Question jurassienne

30 août 2019 09:09; Act: 30.08.2019 10:02 Print

La presse suisse tire les leçons du vote de Moutier

La presse unanime tacle au passage la Confédération qui n'a pas pris suffisamment son rôle de surveillance au sérieux dans le vote à Moutier.

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Revoter sur le rattachement de Moutier au canton du Jura ou saisir le Tribunal fédéral? La réponse à cette question diverge dans la presse suisse qui s'accorde toutefois à dire en substance que cette saga tire en longueur. La faute aux autorités et à la Confédération.

«Pour la suite, la Confédération suggère de tous tirer à la même corde!»: la légende d'un dessin de presse mettant en scène les deux camps de chaque côté d'une corde, tentant de faire passer «Moutier» dans leur giron, résume bien la situation, en une du Journal du Jura. «Démocratie en berne», titre le «Quotidien jurassien». «On est face à un champ de ruines», commente un journaliste du «Bund». Difficile de faire plus explicite, là aussi.

«Si de part et d'autre les mots sont durs depuis vingt-quatre heures, c'est un sentiment d'impuissance qui domine» car «chaque option qui reste ouverte donne le sentiment d'une nouvelle impasse, qu'elle soit juridique ou politique», analyse «24heures».

«On pourrait disserter longtemps sur l'art qu'ont certains de prêter leurs qualités de combinards aux autres», poursuit le «Journal du Jura». Mais maintenant «les regards doivent se tourner sur la suite des opérations». C'est aussi l'avis de la «Berner Zeitung», qui estime qu'une décision fédérale pourrait être nécessaire pour clarifier la situation mais qu'en cas d'annulation, «le scrutin devra être répété». Sans toutefois tomber dans les écueils d'il y a deux ans.

Des erreurs

Premier constat: le scrutin du 18 juin 2017 «aurait dû être exemplaire sur le plan institutionnel», glisse «24heures». Et c'est ainsi qu'il devra être si le peuple devait retourner aux urnes, soutient la presse unanime qui tacle au passage la Confédération qui n'a pas pris suffisamment son rôle de surveillance au sérieux.

D'autant, estime durement la «Berner Zeitung», que les deux camps qui s'affrontent à Moutier «sont apparemment incapables de remplir une tâche majeure de la politique, à savoir s'entendre sur des solutions et façonner un avenir pour leurs concitoyens».

Ensuite, «l'affaire de Moutier illustre une exigence incontournable de la démocratie directe. (...) Les autorités si elles ont certes le droit de donner leur avis sur les questions qui les concernent directement, doivent le faire avec retenue et selon une argumentation irréprochable», soutient «Le Temps».

Mais surtout, estime le «Quotidien Jurassien», il aurait fallu prévoir un tribunal extraordinaire d'envergure fédérale pour traiter les recours d'après-vote, que les tensions rendaient inévitables. On aurait ainsi évité ce douloureux épilogue qui voit Berne être «à la fois juge et partie dans la cession de Moutier au canton du Jura».

Et des incertitudes

Or pour «Le Temps», »la Question jurassienne mérite une conclusion franche et incontestable, qui ne peut passer que par un nouveau vote, rapidement, et non par de nouveaux recours essentiellement dilatoires«. La lenteur de cette saga suisse revient en filigrane des commentaires.

Car, relève le «Journal du Jura», qu'importe au final la voie qu'emprunteront les autonomistes: «dans les deux cas de figure, la procédure risque de prendre du temps, pour ne pas dire tout son temps». Et le temps judiciaire est «interminable» dans ce dossier, abonde le Quotidien Jurassien.

«Et à chaque nouvelle étape, l'une ou l'autre force en présence sera plus frustrée, plus en colère, plus revancharde», estime par ailleurs «24heures». Et ce n'est pas «Arcinfo »qui dira le contraire alors que le journal neuchâtelois dénonce déjà l'attitude du Conseil exécutif bernois, après la confirmation de l'annulation du résultat du vote du 18 juin 2017, «plutôt de nature à jeter de l'huile sur le feu».

«Et il a l'air de se préparer à un nouveau scrutin en adoptant une position partisane et revancharde. Décidément, l'Ours ne sait pas tirer les leçons du passé», conclut ainsi le journal neuchâtelois.

(nxp/ats)