Valais

20 mai 2019 15:19; Act: 21.05.2019 18:08 Print

Le prof pervers passe de l'hôpital à la case prison

par Christian Humbert - Un ex prof a été sorti de sa chambre et amené, menotté, au tribunal. Qui l'a ensuite envoyé en cellule, à l'issue d'une très courte audition. Le prévenu risque 40 mois de détention.

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Un enseignant est jugé pour des dégustations «spéciales» avec des enfants. (Photo: Keystone/archive/photo d'illustration)

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La justice valaisanne n’a pas été bernée plus longtemps: un ex-prof de 49 ans, prévenu d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, avait déjà faussé compagnie à ses juges lors d’une première audience. Le Valaisan père de famille était malade.

Il a refait le coup, lundi, devant le tribunal de Sierre (VS), siégeant à Sion pour des questions de place. Cinq de ses sept victimes présumées, âgées de 11-12 ans au moment des faits, étaient présentes. Mais le siège du présumé pervers était vide: il avait été hospitalisé «à sa demande», notamment pour sa dépression.

De l'hôpital à la prison le jour même

Le tribunal a longuement réfléchi avant de choisir de délivrer un mandat d’amener. Le prévenu a donc été sorti de l’établissement psychiatrique où il se trouvait le matin même pour être amené, menotté, au tribunal face à ses victimes qui n'ont pas cherché à dissimuler leur joie.

L'audition de l'ex-enseignant a pourtant été très courte: «Je n’ai pas l’esprit à répondre à vos questions», a-t-il argué. A l’issue des plaidoiries, le Valaisan, qui n’a jamais purgé le moindre jour de détention, a été placé en cellule à la prison des Iles, à Sion. Il a ainsi connu, dans la même matinée, le lit d’hôpital puis celui de la prison.

Le quadragénaire a ensuite été ramené au tribunal, pour entendre son avocat plaider le bénéfice du doute. Me Olivier Couchepin a soutenu que son client, «rayé de la carte», a déjà été condamné par le public. «La morale n’a rien à faire avec le droit», a-t-il plaidé en doutant aussi de la crédibilité des plaignantes, aux «déclarations obscures et contradictoires». Il y a doute à ses yeux. «Il n’y pas eu d’actes sexuels. Mon client est innocent. Il doit être acquitté», a-t-il asséné, avant de réclamer 50'000 francs d'indemnités pour tort moral, compte tenu de ce qu’il a subi depuis l’ouverture de l’enquête en 2013.

«Eveil des sens»

L'audience a détaillé les faits pour lesquels cet ancien enseignant du niveau primaire, jusqu'alors sans reproche, s'est retrouvé sur le banc des accusés. Ce voyeur présumé a demandé à certaines de ses jeunes élèves de participer à des expériences d’éveil des sens. Cela a consisté par exemple à prendre des douches avec un casque dont la visière était obstruée. Il leur faisait croire qu’il était sorti du local alors qu’il les observait sans qu’elles ne le sachent. Repu de ces scènes, il se masturbait en pensant au corps de ses victimes.

Puis, il a gravi un échelon de plus en demandant, souvent aux mêmes gamines, de participer à un exercice consistant à sucer ou lécher des fruits, les yeux bandés, assises à califourchon sur une chaise. Ces séances se déroulaient dans une salle obscurcie et fermée à clé. Mais, alors qu'il parlait à ses victimes de raisins mouillés, c’est son sexe qu’il a parfois exhibé et qu'elles ont eu entre les mains ou dans la bouche.

«Il a détruit ces gamines»

C’est une autre enseignante qui a dénoncé le cas, après une discussion avec une des petites victimes. Le prof a été suspendu avant d’être viré. L’instruction a duré des années. Les enfants sont maintenant des jeunes femmes.

Le prévenu, lui, a tout contesté: il accuse au contraire ses victimes de tous les maux. «Il pleure sur son sort. Il les traite de menteuses. Il se défile. Il n’y a eu ni excuses, ni regrets. Il n’a aucune honte de qu’il a fait. Il a détruit des gamines», ont soutenu les avocats des parties civiles en réclamant une moyenne de 10'000 francs par enfant abusé. «Vous êtes un prédateur», a renchéri un autre avocat des plaignantes.

«Pulsions nauséabondes et abjectes»

Pour le procureur, le prévenu – qui ne parle que de moments de faiblesse masculines – n’a aucun sentiment de culpabilité pour ses «pulsions nauséabondes et abjectes». Il a requis une peine ferme de trois ans et quatre mois de prison, un traitement psy et une interdiction de pratiquer sa profession ou toute autre en lien avec des mineurs pendant cinq ans. Il a aussi demandé l’arrestation du prévenu au terme du procès.

Le verdict sera connu mardi. D'ici là, le prévenu a été placé en détention provisoire, en raison du risque de fuite.