Trump presse la Nasa

30 mars 2019 12:19; Act: 30.03.2019 12:36 Print

«C'est comme ça qu'on tue des astronautes»

Cinquante ans après Neil Armstrong, l'administration américaine veut une nouvelle mission lunaire, plus complète et donc plus complexe, dès 2024 au lieu de 2028.

Les Américains veulent alunir au pôle Sud afin de créer une infrastructure en orbite lunaire et au sol, et d'apprendre à extraire l'eau lunaire glacée, en guise de répétition des futures missions sur Mars qui dureront plus d'un an.
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Depuis quinze ans, les Américains veulent remarcher sur la Lune, mais la Nasa ne croyait pas possible d'y parvenir avant 2028. Mardi, l'administration Trump a tranché: ce sera 2024, un objectif très incertain qui obligera l'agence spatiale à bouleverser ses habitudes et à prendre des risques.

Il y a quelques semaines, le patron de la Nasa disait que les Etats-Unis n'étaient plus dans une course spatiale, mais il a été forcé de changer de braquet après que le vice-président Mike Pence eut annoncé la nouvelle date et déclaré: «Nous sommes dans une course spatiale».

Jim Bridenstine dit désormais que l'accélération du calendrier de quatre années est «très ambitieuse» mais possible. Experts et industriels disent aussi que c'est possible, mais ajoutent des astérisques, en fonction de leur spécialité: il faut davantage d'argent... moins de tests... davantage d'aide du secteur privé... voire un changement de têtes à la Nasa.

«J'imagine qu'il faudra davantage de crédits?», a demandé un parlementaire lors d'une audition au Congrès mercredi. «Oui», a répondu Jim Bridenstine. La demande fait grincer des dents: la Nasa a déjà dépensé 23 milliards de dollars pour développer la fusée Space Launch System (SLS, construite par Boeing), la capsule Orion (Lockheed Martin) et les installations au sol. Le Congrès lui a redonné 4 milliards pour 2019.

Satisfaire l'ego de Trump?

Orion est quasi-prête. Le vrai goulot d'étranglement est SLS, qui sera plus puissante que les fusées des missions Apollo. A l'usine Michoud de La Nouvelle-Orléans, le premier étage du premier exemplaire, censé voler en 2020, est en cours d'assemblage. Mais les quatre moteurs n'ont pas encore été livrés. L'étage devra ensuite être transporté à plus de 1000 kilomètres par barge à St. Louis pour un test... avant d'être envoyé en Floride --à 1600 km-- pour l'assemblage final.

Le vol-test de juin 2020 est d'ores et déjà «intenable», selon M. Bridenstine. Certains tests pourraient être annulés pour gagner plusieurs mois. Mais cela va à l'encontre de la culture conservatrice de la Nasa, traumatisée par la perte des navettes Challenger (1986) et Columbia (2003).

«Est-ce qu'on veut tuer des astronautes? Car c'est comme cela qu'on tue des astronautes», s'exclame Holly Griffith, ingénieure travaillant sur la sûreté d'Orion, à Houston. «Il n'y a aucune raison d'accélérer», dit-elle à l'AFP. «C'est ridicule».

En réalité, il existe une raison politique: 2024 sera la dernière année d'un éventuel second mandat de Donald Trump. «L'administration est frustrée depuis un moment», dit à l'AFP Greg Autry, vice-président de la National Space Society et ancien membre de l'équipe de transition présidentielle. «Il est évident que le président veut que cela se fasse durant son second mandat, s'il est réélu».

Alunir au pôle sud

Mais pourquoi le retour sur la Lune est-il si lent, cinquante ans après le premier pas de Neil Armstrong? M. Autry y voit l'obsession de la Nasa pour être «sûre à 100'000%» qu'il n'y aura pas d'accident. Il plaide pour un «changement de culture» et la nomination de dirigeants issus du privé et habitués à respecter calendrier et budget. Techniquement, la mission est sensiblement différente des voyages Apollo.

Cette fois, les Américains ne veulent pas seulement «planter un drapeau». Le but est de créer une infrastructure en orbite lunaire et au sol, et d'apprendre à extraire l'eau lunaire glacée, en guise de répétition des futures missions sur Mars qui dureront plus d'un an. Des missions robotiques devront précéder pour assembler la station orbitale et livrer des équipements.

L'autre nouveauté est que les Américains veulent alunir au pôle Sud, où se trouve l'eau, au lieu de l'équateur comme auparavant. «On ne part pas de zéro», dit à l'AFP Marshall Smith, qui s'occupe de l'appel d'offres pour l'atterrisseur, l'appareil qui descendra et remontera les astronautes depuis la station orbitale. Mais, répète-t-il, «ce sera un défi». Cet atterrisseur n'existe même pas encore en dessin.

L'accélération dépendra aussi de l'écosystème des sociétés spatiales, bien plus développé que dans les années 1960 et qui va être mobilisé comme jamais auparavant. «Si on veut y arriver dans un temps aussi court, il faudra sans doute se faire aider beaucoup plus par l'industrie», prédit Thomas Orlando, directeur d'un centre de la Nasa à l'université Georgia Tech.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • N1 le 30.03.2019 12:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ridicule!

    Il faut quand même se rappeler que suite à son élection, l'une des premières mesures de Trump fut de couper dans le budget aérospatial. Maintenant il déclare sur un coup de tête vouloir aller sur la lune rapidement. Trump na aucune idée des projets spatiaux en cours, de l'utilité de la recherche dans ce domaine et des potentielles découvertes que l'on pourrait effectuer dans les années à venir, il n'a strictement aucune idée de ce monde-là. Il croit qu'il suffit d'ordonner pour que les choses se fassent, il me dégoûte au plus au point, il est une insulte pour la communauté scientifique qui voue sa vie à la recherche et au développement. La NASA doit rigoler et pleurer en même temps, sachant qui a le pouvoir de faire et défaire ses projets sur un coup de tweet !

  • TrueFacts le 30.03.2019 12:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Perturber l'éco-système

    Améliorer la vie sur terre ? Non allons flinguer l'espace et les autres planètes...

  • Christian Amsler le 30.03.2019 12:38 Report dénoncer ce commentaire

    Et les demunis?

    C'est super ambitieux et pourquoi pas! Juste une interpellation.... et les demunis sur le sol américain, que fait-on pour eux?

Les derniers commentaires

  • PoisonTwD le 31.03.2019 15:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Trump dans un galaxie lointaine

    Enfin le début d'une construction utile.... l'étoile noir.

  • Dani le 31.03.2019 11:38 Report dénoncer ce commentaire

    Certains sont malheureusement bien réels

    C'est pas parce que tout n'est pas complot qu'il n'en existe point. Le 11 septembre était belle et bien un complot faudrait être complétement formaté et à la masse pour ne pas s'en rendre compte. Une question pour les sceptiques, qui contrôle le pétrole actuellement en Irak ? Fin de la disscussion.

    • Drzz le 31.03.2019 16:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Dani

      Essentiellement les CIE Chinoises. Suffit juste de te renseigner au lieu de gober n'importe quoi.

  • Andi le 31.03.2019 10:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Involution

    Dans les années 60, les américains ont eu besoin de 8 ans d'aller sur la Lune, ayant accompli au début seulement un vol sous-orbital. Et maintenant NASA dit que c'était de nouveau possible pas plus tôt qu'en 11 ans?!?

    • Avygael le 31.03.2019 17:49 Report dénoncer ce commentaire

      @Andi

      Parce qu'ils ne cherchent pas juste à y retourner mais à y construire quelque chose. Selon vous, qu'est-ce qui est le plus difficile? Faire l'ascension de l'Everest ou bien le faire en trimballant du matos pour construire une maison? La question est plus ou moins la même ici.

    • merlin le 31.03.2019 18:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Andi

      à l'époque, on a dépensé des milliards pour y aller à cause de la pression russe... on a pas. le même budget Aujourd'hui.

  • elmuro le 31.03.2019 09:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    et le mur ?

    il veut etre sur place pour y construire un mur contre les chinois avant qu ils ne colonisent la lune

  • Jorge Pereira le 30.03.2019 21:50 Report dénoncer ce commentaire

    sont-ils vraiment aller il y a 50 ans ?

    Il y a 50 ans ils sont soit disant aller sur la lune ... et 50 après ils ne sont pas sûr de réussir à le faire d'ici 2024 ? Avec tout les moyens à leurs disposition actuellement ? Sont ils vraiment aller il y a 50 ans ?

    • yep le 31.03.2019 01:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Jorge Pereira

      Ben c est vrai que c est une question qui merite d etre posée a la nasa.... Bien vu. Non, parceque on est bien d accord que les tehories du complots c est de l ânerie a l etat basique, mais ce que vous venez de dire est tres interessant....pourquoi ne pas pouvoir y retourner en 5 ou 6 ans alors qu ils l ont deja fait..... Si qqu avait deja une vague idee dans les commentaires ca serait cool...

    • Avygael le 31.03.2019 04:01 Report dénoncer ce commentaire

      @Jorge Pereira

      Commentaire idiot... s'il s'agissait juste de retourner sur la lune, ce serait facile. Le souci, c'est qu'ils ne vont pas envoyer des gens sur la lune juste pour y gambader. La fameuse mission prévue pour 2028, c'est justement pour installer des infrastructures sur la surface de la lune et amorcer la création d'une station spatiale en orbite lunaire. C'est légèrement plus compliqué à mettre en oeuvre que simplement marcher à la surface, ce qui explique qu'ils ont des défis à relever.

    • Guy molle le 31.03.2019 09:24 Report dénoncer ce commentaire

      Il n' y a aucun doute

      que les USA sont allés sur la lune. Plusieurs De nombreux vaisseaux ont pu photographier les restes des expéditions. Maintenant , depuis l' espace s' est diriges vers d' autres objectifs depuis 50 ans: station spatiale, navette. Il faut donc reconstruire un lanceur capable d' emmener une charge de 150 tonnes en orbite et ce n' est pas simple.

    • Jean Passeetdesmeilleurs le 31.03.2019 10:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Jorge Pereira

      Je vais essayer de vous expliquer, de façon à ce que vous puissiez comprendre. A l'époque les Portugais ont beaucoup visiter, ils ont découvert des pays et certains ont été colonisé . Ils ont donc voyager en bateau, et à certains endroits, ils ont construit une maisonnette puis une maison puis deux et ensuite un port pour pouvoir aller plus loin et recevoir des marchandises. C'est exactement ce qui s'est passé avec la lune, on y a été et maintenant on aimerait y retourner y construire une station afin de pouvoir aller plus loin dans les recherches et dans l'espace. Il ne s'agit pas simplement d'y aller, ça c'est déjà fait, mais d'y construire quelque chose. Et si je réagissez comme vous, je devrais vous poser une question du style.... Mais au fait, les Portugais ont-ils vraiment été explorateurs ?Vous comprenez ce que je veux dire ?