Fribourg

27 janvier 2020 21:27; Act: 28.01.2020 22:11 Print

Ce modèle raté a fini par devenir mythique

par Pierre Thaulaz - Un garagiste bichonne une rareté: une Citroën SM. La voiture a beau avoir fait un flop, elle fascine les passionnés.

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José Dula: «Avec la passion, on peut faire beaucoup de choses.» (Photo: pth)

Une faute?

La Citroën SM a été dévoilée en mars 1970, à la veille du Salon de l’auto de Genève. Cet incroyable vaisseau… spacieux développé sur la base de la DS continue d’intriguer, cinquante ans après. Victime de la crise pétrolière de 1974 (la SM est une grosse buveuse), de la reprise la même année de Citroën par Peugeot et sans doute aussi d’un moteur italien capricieux, elle a soudainement disparu de la circulation, au grand dam des amateurs de SM. Deux lettres qui n’ont aucun rapport avec certaines pratiques, mais qui évoquent le S du concept S (sur base de DS) et le M de Maserati.

José Dula préfère parler de Citroën-Maserati. Ce garagiste et collectionneur fribourgeois possède le premier exemplaire de SM livré en Suisse: «Une perle rare portant le châssis 0039, fabriquée en présérie pour la presse et quelques privilégiés. L’ancien patron du Buffet première classe de la gare de Fribourg avait pu l’acquérir en raison de sa contribution à la défense de la gastronomie française à l’occasion de l’Exposition universelle du Japon, en 1970.»

«Un travail de plusieurs années»

José Dula avait à peine 30 ans lorsqu’il a racheté la SM du grand chef: «Ça a été un sacré défi de redonner vie à cette voiture. Le moteur avait beaucoup souffert, il a fallu trouver des solutions pour le sauver. Un travail de plusieurs années, mais avec la passion on peut faire beaucoup de choses.»

Alors, voiture maudite ou mythique? «Citroën a été le seul constructeur à concevoir une GT capable d’atteindre les 220 km/h et offrant un confort et une sécurité active et passive uniques pour l’époque. La crise pétrolière a fait que certains modèles comme la SM se sont éteints. Cette voiture n’a pas rapporté beaucoup d’argent mais elle a apporté beaucoup de notoriété. Et cinquante ans plus tard, on en parle encore comme d’une automobile mythique.» 

A l'aise même en rallye

Difficile d’imaginer cette élégante aristocrate sur les routes défoncées et parfois détrempées du Rallye du Maroc. En avril 1971, pour ses débuts en compétition, la Citroën SM pilotée par le Franco-Marocain Jean Deschaseaux a pourtant bel et bien empoché sa première et unique victoire, grâce notamment aux conditions atmosphériques qui devaient en laisser plus d’une sur le carreau, à commencer par une vraie «bête de course» celle-là, l’Alpine A110 de Jean-Pierre Nicolas.

Par la suite, les jantes en résine ultralégères de la SM n’ont pourtant pas suffi à donner des ailes à cette voiture pas vraiment conçue pour les chemins de traverse. Même Björn Waldegaard, le cador de l’époque, a échoué dans sa quête de lauriers, le Suédois se contentant d’une 3e place au Rallye du Portugal, en 1972.