Il avait tué son épouse

06 décembre 2011 13:58; Act: 06.12.2011 17:37 Print

Le médecin risque 18 ans de prison

Le procès en appel d'un médecin, accusé du meurtre de son épouse en 2008, s'est ouvert mardi devant le Tribunal cantonal neuchâtelois.

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Le médecin ayant abattu son ex-épouse en 2008 à La Chaux-de-Fonds risque 18 ans de réclusion pour assassinat. L'homme a comparu mardi devant la cour pénale du Tribunal cantonal auprès duquel il a fait recours contre sa peine de 16 ans écopée en première instance en mai dernier.

Le procureur général Pierre Aubert s'est rallié au jugement du Tribunal criminel des Montagnes, sauf en ce qui concerne la quotité de la peine. Selon lui, une peine de 15 à 16 ans est compatible avec un meurtre; elle ne convient pas dans un cas où des enfants de 8 et 10 ans sont privées de leur mère.

Il a rappelé la rupture lente et progressive du mariage du médecin. Pour l'épouse, la relation sentimentale était terminée, pas pour son mari. Ce dernier a cru qu'en se montrant magnanime et en proposant un divorce à des conditions financièrement généreuses, il pourrait la récupérer.

Une fois les choses faites et découvrant qu'elle avait un autre homme dans sa vie, il s'est senti «roulé dans la farine». Il a alors cherché à rattraper la procédure en se battant sur la question de la garde partagée qu'il avait pourtant déjà dans les faits.


Longue rumination

Après un accident dont avait été victime son épouse, il a commencé à se dire que si elle était morte, il aurait les fillettes pour lui, explique le procureur. Il a réfléchi, ruminé et est ensuite passé à l'acte. Le Ministère public a rejeté la thèse de la défense selon laquelle la conscience de l'homme a été perturbée par des antidépresseurs.

Cette affaire d'antidépresseurs a beaucoup occupé le tribunal. La défense a cité comme témoin un médecin lausannois spécialisé en pharmacologie clinique. Ce dernier a mis l'accent sur la toxicité comportementale des antidépresseurs actuels. Selon lui, ces derniers peuvent jouer le rôle de facilitateurs dans le passage à l'acte de gestes auto- ou hétéro-agressifs.

Il ne pense cependant pas que la pulsion agressive soit provoquée par ces médicaments. Ces derniers agissent un peu comme l'huile sur le feu.

L'expert mandaté par la justice a rappelé les conditions dans lesquelles il a rencontré l'accusé quatre jours après les faits: un homme calme, certainement abattu, partagé entre le regret d'avoir commis un acte grave et la rancune à l'égard de son ex-épouse.


«Meurtre passionnel»

En résumé, pour lui, aucun signe de syndrome d'activation dans lequel un antidépresseur mal supporté aurait pousser à commettre l'irréparable. Cela n'a de loin pas convaincu la défense qui est revenue à la charge avec la requête déjà formulée en première instance concernant une expertise pharmaco-psychiatrique. La cour l'a refusée, estimant qu'elle avait tous les éléments à disposition pour se prononcer.

La défense a plaidé le meurtre passionnel d'un homme dont l'esprit a été «empoisonné» par un médicament. Contrairement à ce qu'il avait fait en première instance l'avocat du médecin n'a pas plaidé une peine maximale de cinq ans, ce qui revenait à demander une libération conditionnelle très rapide. Il s'en est remis à la justice. Le jugement sera prononcé mercredi.

Pour mémoire, les faits s'étaient déroulés dans l'appartement de l'ex-épouse à laquelle le médecin avait ramené leurs filles après avoir exercé son droit de visite. L'homme était muni d'un sac dans lequel il avait préparé son ancienne arme d'ordonnance, un pistolet SIG P210 chargé, ainsi que six seringues.

Trois d'entre elles contenaient un puissant sédatif, les autres du chlorure de potassium, produit qu'il s'était procuré près d'un mois et demi avant les faits en sa qualité de médecin. Son sac contenait également un tournevis dont le manche était entouré d'un mouchoir, des gants en latex et un garrot.

(ats)