplorer» ces agressions, tout en rappelant qu'il avait été lui-même la victime de l'intolérance. Un attentat au couteau le 6 septembre alors qu'il faisait campagne a failli lui coûter la vie.

Mais il a ensuite durci le ton: «Nous nous passerons des votes (...) de tous ceux qui pratiquent la violence contre les électeurs qui ne votent pas pour moi» a tweeté l'ex-capitaine de l'armée qui a plusieurs fois fait l'apologie de la torture sous la dictature militaire (1964-1985). «Cet appel est bienvenu parce que la situation est très délicate», a déclaré le sociologue Ignacio Cano, de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro (UERJ), membre du laboratoire de l'analyse de la violence.

Mais la vague de violences «était absolument prévisible, parce que tout ce qui se produit conforte les secteurs les plus rétrogrades et intolérants, qui se sentent légitimés dans ces attaques par le vote populaire», conclut-il. Bolsonaro file vers une nette victoire, avec 58% des intentions de vote contre 29% pour Haddad, selon un sondage Datafolha de mercredi.

Le programme du candidat du Parti social libéral (PSL) prévoit pour les policiers en opération une «protection juridique, garantie par l'État», vue comme un permis de tuer. «Les favelas sont la principale cible de ces politiques», car elles sont contrôlées par les bandes de narcotrafiquants et les milices paramilitaires, ajoute M. Cano.

Pour l'écrivain Anderson França, qui a participé à la campagne de la candidate écologiste Marina Silva, il y a une vraie «préocupation sociale et humanitaire» actuellement au Brésil en raison du «discours de haine contre les femmes, les gays, les noirs et les habitants des favelas».

(nxp/afp)