Covid-19

24 mars 2020 08:29; Act: 24.03.2020 22:29 Print

«La peur de mourir est une préoccupation récurrente»

par Lauren von Beust - Des psychologues bénévoles suisses proposent un soutien gratuit et anonyme, par chat ou visioconférence pour les gens inquiets face à la pandémie.

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Des personnes inquiètes font part de leurs angoisses face au Covid-19, via tchat ou vidéo-tchat. Le soutien psychologique en ligne est anonyme et gratuit. (Photo: DR)

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«Nous les écoutons et leur offrons un espace de parole gratuit et anonyme où les gens peuvent décharger leurs angoisses. Cela peut aussi permettre de désengorger les hotlines prises d’assaut en ces temps d’incertitude», explique Sophie Burdet, qui oeuvre bénévolement pour le système de soutien en ligne. Elle a rejoint la plateforme PsySolidaires, groupe de psychologues suisses qui, en période de Covid-19, propose de l’aide aux personnes inquiètes et en questionnement face à la pandémie.

Grâce au service COVID19-Soutien, disponible depuis jeudi dernier, chaque individu peut s’entretenir avec un psychologue, par le biais de chat ou de visioconférence, pendant vingt minutes par jour. «Mais rien n’empêche la personne de revenir plus tard si elle en ressent le besoin. Il s'agit d'une durée cadre», précise Florine Oury, psychologue et initiatrice de ce soutien en ligne. La pratique en visioconférence est réglementée par la Fédération Suisse des Psychologues (FSP).

De réelles angoisses

Si les statistiques de la plateforme n’ont pas encore été analysées, une trentaine de personnes ont déjà bénéficié de ce service depuis jeudi soir, selon Sophie Burdet: «Les demandes augmentent au fil des jours et nous avons suffisamment de bénévoles prêts à rendre service pour faire face à un éventuel afflux de visiteurs.»

Et comment les gens vivent-ils cette période hors du commun? «Certaines personnes sont inquiètes mais ne veulent pas causer du souci à leurs proches, c’est pourquoi elles cherchent du soutien auprès de nous, constatent les deux psychologues. D'autres mentionnent avoir de la peine à vivre ensemble. Une pression ressentie dans les relations de couple ou entre membres d’une même famille.»

«La peur de mourir»

Mais au-delà des aléas du quotidien de quasi-confinement, la quinzaine de psychologues bénévoles du service répondent aussi à des préoccupations plus profondes. «La peur de contracter le virus Covid-19, de ne pas pouvoir recevoir les soins nécessaires ou même de mourir, constituent des préoccupations récurrentes, confie Florine Oury. En cas d’angoisses, nous les aidons à développer des stratégies pour diminuer celles-ci.»

Et face à des situations extrêmes, les psychologues du service s'engagent à renvoyer les patients vers des lignes d'urgence. «Une personne ayant des idées suicidaires, par exemple, sera redirigée. Pour l'instant, nous n'avons pas encore connu de tel cas», informe Sophie Burdet.

Du côté de ces lignes d'urgence, justement, les téléphones chauffent. Depuis début mars, les douze postes régionaux de La Main Tendue, dont 5 en Suisse romande et au Tessin, sont pris d'assaut. «Entre le 4 et 16 mars, la ligne a connu 1720 entretiens lors desquels le coronavirus était abordé», indique Sabine Basler, secrétaire générale de l'organisation.

Cela représente plus de 100 conversations quotidiennes sur ce sujet, sur une moyenne de 520 contacts, indique l'organisation dans un communiqué, lundi. «Dans le canton de Vaud, on dénombre 160 appels au lieu de 100 en une seule journée. Quant au canton de Genève, le coronavirus et ses conséquences se retrouvent dans 80% de tous les entretiens», précise Sabine Basler.

Profiter de cette «pause» obligatoire

Malgré les sentiments négatifs liés à cette période extraordinaire, certains parviennent tout de même à en retirer du bon. «Des personnes tout à fait sereines nous contactent, affirmant réussir à vivre dans l’instant, à profiter de cette «pause» obligatoire, et même à l’apprécier», confie Sophie Burdet.

Tout le monde n’est donc pas tracassé. «Un bon conseil, dans ces moments, est de profiter de chaque journée, essayer de vivre au jour le jour sans se poser trop de questions, afin d’éloigner au maximum les pensées envahissantes», conclut la psychologue.