Valais

07 novembre 2019 08:49; Act: 07.11.2019 20:08 Print

Les «ateliers sensoriels» de l’ex-prof sont rejugés

L'enseignant valaisan qui avait été condamné pour des actes sexuels sur des élèves était rejugé ce jeudi en appel.

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L'enseignant avait été condamné à 40 mois de prison ferme pour «dégustations spéciales» avec des élèves. (Photo: Keystone/archive/photo d'illustration)

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Le ministère public valaisan a requis jeudi en appel 40 mois de prison contre un ex-enseignant accusé d'actes d'ordre sexuel avec des enfants. La défense a demandé l'acquittement, dénonçant un acte d'accusation vide.

L'ex-enseignant a comparu devant le tribunal cantonal (TC) valaisan. Il avait fait recours contre la condamnation prononcée le 21 mai 2019 par le tribunal de district de Sierre.

Le procureur Alexandre Sudan a requis en appel la même peine qu'en première instance: trois ans et quatre mois de prison ferme. Il a demandé une interdiction d'exercer une profession en lien avec les mineurs durant cinq ans, délai maximum prévu par les dispositions en vigueur au moment des faits, soulignant qu'avec les dispositions actuelles, l'interdiction serait à vie.

Entre 11 et 13 ans

Selon le ministère public, les déclarations des sept victimes sont «détaillées, constantes et trop spécifiques pour avoir été inventées». Les «légères variations» dans leurs discours sont à mettre sur leur jeune âge aux moments des faits (entre 11 et 13 ans) et leur gain de maturité au fil des ans.

Le procureur balaie tout mensonge ou volonté de nuire des élèves. Elles appréciaient leur instituteur et n'ont pas ourdi de complot contre lui, affirme-t-il.

Maintien en détention requis

Pour le ministère public, l'enseignant «n'a pas hésité à profiter de son ascendant pour satisfaire ses pulsions perverses» lors de ces expériences sur le thème de l'éveil aux sens qui se sont déroulées dans le cadre scolaire entre août 2011 et novembre 2013. Il décrit un homme «froid, détaché, dans le déni et l'auto-apitoiement, et qui n'a eu aucun mot pour ses victimes».

Le procureur a demandé que le prévenu, incarcéré à l'issue de l'audience de première instance, reste en détention. Selon lui, «le risque de fuite est toujours d'actualité».

Même mode opératoire

Les avocats des jeunes victimes ont souligné que leurs clientes évoquent toutes «le même mode opératoire». Les détails donnés par chacune d'elles ne peuvent «mettre en doute leur version».

L'une des expériences sur l'éveil aux sens organisées par l'enseignant consistait à prendre une douche ou à se changer à l'aveugle après un cours de gym. Les élèves volontaires devaient se dévêtir par groupe de deux, munis d'un bandeau ou d'un casque à la visière obturée par un ruban adhésif.

L'un des avocats a relevé le «caractère incongru» d'une autre expérience: des dégustations à l'aveugle et individuelles de fruits, organisées «porte fermée à clé et stores baissés». Durant ces dégustations à l'aveugle, l'enseignant est accusé d'avoir introduit son sexe dans la bouche des élèves.

«Troué comme un Gruyère»

L'accusé a admis souffrir de voyeurisme et avoir épié les élèves en sous-vêtements dans les vestiaires lors de ces expériences. Il admet aussi avoir eu des érections et s'être masturbé dans un local réservé aux enseignants. Il nie en revanche les avoir vues nues et réfute tout acte d'ordre sexuel avec des enfants.

L'avocat de l'enseignant, Me Olivier Couchepin, a dénoncé un acte d'accusation «troué comme un Gruyère». «Moralement, mon client a des choses à se reprocher, mais ça ne veut pas dire que ce soit d'ordre pénal», a-t-il lancé.

«On s'est convaincu qu'il est un prédateur sexuel, mais il y a zéro preuve matérielle ou scientifique. Le doute doit profiter à l'accusé», a-t-il insisté. L'avocat s'est interrogé sur les «déclarations contradictoires et évolutives» des victimes.

Selon lui, il y a eu un entraînement entre les élèves. Et de citer le témoignage d'une des victimes durant l'instruction: «On a discuté à la récréation, on a tout mis ensemble ce qu'on savait et on a conclu que c'était vrai».

«Sur la tête de mes enfants»

A la fin de l'audience, l'accusé a pu prendre la parole. Il s'est tourné vers les victimes et s'est excusé auprès d'elles et de leurs parents pour ses «actes stupides dans les vestiaires». «Du fond du coeur, pardon», a-t-il poursuivi.

Il a conclu en disant: «Je jure sur la tête de ma femme et de mes enfants que je n'ai jamais mis mon sexe dans la bouche de mes élèves». Le verdict tombera dans quelques semaines.

(nxp/ats)