Fribourg

12 février 2019 21:23; Act: 12.02.2019 23:27 Print

Une nounou condamnée pour avoir secoué un bébé

par Christian Humbert - Une maman de jour a écopé de 1 an de prison avec sursis. Elle ne pourra plus s’occuper d’enfants pendant dix ans.

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Les pleurs de l'enfant auraient fait perdre son calme à la baby-sitter (photo prétexte) (Photo: Peopleimages)

Une faute?

C’était leur 11 septembre. Ce qui leur est arrivé ce jour-là, en 2015, restera dans les mémoires d'un couple fribourgeois: leur fillette de six mois a failli mourir. Atteinte du fameux syndrome du bébé secoué, c'est inconsciente, entre deux vomissements, que ces parents l'ont vue, d’abord à Fribourg, puis au CHUV, à Lausanne, où elle a été héliportée. L’enfant y est restée quinze jours.

Interrogés par les médecins, les parents ont eu l'impression d'être traités comme des suspects. Ils ont appris la réalité quelques jours plus tard: la maman de jour à laquelle ils avaient confié leurs deux filles de trois ans et six mois, aurait secoué la cadette.

Cette quadragénaire avait été condamnée trois ans plus tôt pour s’en être pris à sa propre ado, alors toxico. Elle avait cependant l’agrément, aujourd'hui suspendu, de l’association d’accueil familial de Bulle. Elle a nié toute implication mardi au tribunal de la Gruyère: «Je suis profondément touchée parce qui est arrivé à l’enfant. Je n’ai rien à me reprocher. Je ne suis pas responsable». Son avocate, Me Isabelle Python, a d’ailleurs plaidé l’acquittement et réclamé une indemnité de 3000 francs. Elle a évoqué la violence du père qu’il a fallu sortir de l’hôpital après qu’il s’en soit pris à du matériel et au personnel.

Quinze mois de prison avec sursis ont été requis

Pour la procureure Yvonne Gendre au contraire, Karine* a été énervée par le comportement du bébé: il refusait la nourriture et a crié vingt minutes durant. «Karine a élevé la voix. Elle est partie, sans témoin, à l’étage. Le bébé s’est subitement tu. Elle a tout fait pour jeter les soupçons sur les parents et même sur sa fille», a précisé la procureure. Cette dernière a requis 15 mois avec sursis de trois ans pour lésions corporelles simples et exposition. Conseil des parents, Me Bertrand Morel a encore demandé à ce que Karine ne puisse plus travailler avec des enfants, une peine ferme et 28'000 francs d’indemnités au total.

Selon le dossier, le bébé a cassé les oreilles des autres enfants présents. Et a encore davantage hurlé quand la nounou lui a lavé le visage. Traumatisée, sa grande sœur a dit à ses parents que la maman de jour avait «fait bobo» au bébé. Le bébé ne respirait plus. Karine lui a fait du bouche à bouche. Après avoir reçu l'aide de voisins, l’ambulance est intervenue. La fillette s’est aujourd'hui remise, mais des incertitudes subsistent sur sa vision et sa scolarité future. Selon les statistiques, un bébé secoué sur quatre décède.

Condamnation sans équivoque

C’est sans hésitation, en se basant sur les rapports médicaux à dis­position, que la juge unique a condamné la nounou à 12 mois de prison avec trois ans de sursis. Il lui est désormais interdit de travailler avec des enfants pendant une durée de dix ans. Trente-deux mille francs de tort moral sont accordés à la famille du bébé. La maman de jour a été reconnue coupable de lésions corporelles simples et d’exposition, comme le requérait la procureure. «Elle a pris le risque en secouant l’enfant», a conclu la juge. Mais un recours est possible.

*Prénom d'emprunt