Neuchâtel-Fribourg

20 novembre 2019 18:18; Act: 20.11.2019 19:52 Print

Migros conteste la validité du vote qu'elle a organisé

La majorité des coopérateurs semblent favorables à l'administration Piller, mais des soupçons de tricherie entachent les résultats de la votation.

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Les chiffres parlent en faveur de Damien Piller. Mais sont-ils valables? (Photo: Keystone)

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Nouveaux rebondissements dans l'affaire qui oppose Migros à l'administration de sa coopérative régionale Neuchâtel-Fribourg, présidée par l'homme d'affaires et avocat Damien Piller. Appelés à se prononcer le 16 novembre, les coopérateurs auraient répondu majoritairement par la négative à la question «Souhaitez-vous révoquer avec effet immédiat l'ensemble des membres de l'Administration de la Société coopérative Migros Neuchâtel-Fribourg?» (64,5% de non, contre 34,7% de oui).

En parallèle aux résultats, publiés mercredi, le comité coopératif a annoncé avoir déposé la veille une plainte pénale contre inconnu pour faux dans les titres et tentative d’escroquerie auprès du Ministère public de Neuchâtel. «Nous avons de forts soupçons de manipulation des cartons de vote. Il y a quelques jours, la RTS a révélé que quelque 400 bulletins semblaient suspects. Mais ce ne serait que la pointe de l'iceberg. Il se pourrait bien que la tricherie concerne des milliers de bulletins», commente Daniel Bena, président du comité coopératif. Une enquête a donc été ouverte, et le Ministère public, qui confirme le dépôt d'une plainte, a saisi l'ensemble des bulletins pour analyse.

Surprise dans le camp des gagnants

André Clerc, avocat de l’administration, se dit quant à lui surpris. «Depuis deux jours, je me préparais pour attaquer le vote. Mais ce ne sera pas nécessaire, puisque c'est Migros qui s'en charge, alors qu'elle a tout organisé de A à Z. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça. D'ailleurs, l'administration devait se réunir la semaine prochaine, probablement mardi, pour affiner sa stratégie. Mais, finalement, ce sera une journée de travail comme les autres», se réjouit l'avocat.

Philippe Leuba, avocat de Damien Piller, abonde: «Nous sommes très satisfaits du résultat. Les coopérateurs ne se sont pas laissés berner par la propagande mensongère de la Fédération des coopératives Migros. Toutefois, je ne doute pas que cette dernière continue de vouloir se débarrasser de mon client, raison pour laquelle elle attaque son propre vote. Mais je ne pense pas que cette dépense d'énergie et d'argent soit judicieuse, alors que le mandat de Damien Piller se terminera en juin et qu'il ne se représentera pas.»

Pas de double discours

Vu de l'extérieur, il paraît aussi étonnant que le comité coopératif, qui est a l'origine de cette votation extraordinaire, dénonce la validité de celle-ci, alors que son président affirmait, en début de semaine, que les bulletins étaient infalsifiables. «C'est comme si je vous disais que ma maison est inviolable, parce que la porte est fermée à clef, explique Daniel Bena. Mais si vous faites appel à un serrurier, il aurait quand même les moyens de rentrer. Là, c'est la même chose. Si les bulletins ont été falsifiés, c'est l'oeuvre d'un professionnel.»

Ainsi, si la justice fribourgeoise doit encore déterminer si Damien Piller est coupable ou non de gestion déloyale, celle de Neuchâtel devra maintenant se prononcer sur la validité du vote. Pour mémoire, c'est une publication de «20 minutes», datant de début juillet, qui avait mis le feu aux poudres. Révélant que Migros suspectait Damien Piller d'avoir facturé environ 1,7 million de francs, par le biais de deux sociétés de construction, sans contre-partie claire, l'article avait provoqué une avalanche de plaintes de part et d'autre.

(xfz)