Fribourg

18 juillet 2014 11:19; Act: 18.07.2014 11:25 Print

Il y a 20 ans disparaissait le village de Falli-Hölli

Il y a 20 ans, le 19 juillet 1994, le village de Falli-Hölli dans les hauteurs de Plasselb (FR) était rayé de la carte par un gigantesque glissement de terrain.

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Entre 30 et 40 millions de mètres cube de terre s'étaient déplacés depuis la montagne du Schwyberg en direction de la vallée. (Photo: Keystone)

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Un incroyable glissement de terrain ravage en 1994 la colonie de vacances de Falli-Hölli (FR) et les chalets des alentours, qui avaient été évacués un mois plus tôt. De premiers signes apparaissent en mars: à plusieurs reprises, il faut réparer des conduites d'eau potable. En avril, des propriétaires remarquent des fissures dans leurs chalets. Le mois suivant, il devient clair qu'il se passe quelque chose de plus grave dans cette région de Haute-Singine.

De larges fossés se creusent et des maisons se mettent à pencher. On soupçonne les précipitations des mois précédents d'avoir causé des glissements de terrain. Il s'avère bientôt que tout le sous-sol est en mouvement. Il est composé essentiellement de «flysch», terre argileuse instable courante dans les Préalpes fribourgeoises.

Volume gigantesque

Entre 30 et 40 millions de mètres cube de terre se déplacent depuis la montagne du Schwyberg en direction de la vallée. Le corps du glissement mesure quelque 2 kilomètres de long sur 700 mètres de large, pour une profondeur allant jusqu'à 70 mètres. Un tel volume représente l'équivalent de 12'000 à 16'000 piscines olympiques.

La terre parcourt jusqu'à 6 mètres par jour en direction du ruisseau du Höllbach. La plupart des maisons sont détruites, ainsi que l'hôtel-restaurant Falli-Hölli, auquel est rattaché un téléski. A côté, les camps de vacances et militaire sont dévastés aussi. Journaux et télévision en rapportent des images impressionnantes.

En août 1994, la terre atteint le Höllbach et obstrue ce dernier, formant un barrage et un petit lac. Le scénario d'une rupture de la digue suscite de l'inquiétude, mais ne se concrétise pas.

Au printemps 1995, la situation est stabilisée. Les ruines des bâtiments seront désintégrées en été 1996. Sur place, plus rien ne rappelle la colonie à part quelques rares restes et une pierre commémorative.

Malgré les avertissements

Le projet de village de vacances était né au début des années 1970. La commune de Plasselb et des promoteurs privés souhaitaient profiter du développement du tourisme. Les travaux de construction ont démarré en dépit de l'avis négatif de l'Etablissement cantonal d'assurance des bâtiments (ECAB), qui jugeait l'endroit pas assez sûr.

De fait, le sol de cette zone s'était déjà mis en mouvement des milliers d'années, et avait connu un glissement important en 1612. L'épisode de 1994 constituait ainsi une réactivation du phénomène, selon les géologues.

L'ECAB a indemnisé les propriétaires de la quarantaine de maisons concernées pour un total de quelque 15 millions de francs. La catastrophe de Falli-Hölli a eu un impact sur l'aménagement du territoire: en 1995, le gouvernement cantonal décide de déclarer inconstructibles 500'000 mètres carré de terrain à bâtir, jugés trop exposés aux dangers naturels.

La prise en compte des risques naturels s'est aussi améliorée en Suisse, à la suite du cas fribourgeois ainsi que d'autres tels que l'éboulement de Randa (VS) en 1991.

Encore une coulée au théâtre

Les événements de 1994 ont fait l'objet d'un ouvrage littéraire par l'auteur et linguiste fribourgeois Christian Schmutz. La troupe de théâtre Hintercher s'en est inspiré pour un spectacle joué l'an passé et cette année en plein air à Alterswil (FR).

La compagnie a pu elle aussi se confronter aux forces de la nature. Après de fortes pluies, une coulée de terre s'est produite la semaine passée non loin de la scène, obligeant à reporter d'un jour l'ultime représentation, et conduisant à intégrer la chose dans le spectacle.

(ats)