Canton de Fribourg

19 février 2020 21:06; Act: 19.02.2020 21:21 Print

Explosions: le doute doit-il profiter aux accusés?

Pas de certitudes quant à ce qui a provoqué des explosions et incendies à Bulle, en 2013. Mais pour le procureur, il suffit de regarder «l'éléphant au milieu de la pièce».

storybild

Le 30 novembre 2013, Bulle a été secouée par un enchaînement d'incendies et explosions. (Photo: lecteur reporter)

Sur ce sujet
Une faute?

Mercredi, les débats étaient passionnants au Tribunal de la Gruyère (FR). A l'occasion des plaidoiries, le Ministère public et la défense ont tenu des discours très différents, dans le cadre du procès pour incendie par négligence, explosion par négligence et entrave aux services d’intérêt général par négligence, qui a débuté lundi.

Pourtant, les avocats des deux accusés et le procureur sont partis du même constat: il subsiste des doutes sur ce qu'il s'est réellement passé le 30 novembre 2013. Dès lors, les défenseurs estiment que le doute doit profiter à leurs clients et ont demandé un acquittement. De son côté, le procureur considère qu'il existe une explication suffisamment plausible pour prononcer une condamnation. Les accusés risquent des peines pécuniaires, la prison n'ayant pas été requise.

Les sécurités n'ont pas fonctionné

«En cas d'accident, si le propriétaire du véhicule ne veut pas dire qui conduisait, on part du principe que c'est lui qui était au volant», a comparé le procureur. Pour ce dernier, si un court-circuit initial s'est ensuite répercuté sur différentes installations de Gruyère Energie SA, provoquant des incendies et explosions en cascade, c'est que les systèmes de sécurité n'ont pas fonctionné. Et ce, parce que les batteries qui devaient les alimenter étaient vétustes et auraient dû être remplacées.

Selon le procureur, en tant que supérieurs hiérarchiques des personnes chargées de contrôler le bon fonctionnement de ces batteries, les accusés se seraient rendus coupables d'un manquement à leur devoir de diligence. «On peut discuter pendant longtemps sur les souris qu'il y a dans les coins, mais le plus simple est encore de regarder l'éléphant qui se trouve au milieu de la pièce», a imagé le représentant du Ministère public.

Il n'y a pas la moindre preuve

Quant aux avocats, ils ont souligné que rien ne prouve que les batteries soient en cause. Aucun expert n'a pu l'affirmer avec certitude et d'autres hypothèses pourraient également expliquer la défaillance. «Même avec des batteries neuves, il est possible que le résultat ait été le même», a martelé l'un d'eux. Ils ont aussi déplorer que le court-circuit initial ait été écarté de l'instruction.

En outre, ils ont relevé que même l'expert engagé par le Ministère public avait admis que les tests effectués étaient suffisants pour détecter un éventuel dysfonctionnement des batteries. De plus, après la catastrophe, le fabricant les a inspectées et il a recommandé de les réinstaller. Et elles ont encore fonctionné quelque temps avant de rendre l'âme définitivement.

Entre acquittement et condamnation, l'enjeu va néanmoins bien au-delà des amendes encourues par les prévenus. Le verdict de ce procès, qui sera rendu le 3 avril, aura en effet des répercussions sur le volet civil de l'affaire. Car une condamnation pénale serait un important moyen de pression pour obtenir un dédommagement, devant le juge civil. Pour rappel, entre dégâts et pertes de production, c'est 75 millions de francs qui sont en jeu.

(xfz)