Martigny (VS)

25 avril 2019 17:25; Act: 25.04.2019 22:11 Print

Un policier avait ouvert le feu: acquittement requis

par Christian Humbert - Alors qu'il coursait un homme, fou de rage, qui menaçait de lui lancer une pierre d'un kilo et demi à la tête, un agent a tiré et blessé le fuyard. «Légitime défense», a dit jeudi le procureur général adjoint.

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Les faits s'étaient produits dans les vergers d'un village de la plaine du Rhône, vers Martigny. (Photo: Keystone)

Une faute?

«J'ai payé pour ma bêtise. Hélène* et le policier ont brisé ma vie.» Joao* et son avocat Luis Neves ont tenté d'inverser les rôles jeudi au tribunal de Martigny (VS). Le Portugais, qui encourt 2 ans de prison ferme et 5 ans d'expulsion pour une longue liste de délits en récidive, a tenté de démontrer que tout ce qui était arrivé ce 2 juillet 2017 dans un village de la plaine était de la faute de son ex-compagne et du policier, co-prévenu.

Ce jour-là, Joao, qui avait déjà violé une injonction judiciaire lui ordonnant de ne pas s'approcher de son ex, était une nouvelle fois bourré. Il voulait régler son compte à Hélène et à sa fille. Un policier local, qui connaissait le quadragénaire, a été alerté. Mais les choses se sont très mal passées et le Portugais s'est enfui dans les vergers.

Menacé avec une pierre d'un kilo et demi

Lancé à ses trousses, le policier a fait usage plusieurs fois de son spray au poivre et de sa matraque, selon les images vidéo de la course-poursuite qui a été partiellement filmée. Mais rien n'y a fait: Joao, fou de rage, est même parvenu à se libérer d'une prise au cou. C'est là qu'il a saisi une pierre et menacé de la jeter au visage du policier. Ce dernier a alors dégainé son arme puis l'a rangée quand Joao est reparti en courant. Mais le Portugais s'est à nouveau arrêté, attendant son poursuivant, l'air déterminé, avec une pierre plus grosse que la première: elle pesait plus d'un kilo et demi. Le policier a alors ouvert le feu sur Joao et l'a touché à la cuisse gauche. Le projectile a sectionné l'artère et a fracturé un os. Le quadragénaire a subi trois opérations et a été hospitalisé quinze jours.

«Il n'a pas utilisé son arme par plaisir. Il a fait son travail»

Le policier, lui aussi présent en tant que prévenu au Tribunal de Martigny, répondait de lésions corporelles graves. Mais le procureur général adjoint, Jean-Pierre Greter, a requis l'acquittement: «Il a agi en état de légitime défense. Sa réaction était proportionnée face à un danger imminent», a-t-il asséné. Et Me Ludivine Détienne, avocate de l'agent, d'abonder: «Il a fait son travail. Il n'a pas utilisé son arme par plaisir, face à un homme colérique et violent qui ne se contrôlait plus.»

Un argument contesté par l'avocat de Joao, pour qui le coup de feu était «disproportionné». «Il n'y avait pas de danger immédiat. La vidéo montre que mon client avait baissé son bras avant le tir. C'est le policier qui était agressif. Il a usé de violence et doit être condamné», a martelé Me Neves. Lequel a réclamé 15'000 francs d'indemnité, ainsi qu'un dédommagement pour les 177 jours que son client a passés en détention.

Les agressions ont continué

Cet épisode mouvementé n'a pas calmé pour autant Joao. A peine remis de ses blessures, il a menacé Hélène de l'égorger. Il lui a aussi déversé un pot de peinture sur la tête, et lui a brisé la mâchoire en lui donnant un coup de pied. Le prévenu a aussi balancé le chat de son ex contre le plafond.

Le Portugais a alors été détenu de mai à octobre 2018.

Le verdict le concernant, tout comme celui du policier, sera rendu plus tard.

*Prénoms d'emprunt