Best-seller polémique

15 mars 2011 17:47; Act: 15.03.2011 19:24 Print

«M. Indignez-vous» répond à 20 minutes

par Raphaël Pomey - Invité à tenir conférence à Lausanne, mardi soir, par le Comité Urgence Palestine, Stéphane Hessel se confie pour nos lecteurs.

storybild

L'auteur de l’opuscule «Indignez-vous!», un million et demi d'exemplaires vendus, a répondu aux questions de "20 minutes" (Photo: Photo: Pomey)

Sur ce sujet
Une faute?

Stephane Hessel, quelle est la nature de vos liens avec le Collectif Urgence Palestine (CUP), qui vous invite à débattre à Lausanne mardi soir?
Depuis une dizaine d’année, j’essaie d’avoir un maximum de contacts avec les gens qui, comme moi, sont préoccupés par la situation insupportable faite à la Palestine. A cet égard, le CUP est l’un de mes interlocuteurs depuis quelques années. Je suis aussi en relation avec des Israéliens comme Michel Warschawaski ou Amira Hass, des Israéliens conscients des impasses dans lesquelles les engage la politique de leur gouvernement. Il me semble essentiel que soient connues les violations commises dans le monde par Israël et par ses appuis, les Etats-Unis et l’Union Européenne, qui jusqu’ici n’ont rien fait pour mettre un terme aux violations graves dont les Palestiniens sont victimes. J’ai donc aussi donné mon parrainage au tribunal d’opinion Russell sur la Palestine. (…)

Certains vous reprochent une colère sélective. Vous parlez de votre indignation concernant la Palestine comme de votre principale indignation. Pourquoi, finalement, celle-ci plutôt qu’une autre. Pourquoi ne pas s'indigner avec la même vigueur, par exemple, pour la situation des chrétiens dans certains pays du monde?
La réponse est simple. On peut et on doit s’indigner de tout ce qui n’est pas conforme aux valeurs fondamentales. Mais chacun de nous connait mieux, a eu des relations plus intenses avec telle ou telle région du monde où des injustices ont lieu. Il se trouve que j’ai eu au moins cinq occasions de me rendre en Cisjordanie ou Gaza ces dix dernières années. Tout naturellement, j’estime avoir sur ces situations des choses à dire. Sur des situations que je ne connais pas bien, je ne vois pas de raisons de m’exprimer. Il ne faut y voir une hiérarchie de la gravité. Je ne dis pas que telle ou telle situation est plus grave, je dis que je la connais mieux. Si j’étais allé dans un pays d’Afrique où l’on empêche les enfants d’aller à l’école, je me serais sans doute indigné de la même manière.

Certains vous reprochent de préférer l’émotion à l’analyse -c'est le cas du politicien Pierre Weiss en Suisse, ou du philosophe Alain Finkielkraut, en France- et de préférer désigner des coupables plutôt que des problèmes...
C’est faux et absurde. Je suis un meilleur analyste d’une situation que les gens qui ne font que protéger leurs amis, protéger Israël contre tout reproche. C’est précisément ça le contraire d’une analyse objective. Je prétends donc que tout reproche qui m’est fait d’être injuste ou de manquer d’objectivité ne peut émaner que de gens incompétents et malveillants.

Vous n’y allez pas de main morte!
Heureusement! Je suis un vieil ambassadeur de France et quand je dis quelque chose j’entends qu’on m’écoute, et non pas qu’on me contredise. (…)

Votre soutien à la campagne de boycott des produits israéliens appelée «BDS» suscite des commentaires contrastés…Cette campagne part du fait que de façon totalement illégale, dans des colonies en Cisjordanie, se passent des accords commerciaux avec des forces européennes et internationales. L’illégalité de ces colonies fait qu’il est juste de protester contre tout commerce avec ces partenaires qui n’ont pas le droit d’être là. Ce n’est que l’application la plus stricte du droit international. On a pas le droit de commercer avec des entités qui ne sont pas internationalement admises. Il ne faut pas seulement boycotter ces produits, il faut aussi désinvestir dans ces pays, et il faut des sanctions. La campagne BDS est une campagne juridiquement légitime. Elle n’a rien à voir avec de l’antisémitisme ou du racisme. On ne veut pas faire le moindre tort aux juifs ni même aux Israéliens. Elle veut faire du tort à ceux qui, au nom de la politique israélienne, colonisent des terres qui ne leur appartiennent pas.

Peut-on avoir la certitude que les produits que vous boycottez proviennent de ces colonies ?
Précisément, le reproche que nous faisons à Israël, c’est de ne pas distinguer les produits venant des colonies et du coup de faire passer pour israéliens des produits provenant de colonies illégales. (..) Cela justifie un boycott de ce qui arrive et dont on ne peut pas savoir si cela vient des colonies ou d’Israël. nous demandons à Israël, et l’Union Européenne l’a aussi clairement fait, de faire apparaître d’où proviennent ces produits. Cela n’a pas été accepté par israël. (…) Parlons clairement, pourquoi tout cette campagne ? Parce que nous estimons que la colonisation de la Palestine par Israël est une grave violation et que par conséquent, la sanctionner par un boycot est une manière de faire pression sur le gouvernement. Une manière de lui demander d’accepter la fin de l’occupation, du mur, de la colonisation, et de toute chose au contraire au droit international.