Consommation d'alcool

23 décembre 2008 08:37; Act: 23.12.2008 09:54 Print

La biture est la norme et non l'exception

Plus des trois quarts des jeunes Romands ont une consommation d'alcool à risque, au moins une fois par mois.

Une faute?

Ce que l'on pensait être l'exception est en fait la règle, comme le montre une étude réalisée par des médecins du CHUV. Il s'agit dès lors de revoir la prévention.

Les données pour cette étude, publiée dans le dernier numéro de la revue britannique «Alcohol & Alcoholism», ont été recueillies en 2007 auprès de 3536 jeunes hommes astreints au recrutement à Lausanne.

«Il ne s'agit pas d'un collectif sélectionné ni d'un échantillon de population, mais d'un véritable recensement, c'est intéressant sur le plan épidémiologique», a indiqué à l'ATS Jean-Bernard Daeppen, médecin-chef au Centre de traitement en alcoologie du CHUV. Ce sont pratiquement tous les jeunes Romands de 19 ans qui sont ainsi pris en compte.

«Binge drinking»

En matière d'alcool, les spécialistes distinguent les pays nordiques - Grande Bretagne, Scandinavie -, adeptes d'une consommation irrégulière mais immodérée, et les pays du sud de l'Europe, où l'on boit plus fréquemment mais de manière moins explosive. Jusqu'ici, la Suisse était classée plutôt dans la seconde catégorie.

Or il ressort de l'étude que 75,5 % des sondés boivent au moins une fois par mois plus de six boissons alcoolisées, soit 60 grammes d'alcool pur, ce qui correspond à une alcoolémie d'un pour mille environ. C'est le seuil d'intoxication généralement admis pour parler d'épisode à risque, de «risky single occasion drinking» (RSOD) pour les spécialistes, ou plus communément de «binge drinking».

Pire, les chercheurs ont calculé que 69,3 % de l'alcool consommé par les jeunes Romands l'étaient en de telles occasions. De surcroît, les jeunes s'adonnant au RSOD ingurgitent 96,2 % du volume total d'alcool consommé. Les 3,8 % restants sont le fait de ceux qui ne connaissent pas, ou moins d'une fois par mois, de tels épisodes.

La norme et non l'exception

Si l'on fixe la barre à dix boissons alcoolisées et plus en une occasion, près des deux tiers des sondés (63,3 %) disent l'avoir fait au moins une fois au cours de l'année écoulée. Et dix à quatorze boissons étaient le chiffre le plus fréquemment cité (24,9 %). Ils étaient même 13,5 % à revendiquer 15 à 19 boissons, 16,7 % entre 20 et 29 boissons et 8,3 % au-delà de 30.

La présente étude montre que le RSOD est plus la norme que l'exception chez les jeunes Suisses francophones de sexe masculin, écrivent les chercheurs. Le stéréotype d'une consommation régulière et modérée ne tient pas, selon eux. En outre, au vu des résultats de précédentes études, il est probable que ces conclusions sont valables pour l'ensemble de la Suisse.

Echec de la prévention

Dès lors, les auteurs pointent du doigt «les échecs des efforts actuels de prévention». Selon eux, les stratégies ne devraient pas viser seulement les groupes à haut risque mais gagneraient à être complétées par des mesures structurelles visant l'ensemble des adolescents et des jeunes adultes.

«L'industrie des alcools considère qu'elle vit sur des consommations raisonnables. Notre étude démontre que ce n'est pas vrai», commente le Dr Daeppen: «On n'a pas affaire à un petit groupe de gens qui dérapent, mais aux trois quarts des jeunes».

Mesures impopulaires

Pour le chercheur, il s'agit en premier lieu d'appliquer les lois en vigueur, et de faire respecter les limites d'âge pour l'achat d'alcool, soit 16 ans pour la bière, le vin et le cidre, et 18 ans pour les spiritueux et les alcopops. Parmi les autres mesures envisageables, «les plus efficaces sont les moins populaires», soit agir sur les prix, ainsi que sur les heures d'ouverture des bars et des magasins, conclut le Dr Daeppen.

Car les conséquences du «binge drinking» sont bien connues et répertoriées par la littérature scientifique: accidents de la route, violences, relations sexuelles non protégées, comas éthyliques, échec scolaire, voire tentatives de suicide.

(ats)