Echafaudage mortel

14 février 2011 17:58; Act: 14.02.2011 19:27 Print

Sept accusés d'homicide par négligence

Le 3 mars 2006, une jeune fille de 17 ans a perdu la vie à Fribourg à cause de l'effondrement d'un échafaudage.

Une faute?

Le procès de sept personnes ayant eu affaire à la conception, la construction et le contrôle de la structure s'est ouvert et refermé lundi.

Ces sept hommes, allant du directeur des travaux de l'entreprise générale à l'ouvrier du sous-traitant d'un des deux principaux sous- traitants, devaient répondre devant le Tribunal pénal de la Sarine à Fribourg de violation des règles de l'art de construire et d'homicide par négligence. Subsidiairement, d'homicide par dol éventuel, accusation à la limite du meurtre.

La journée d'audience a été marquée par deux coups de théâtre. Toutes les parties étaient bien d'accord pour ne pas vouloir faire traîner les choses. Aussi bien les accusés que la famille de la victime voulaient en finir et avoir un jugement.

Besoin d'en finir

«La justice doit être faite et bien faite», a dit l'un des défenseurs. «Sous l'angle formel, vous ne pourrez pas faire autrement que renvoyer à l'instruction», lui a fait écho un autre en s'adressant au président du tribunal.

Après une interruption de séance, le président Nicolas Ayer a tranché en faveur du renvoi au Ministère public afin que ce dernier complète l'enquête concernant les motifs de mise en accusation de l'un des prévenus. Il a suspendu la procédure, tout en recommandant à tous de faire «grande diligence» vu l'ancienneté des faits.

La journée d'audience avait commencé par un autre coup de théâtre. La Poste s'est vu refuser par le tribunal la qualité de plaignante sur demande d'une partie des prévenus. Selon le président du tribunal, La Poste avançait des dommages d'ordre matériel, principalement une perte de chiffre d'affaires, alors que seules peuvent être considérés comme lésées, dans cette affaire, les personnes dont l'intégrité physique ou la vie ont été atteintes.

Plus de prétentions que la famille

L'avocat de la famille de la victime a pour sa part trouvé choquant que La Poste, maître de l'ouvrage du chantier de déflocage du bâtiment impliquant le montage de l'échafaudage incriminé, puisse se trouver sur le même banc que la famille de la victime. Alors que la famille réclame des dommages et intérêts de 96'000 francs, La Poste en réclamait plus de 110'000.

Les arguments hautement juridiques échangés tout au long de la journée en auraient presque occulté les raisons pour lesquelles tout ce petit monde était réuni au tribunal: la vie tranchée nette d'une jeune fille de 17 ans alors que par une soirée de carnaval, elle fêtait deux anniversaires avec son frère jumeau, sa soeur, son petit ami et toute une bande de copains.

C'est grâce aux témoignages de ces jeunes et à ses parents à l'émotion contenue que la victime aura été autre chose que quelques mots dans une ordonnance de renvoi de 70 pages dans laquelle elle n'a été qu'une anonyme sans nom ni âge. Son frère jumeau a dit en mots simples toute sa tristesse: «Cinq ans après, ça ne passe pas».

Lieu de rendez-vous des jeunes

Pour mémoire, le bâtiment de la poste centrale de Fribourg faisait l'objet depuis 2005 d'un assainissement des façades. Les travaux concernaient aussi bien le bâtiment principal que l'annexe abritant un bar très couru de la jeunesse fribourgeoise.

Lors de la soirée fatale soufflait la tempête «Xandra»: le vent a atteint 70 km/h et même 90 km/h pour les rafales. L'échafaudage de l'annexe n'a pas résisté; il s'est effondré en emportant dans sa chute l'avant-toit de l'entrée de l'établissement devant laquelle se trouvait la jeune fille.

Rapport accablant

Le rapport de l'expert mandatée par le juge d'instruction est accablant. Il fait mention de fautes graves, voire inexcusables. Selon le mode de calcul utilisé, l'échafaudage aurait dû avoir de 18 à 35 points d'ancrage. Il n'en a jamais eu plus de 9. Lors de son effondrement, il n'en avait plus que trois.

Le procès a été agendé une première fois en mai 2009. Il a été renvoyé à l'instruction pour un complément d'enquête qui a traîné, avec un détour par le Tribunal cantonal à la clé.

(ats)