Chénens (FR)

08 juillet 2014 11:25; Act: 08.07.2014 19:40 Print

Peine de 18 ans de prison requise contre l'accusé

L'homme qui a tué son ex-amie à Chénens (FR) en 2011 risque 18 ans de prison pour assassinat. C'est la peine requise mardi par le Ministère public fribourgeois.

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Le drame s'est joué dans cet immeuble en novembre 2011. (photo: TSR)

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Le Ministère public fribourgeois requiert 18 ans de prison pour assassinat contre l'homme qui a tué son ex-amie à Chénens (FR) en 2011. La défense plaide le meurtre simple, rarement sanctionné par plus de 15 ans.

Cet homme divorcé d'origine portugaise est établi en Suisse de longue date. Il rencontre en 2008 cette femme, aussi divorcée et mère de deux fils trentenaires. Leur relation est intense mais houleuse. Elle y met un terme début 2011 après avoir été agressée par lui.

Un dimanche de novembre, alors âgé de 56 ans, il se rend en fin de matinée chez son ancienne compagne de 53 ans. Il tire sur elle deux fois à la tête avec un fusil. La police l'interpelle le lendemain.

Mardi devant le Tribunal pénal de la Sarine, l'avocat de la défense Alexandre Emery n'avait pas une tâche facile. Sa thèse contredit celle de l'accusation mais aussi celle de son propre client.

Fusil de braconnier

Le prévenu a toujours nié avoir possédé cette arme, racontant que la victime l'avait utilisée pour le mettre en joue. En voulant la désarmer, il aurait été blessé par une balle au front, puis aurait tiré sur elle.

Pour l'avocat, le prévenu détenait bel et bien ce fusil muni d'une lunette de visée et d'un silencieux, mais le destinait au braconnage. Son client, décrit comme «un taiseux», pessimiste, la souffrance ancrée en lui à longueur d'année, aurait agi sur un coup de sang.

De son côté, le procureur Marc Bugnon affirme que le prévenu a au contraire mis au point minutieusement «un véritable projet». Parti au Portugal en avion, il aurait opté pour un retour par la route afin de dissimuler ce fusil acheté dans le but de tuer son ex.

Il ne l'a pas tuée par amour, mais par égoïsme, a soutenu le procureur. «Tu es à moi, tu m'appartiens», avait-il lancé à sa victime moins de trois mois avant le drame. Il l'aimait «comme un gamin égocentrique aime son jouet». «Possessif, brutal, puéril», il la voyait comme «sa chose» et la surveillait.

Après la rupture, le compte à rebours a commencé: «après avoir été un tyran, il est devenu un assassin». Selon le procureur, il a agi de sang froid et avec une entière responsabilité pénale, même s'il n'est «pas un prix Nobel d'intelligence».

Passion dévorante

La défense relève le manque de crédibilité de certains témoignages utilisés en faveur de la préméditation. Certains sont inexploitables pour des raisons formelles, d'autres sont parfois vaseux, voire contradictoires.

L'avocat n'invoque pas le meurtre passionnel (qui suppose au moment du crime une violente émotion et un profond désarroi dont l'auteur ne serait pas responsable). Mais il met en évidence «une passion dévorante», et réciproque.

La victime a dit avoir reçu plus d'amour de son compagnon en deux ans que de son ex-mari en trente ans. Un «amour toxique», façon «je t'aime - moi non plus», selon les témoins. Pourtant, même après l'agression, la victime envisage momentanément un avenir commun pour autant qu'il suive une thérapie de gestion de la violence.

Cette maman et grand-maman avait une personnalité romantique et trop confiante, a commenté de son côté le procureur. Elle éprouvait de l'attachement envers le prévenu, envers et contre tout, malgré les mises en garde inquiètes de son entourage.

(ats)