Suisse

06 février 2016 11:24; Act: 06.02.2016 18:11 Print

Benoît Violier grugé: les avocats démentent

par Christian Humbert/cge - Le cuisinier de Crissier (VD), qui s'est donné la mort dimanche, aurait perdu de l'argent dans une arnaque. Une thèse balayée par des experts du dossier.

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Les obsèques de Benoît Violier ont réuni vendredi au moins 1500 personnes à la cathédrale de Lausanne. Famille, cuisiniers, personnalités politiques, sportifs, proches et admirateurs ont rendu un dernier hommage au chef étoilé de l'Hôtel de Ville de Crissier (VD). Une foule immense, au moins 1500 personnes, a entouré la femme et le fils de Benoît Violier décédé dimanche à Crissier à l'âge de 44 ans. Plus aucune place assise et des travées pleines, «du jamais vu» pour l'organiste de la cathédrale de Lausanne Jean-Christophe Geiser. Face aux chagrins, aux solitudes, aux questions, aux pertes de raison, face aux noirceurs de la vie, le pasteur de la cathédrale André Joly a appelé à trouver les forces pour «la suite du chemin». De nombreuses personnalités étaient présentes comme les chefs Frédy Girardet, Didier de Courten, Carlo Crisci, Bernard Ravet, Gérard Rabaey, Anton Mosimann, Anne-Sophie Pic, Marc Veyrat ou Joël Robuchon. Le Conseil d'Etat vaudois était représenté par son président Pierre-Yves Maillard et ses collègues Pascal Broulis, Anne-Catherine Lyon, Nuria Gorrite, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba. Interviewé par le quotidien dans son Restaurant de L'Hôtel de Ville à Crissier, Benoît Violier, trois jours avant sa mort, se montrait satisfait de sa vie et faisait état de projets. Des bouquets de fleurs ont été déposés au pied du Restaurant de l'Hôtel de Ville à Crissier (VD). (Lundi 1er février 2016) Benoît Violier est décédé à l'âge de 44 ans. Son corps sans vie a été retrouvé par la police, selon laquelle «l'intéressé aurait mis fin à ses jours». (Dimanche 31 janvier 2016) Des bouquets de fleurs ont été déposés au pied du Restaurant de l'Hôtel de Ville à Crissier (VD). (Lundi 1er février 2016) Hommage rendu au pied de l'Hôtel de Ville à Crissier (VD). (Lundi 1er février 2016) En décembre, son restaurant trois étoiles de Crissier s'était vu décerner le titre de «meilleur restaurant du monde» selon «La Liste», qui dresse le palmarès de mille tables d'exception. (17 décembre 2015) «C'est fabuleux, c'est exceptionnel pour nous. Ce classement va stimuler encore plus l'équipe», s'était réjoui Benoît Violier à la mi-décembre. A la mi-novembre, l'édition suisse du guide Michelin 2016 avait confirmé les trois étoiles de l'Hôtel de Ville, que Benoît Violier avait repris avec sa femme Brigitte en 2012. Benoît Violier avait été désigné cuisinier de l'année 2013 par le GaultMillau Suisse. Passé chez Joël Robuchon (à gauche sur la photo) à Paris, ce meilleur ouvrier de France avait succédé à Crissier à Frédy Girardet puis à Philippe Rochat, mort en juillet dernier après un malaise à vélo. Benoît Violier avait été particulièrement affecté par la mort de son ami et mentor Philippe Rochat (11 juillet 2015) Benoît Violier avait été désigné cuisinier de l'année 2013 par le GaultMillau Suisse. Philippe Rochat avait cédé sa place à Benoît Violier à la tête du restaurant dee l'Hôtel de Ville de Crissier en 2012. (31 mars 2012) Les cuisiniers Philippe Rochat (droite) et Benoît Violier avaient été intronisés membres de l'Ordre International des Disciples d'Auguste Escoffier en 2007 à Zurich (7 mai 2007) Le président Jacques Chirac avait remis à Benoît Violier la médaille d'Or de Meilleur Ouvrier de France (MOF) lors d'une cérémonie à l'Elysée, le 13 mars 2001.

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Au lendemain des obsèques de Benoît Violier, célébrées vendredi à la cathédrale de Lausanne, le magazine «Bilan» révèle que le chef étoilé de Crissier (VD) aurait été victime d’une vaste arnaque portant sur la vente de vins prestigieux. Comme d’autres, le cuisinier aurait été berné par une société valaisanne qui l’aurait convaincu d’investir des sommes considérables dans des bouteilles dont il n’aurait, au final, jamais vu la couleur. Le montant du préjudice, pour l'Hôtel de Ville de Crissier, porterait sur une somme oscillant entre 800'000 francs et deux millions de francs.

Le magazine rapporte que la société valaisanne ne se serait pas contentée de flouer des restaurateurs avec des bouteilles de vins. Elle aurait également berné plusieurs personnes avec d’autres types d’investissements portant notamment sur la revente d’actions d’une société hollandaise. «Bilan» ajoute enfin que B., l’un des deux associés de cette entreprise, a été incarcéré l’automne dernier. Il serait sorti de prison à la fin du mois de janvier, peu avant que Benoît Violier ne mette fin à ses jours dans son appartement de Crissier.

Démentis catégoriques

Avocat de B., l'arnaqueur présumé qui a passé quelques mois en détention, Me Michel Ducrot affirme pourtant que Benoît Violier ne figure pas parmi les victimes de son client. Contacté par «20 minutes» il y a quatre jours, l'homme de loi valaisan a été très clair: «Ce nom n'apparaît pas dans la dizaine de plaignants qui se sont annoncés dans ce dossier. Il y a bien un chef étoilé mais ce n'est pas M. Violier.»

Représentant des plaignants, Me Grégoire Rey est tout aussi catégorique que son confrère: «L'article de «Bilan» est indécent de certitudes, démenties par le dossier pénal en son état actuel. Je suis l'adversaire de B. Il aura à répondre de ses fautes quand et si elles sont avérées. Mais je ne cautionne pas la violation crasse de sa présomption d'innocence sur la mort de ce cuisinier dont je suis convaincu qu'il n'y est pour rien.»

Actionnaire de l'Hôtel de Ville et membre du conseil d'administration, André Kudelski a également balayé l'idée selon laquelle l'établissement aurait été pris dans cette arnaque, selon le site rts.ch. «Toute les insinuations comme quoi le restaurant ou la famille Violier auraient été impliqués là-dedans est un tissu de mensonge», a-t-il affirmé à la RTS.

Frédy Girardet, fondateur du restaurant de Crissier, figure en revanche parmi les personnes flouées dans cette affaire. Y'a-t-il eu une confusion entre lui et son successeur, Benoît Violier? Quoi qu'il en soit, celui-ci n'aurait de toute façon pas pu mettre en danger l'établissement avec des placements non rentables dans la mesure où il était salarié de l'Hôtel de Ville, et non propriétaire.