Belgique

09 décembre 2011 17:46; Act: 09.12.2011 18:00 Print

Une ville appelle à la délation des francophones

Grimbergen, une commune flamande proche de Bruxelles, incite ses citoyens à «dénoncer» les commerçants qui utilisent le français dans leurs relations avec leurs clients.

Une faute?

Dans la dernière édition de son journal municipal, la bourgmestre démocrate-chrétienne Marleen Mertens a rappelé l'existence d'un «point de signalement valable pour les plaintes linguistiques», afin de «sauvegarder le caractère flamand de la commune».

L'élue de cette localité connue pour sa bière d'abbaye invite les habitants «qui auraient vu une inscription en français ou entendu parler une autre langue» que le néerlandais à le signaler à ce point de contact.

Lorsqu'un cas est signalé, «nous écrivons au commerçant concerné pour lui rappeler que Grimbergen se situe dans le territoire de langue néerlandaise. Il lui est formellement demandé de s'abstenir de toute publicité multilingue», a précisé dans la presse Mme Mertens. Par exemple, «dans un restaurant, le menu ne peut plus être bilingue» et «s'il l'est, vous pouvez le dénoncer», dit-elle.

Démarche «scandaleuse»

Une association de commerçants, le «Syndicat Neutre pour Indépendants», dénonce une démarche «scandaleuse». «Que de telles pratiques de dénonciation soient encore possibles en 2011 est très inquiétant», estiment ses responsables.

L'eurodéputé libérale francophone Frédérique Ries a pour sa part dénoncé dans une lettre adressée au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, une «atteinte aux libertés fondamentales et à la dignité humaine».

Selon elle, la démarche de la municipalité «contrevient à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne» et à la Constitution belge, qui stipule que l'emploi des langues est libre et qu'il ne «peut être réglé que par la loi et seulement pour les actes de l'autorité publique et pour les affaires judiciaires». Et donc pas dans les relations privées entre un commerçant et son client.

«Je vous demande, en tant que gardien du Traité, d'analyser cette politique communale inacceptable», conclut-elle, estimant qu'une absence de réaction de l'exécutif européen constituerait un «fâcheux précédent».

Au nom de leur «caractère flamand», de nombreuses communes proches de Bruxelles tentent depuis des années de limiter l'usage du français en imposant notamment des tests linguistiques pour l'attribution de logements sociaux. Des pratiques jugées discriminatoires par les francophones mais globalement considérées comme normales en Flandre.

(ats)