Jura

26 février 2019 15:54; Act: 26.02.2019 16:00 Print

Bancomat explosé: «J'ai cru à un coup de tonnerre»

par Vincent Donzé - L'explosion d'un distributeur cette nuit à Alle (JU) a secoué tout un village. Reportage.

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Une faute?

Une planche qui recouvre un écran et un clavier, un avant-toit en verre éclaté: de l'extérieur, l'explosion du bancomat de la Banque Raiffeisen de Alle (JU) n'a pas causé de gros dégâts cette nuit. Mais dans cette commune de 1 800 habitants, un villageois informé par un vigile sait qu'à l'intérieur de cette banque fermée le mardi, la facture sera salée.

«Ca a tremblé chez nous», dit un villageois. Mais ce qui caractérise le casse commis cette nuit à 2 heures, c'est la détonation qui a réveillé de nombreux habitants. «J'ai cru à un coup de tonnerre», confie la tenancière du restaurant Régional. D'autres ont cru une semaine trop tôt au coup d'envoi du carnaval.

Table d'apéro

À la table d'apéro, les conversations tournent autour du bancomat: «C'est peut-être même pas des Français: faut pas accuser sans preuve», dit l'un. «Quand tu fermes des usines, ça créé ces problèmes», dit un autre.

La caserne militaire de Bure n'étant guère éloignée, l'usage d'explosif fait débat: «Si tu connais pas le système, tu peux te faire péter la gueule facile», dit un villageois, convaincu par l'utilisation d'un gaz.

Des béliers

«Si un locataire était passé par là, il aurait été déchiqueté», estime le même habitant. Et un autre de constater: «Avec des béliers, d'accord, mais c'est fini ce temps-là: il faut être plus rapide.»

À l'autre bout de la rue de l'Église, le bancomat de la BCJ fonctionnait ce mardi matin. Les malfrats ont préféré cibler un distributeur situé à la sortie du village, côté Vendlincourt (JU) et Mulhouse (F).

Malfrats francophones

Au dernier étage de son immeuble, un retraité réveillé par la détonation a vu deux brigands. «Ils n'étaient pas baraqués, plutôt longilignes. Mais je sors de l'oculiste et ma vue est trouble: je n'ai pas distingué leurs visages»,

Ce témoin qui a alerté la police a entendu parler français: «Allez, on y va maintenant», a dit un malfaiteur tenant des baluchons, avant le départ d'une voiture blanche en direction de Vendlincourt, sur une route très fréquentée, même de nuit. «Autant que ma vision m'a permis de la distinguer, elle ne portait pas de plaques», précise-t-il.

Selon la police jurassienne, les auteurs ont quitté les lieux à bord d'un véhicule roulant à vive allure en direction de la frontière française. À la mi-journée, les malfrats n'avaient pas été retrouvés.

De Genève à Bâle

Un bancomat qui explose à proximité de la frontière, c'est une méthode utilisée partout en Suisse, de Genève à Bâle, mais aussi au Tessin. Il y a trois mois, deux attaques similaires ont été commises à une semaine d'intervalle à Coldrerio, puis à Arzo.

À Lugano, au début de ce mois, un bancomat a été forcé dans un centre commercial. Les malfaiteurs ont brisé les vitres du centre avant de s'attaquer au distributeur et de s'emparer de l'argent, mais les billets étaient marqués à l'encre verte.

Direction France

Samedi dernier, c'est à Schönenbuch (BL) qu'un bancomat a été pillé à l'explosif. Après la déflagration, les malfrats avaient foncé avec une voiture dans une fenêtre située à côté du distributeur, avant de s'enfuir en direction de la France.

À Schönenbuch (BL) comme à La Ferrière (BE) l'été dernier, lors d'un casse filmé par un voisin, le bâtiment a été endommagé. Vitres brisées, murs fissurés et trous béants: les attaques à l'explosif laissent des traces.

Aux Franches-Montagnes, les bancomats sont régulièrement pris pour cible. Après une attaque au gaz au Noirmont (JU), les distributeurs ont été placés dans un vestibule, ce qui permet à la fois d'abriter les clients des regards indiscrets et de protéger l'appareil pendant la nuit.

(nxp)