Irlande

26 mai 2018 15:00; Act: 26.05.2018 20:08 Print

Les Irlandais ont dit «oui» au droit à l'avortement

Les Irlandais se sont prononcés vendredi par référendum à une très forte majorité en faveur de la libéralisation du droit à l'avortement.

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Les Irlandais ont accepté vendredi par référendum, à plus de 66%, la libéralisation du droit à l'avortement. Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a salué samedi «l'aboutissement d'une révolution tranquille».

«Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est l'aboutissement d'une révolution tranquille qui s'est déroulée en Irlande au cours des dix ou vingt dernières années», a déclaré Leo Varadkar. «Le peuple a dit que nous voulons une Constitution moderne pour un pays moderne, que nous faisons confiance aux femmes et que nous les respectons pour prendre les bonnes décisions concernant leur propre santé».

Les électeurs se sont prononcés à 66,4% pour une libéralisation de la législation sur l'IVG, actuellement l'une des plus restrictives d'Europe, selon des résultats définitifs, a annoncé la commission électorale irlandaise. La participation s'élève à 64,1%.

Loi avant la fin de l'année

Le taux de participation a été l'un des plus élevés jamais enregistrés pour un référendum. Il dépasse les 61% du référendum qui a conduit à la légalisation du mariage homosexuel en 2015, qui avait déjà provoqué un séisme culturel dans ce pays de 4,7 millions d'habitants.

Le gouvernement a proposé d'autoriser l'avortement pendant les 12 premières semaines de grossesse, et jusqu'à 24 semaines pour raisons de santé. Leo Varadkar, premier chef de l'exécutif ouvertement homosexuel, a indiqué que la nouvelle législation serait promulguée «avant la fin de cette année».

Le ministre de la Santé, Simon Harris, a précisé que l'exécutif se réunirait mardi pour discuter du projet de loi avec l'objectif de le présenter «à l'automne» au Parlement. Il devrait être adopté sans difficulté, les chefs des deux principaux partis d'opposition, Fianna Fail et Sinn Fein, soutenant la réforme.

Fin de «l'âge des ténèbres»

Dans un centre de comptage à Dublin, l'atmosphère était à la fête. «Nous avons définitivement rompu avec une histoire qui était vraiment très dure pour les femmes», s'est félicite Ailbhe Smyth, 71 ans, de la campagne «Together for Yes». «Nous nous sommes sortis de l'âge des ténèbres. Nous ne sommes plus un pays arriéré, comme l'Eglise voulait nous le faire croire», s'est réjouie Catherine Claffey, une fleuriste de Dublin âgée de 53 ans.

Cora Sherlock, porte-parole de la «Pro Life Campaign», a elle évoqué «un jour désastreux» tandis que John McGuirk de la campagne anti-IVG «Save the 8th», ne s'est pas avoué vaincu. «Chaque fois qu'un enfant à naître verra sa vie terminée en Irlande, nous nous y opposerons et ferons entendre notre voix», a-t-il dit dans un communiqué.

Mobilisation de l'électorat

Quelque 3,5 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer vendredi à l'issue d'une âpre campagne. L'un des grands axes fut la mobilisation de l'électorat, les militants anti-avortement tablant sur un sursaut de l'Irlande rurale, tandis que les pro-choix ont fortement encouragé les jeunes à voter.

La consultation posait précisément la question de l'abrogation du 8e amendement de la Constitution irlandaise, introduit en 1983, qui interdit l'avortement au nom du droit à la vie de «l'enfant à naître (...) égal à celui de la mère».

Après le décès de septicémie d'une femme enceinte, une réforme a été introduite en 2013 permettant une exception lorsque la vie de la mère est menacée. Mais l'IVG reste interdite dans tous les autres cas, contraignant des dizaines de milliers de femmes à aller avorter à l'étranger au cours des trente dernières années.

La consultation, qui intervient à trois mois d'une visite du pape François en Irlande, traduit le déclin de l'influence de l'Église catholique, dont la puissante tutelle s'est érodée en raison des bouleversements économiques et sociaux. Elle paie aussi le prix des affaires de pédophilie impliquant des prêtres.

(nxp/ats)