Manifestations

06 décembre 2019 02:19; Act: 06.12.2019 02:21 Print

Washington condamne la répression de Téhéran

Les États-Unis accusent le régime iranien d'avoir tué plus de 1000 manifestants depuis le début de la contestation qui a éclaté mi-novembre.

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«Il semble que le régime a pu tuer plus de 1000 citoyens iraniens depuis le début de la contestation», a déclaré jeudi l'émissaire américain pour l'Iran Brian Hook, tout en reconnaissant que ce bilan n'était «pas certain, car le régime bloque l'information». En revanche, «nous savons avec certitude qu'il y a eu des centaines et des centaines» de morts, a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Washington.

«Des milliers d'Iraniens ont été blessés. Et au moins 7000 manifestants ont été placés en détention», a encore affirmé l'émissaire, appelant la République islamique à les libérer «immédiatement», ainsi que tous les «prisonniers politiques». «C'est terrible», «ils tuent beaucoup de gens et ils arrêtent des milliers de leurs propres citoyens dans une répression brutale», a ensuite commenté Donald Trump.

Prix de l'essence

La contestation a éclaté le 15 novembre dès l'annonce d'une forte hausse du prix de l'essence, en pleine crise économique aggravée par les sanctions américaines, et a touché une centaine de villes. Les autorités, qui avaient bloqué internet durant les manifestations, ont dit avoir rapidement ramené l'ordre.

Jusqu'ici, les organisations de défense des droits humains ont évoqué une répression meurtrière mais un bilan inférieur à celui avancé jeudi par les États-Unis.

Amnesty International a estimé qu'au moins 208 personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre iraniennes, tout en affirmant que «le bilan réel» de cette «horrible tuerie» était «vraisemblablement supérieur». Les Moudjahidine du peuple, un mouvement iranien d'opposition en exil, proche des conservateurs américains, avaient eux diffusé dès mercredi un bilan de 1029 morts, semblable à celui affiché jeudi par Washington.

«Mensonges absolus»

Téhéran, qui qualifie de «mensonges absolus» ces chiffres fournis par des «groupes hostiles», n'a confirmé à ce jour que cinq décès: quatre membres des forces de l'ordre tués par des «émeutiers» et un civil. Mais, semblant reconnaître en creux un bilan plus lourd, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a tenté de jouer l'apaisement en autorisant des compensations financières pour certaines victimes.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait demandé aux Iraniens de partager avec le gouvernement américain des vidéos, photos ou témoignages de la répression. Selon Brian Hook, le département d'État a reçu 32'000 messages. Des vidéos ont notamment permis, a-t-il dit, de reconstituer la répression d'une manifestation intervenue le 16 novembre dans la ville de Mahshahr, dans le sud-ouest de l'Iran.

Le diplomate a décrit la scène, assurant que des membres des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique, avaient «ouvert le feu sans sommation sur les manifestants», avant de traquer ceux qui avaient réussi à fuir. Selon lui, ce seul épisode a fait une centaine de morts.

Escalade en vue

L'administration Trump a fait de l'Iran son ennemi numéro un au Moyen-Orient, et a imposé des sanctions économiques de plus en plus draconiennes qui étranglent l'économie iranienne. Tout en se défendant de vouloir provoquer la chute du régime iranien, Washington a apporté son soutien aux manifestants, et estime, selon les termes de Brian Hook, que la République islamique fait face à sa «pire crise politique» depuis sa naissance il y a 40 ans.

L'Iran relance son programme nucléaire

De son côté, Téhéran a dénoncé un complot ourdi de l'étranger. L'escalade risque donc de reprendre entre les deux pays, après les tensions extrêmes de l'été dernier, lorsque Washington avait imputé à l'Iran des attaques contre un drone américain ainsi que des navires et des installations pétrolières dans le Golfe.

L'armée américaine a envoyé depuis le printemps 14'000 soldats en renfort au Moyen-Orient, qui viennent s'ajouter aux quelque 70'000 militaires stationnés sur place d'ordinaire pour «assurer la sécurité dans la région».

Une porte-parole du Pentagone a démenti mercredi des informations du «Wall Street Journal» sur un possible nouveau déploiement de 14'000 soldats supplémentaires. Mais pressé de questions par des sénateurs, le sous-secrétaire à la Défense John Rood s'est montré jeudi moins catégorique, assurant que les États-Unis étaient prêts à «adapter» leur présence au «niveau de la menace» dans les prochains jours.

Selon un responsable américain, qui a parlé à l'AFP sous couvert d'anonymat, le chef du Pentagone Mark Esper envisage d'envoyer entre 5000 et 7000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient. Il n'a en revanche précisé ni le lieu ni la date exacte de ce déploiement.

(nxp/ats)