Canton de Neuchâtel

20 mars 2019 11:23; Act: 21.03.2019 18:21 Print

«C'était la femme de ma vie»

Un quinquagénaire est jugé pour avoir tué sa compagne et son nouvel ami en août 2017 aux Verrières.

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Le Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (NE). (Photo: fnt)

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Grand dispositif de sécurité ce mercredi matin au Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (NE). Une dizaine de policiers en uniforme sont présents dans l’enceinte, ainsi que deux agents en civil, armés, assis dans la salle d’audience.

Une des parties avait demandé un huis clos total, afin notamment de préserver les enfants du couple. Ceux-ci souffrent toujours de cette situation, précise la présidente de la Cour, qui a décidé finalement de n’accorder qu’un huis clos partiel visant le public.

Assis face aux juges, l’accusé, David*, est détenu actuellement à la prison de Gorgier. Né en 1963, il a grandi en ville de Neuchâtel. Marié durant dix ans, le couple a eu trois enfants, avant que madame ne demande le divorce. Puis il a rencontré Mireille*, qui était sommelière. Il l’a par la suite engagée dans son garage.

«Nous étions deux alcooliques»

Après des problèmes de santé, suivis de complications financières et professionnelles, David s’est retrouvé à l’AI. Sa compagne ne travaillait pas. Puis elle a trouvé un emploi dans une auberge et rentrait tard le soir. Mais elle s’est fait congédier à cause de sa consommation d’alcool. Elle a alors suivi un traitement dans un institut de Perreux durant un mois. En raison d’une amélioration et de l’effort qu’elle avait réalisé, l’accusé explique alors avoir accepté de faire des enfants (nés prématurément à cause de l’alcool).

«Nous avons ensuite décidé de nous séparer, car je ne supportais plus qu’en soirée elle frappe les enfants puis s’en prenne à moi, car je m’en mêlais», explique le quinquagénaire, qui parle aussi de problèmes financiers. Il conteste avoir été violent verbalement ou physiquement envers elle.

«Nous étions deux alcooliques, mais en raison de graves problèmes de santé (pancréatites aiguës), suivi d’un coma artificiel en 2016, j’ai été contraint de pratiquement arrêter de boire», confesse l’accusé. Par la suite, ils ont songé à habiter de nouveau ensemble.

«Que représentait Mireille pour vous?», lui demande la présidente. «C’était la femme de ma vie.» Et sait-il aujourd’hui pourquoi il l’a tuée? L’accusé dit ne pas savoir. Même réponse concernant le meurtre du compagnon: «Je ne savais même pas qu’il serait là cette nuit-là.» Dans un SMS menaçant, il avait pourtant écrit qu’il ne s’arrêterait pas à une simple bousculade avec son nouveau compagnon. Il conteste même avoir dit à des amis quelques jours avant qu’il réglerait cela avec une balle. «Et le soir du 4 août 2017, quand vous prenez votre arme, que ressentez-vous?», questionne la Cour. «J’étais très en colère, après avoir appelé mon enfant et appris que Mireille mangeait au restaurant avec un ami. J’ai alors continué à picoler chez moi.»

Sa victime encore en vie, il l’achève d’une seconde balle

Alcoolisé, il se souvient s’être rendu chez elle avant minuit, armé. «J’ai pénétré dans la demeure et me suis rendu dans la cuisine. Je me suis retrouvé face au nouveau compagnon de Mireille. J’ai alors fait un mouvement de charge de mon arme et j’ai directement tiré sur lui, car c’était le premier devant moi. Puis j’ai aperçu Mireille en me retournant et je lui ai tiré dessus.»

C’est alors qu’il se serait rendu compte qu'un enfant était là, témoin de la tuerie. «On a brièvement discuté et on a pleuré ensemble sur son lit, puis j’ai fumé une cigarette pendant que l’enfant préparait ses affaires. Je suis redescendu à la cuisine pour appeler ma mère, afin qu’elle vienne le prendre en charge.» C’est alors qu’il réalise que Mireille est toujours en vie. «J’ai alors tiré une seconde balle, car je ne souhaitais pas qu’elle demeure handicapée ni qu’elle souffre.»

Quant à la question de savoir pourquoi il s’est rendu armé chez Mireille, il dit ne plus s’en souvenir exactement: «Pour faire peur ou pour m’en servir…» Et la Cour de renchérir: «Quel regard portez-vous sur vos actes?» L'accusé répond avant d’éclater en sanglots: «Inexplicable, dramatique. On dit que celui qui trempera ses mains dans le sang les lavera dans les larmes. Moi je dois me les laver deux trois fois par jour.»

Fait-il un travail psychologique en prison? «J’ai vu un temps un psy, puis j’ai changé d’établissement et j’ai cessé de consulter, car je n’allais pas du tout bien.» Quant au procureur, il rappelle que, selon deux témoins, Mireille subissait peur et violence physique de la part de l’accusé. Lui assure qu’il n’a jamais levé la main sur aucune femme.

* Prénoms d’emprunt

(FNT)