Espaces verts

20 juillet 2014 13:02; Act: 22.07.2014 07:16 Print

Même si les arbres sont bichonnés, le risque existe

Les arbres en ville exigent des soins particuliers et sont régulièrement surveillés afin d'éviter des chutes, à l'instar de l'accident récemment survenu à Vevey (VD).

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Tomographies, expertises, contrôles visuels, malgré ces dispositifs, le risque zéro n'existe pas; un arbre est un végétal vivant.

L'arbre urbain est stressé: il manque notamment d'espace, souffre de la pollution, de vandalisme ou encore de coupes de racines. Résultat: l'espérance de vie d'un arbre en ville est jusqu'à 50% inférieure à celle de ses confrères en forêt, explique Cédric Waelti, porte-parole du Département de l'environnement urbain et de la sécurité de la Ville de Genève.

Et d'insister: l'arbre n'est pas du mobilier urbain. Il s'agit d'êtres vivants et fragiles qu'il faut protéger. Les chantiers en tous genres, que ce soient des constructions d'allées, de routes, de bâtiments, sont ressentis comme des agressions, rappellent ainsi les auteurs d'un ouvrage sur «L'arbre en milieu urbain».

Risques minimisés

Les travaux affectent la stabilité de l'arbre et génèrent des risques souvent minimisés; jusqu'à ce qu'un coup de vent mette brutalement à terre des arbres qui semblaient solidement ancrés.

Il arrive fréquemment que les racines soient coupées à quelques mètres d'un arbre en raison de travaux, mais les conséquences - qui peuvent survenir des années après - peuvent être graves: «C'est la porte ouverte à des agents pathogènes», observe Eddy Macuglia, contremaître de Neuchâtel, responsable du patrimoine arboré.

Selon lui, «pour les arbres d'avenue implantés sur des trottoirs et taillés régulièrement, la moyenne d'âge est d'environ une soixantaine d'années». C'est peu, au regard de l'âge qu'ils peuvent atteindre en forêt, soit plus de 200 ans.

Compte tenu des dégâts qu'ils subissent, les arbres sont davantage contrôlés en ville. «Au centre, près des écoles ou musées, dans des zones très fréquentées par le public ou avec beaucoup de circulation, les examens sont plus fréquents et le seuil de tolérance plus bas», explique Thierry Wieland, chef jardinier de la ville de Fribourg.

Scanner en cas de doutes

Les 40'000 arbres en ville de Genève sont surveillés par une équipe de 200 collaborateurs, dont des spécialistes qui «surveillent et soignent quotidiennement ce patrimoine arboricole», indique Cédric Waelti. Ces experts observent les arbres altérés, dépérissant ou sénescent, qui sont «soignés comme des patients».

A Lausanne, les arbres sont contrôlés visuellement deux fois par an. Le personnel écoute par exemple s'ils sont creux, gratte l'écorce au pied des arbres et effectue une tomographie (analyse du tronc par résonance) «en cas de doute», illustre Etienne Balestra, chef de la division de gestion des sols et végétaux au service des parcs et domaines de Lausanne.

La couronne, le tronc, la base du tronc, les racines et l'environnement des plus de 20'000 arbres de la ville de Zurich sont examinés à des intervalles définis, indique de son côté Hans-Jürg Bosshard, responsable des arbres urbains dans un rapport. Ce sont des examens visuels approfondis, le spécialiste parcourt l'arbre du haut vers le bas, abonde Thierry Wieland.

Accident pas exclu

L'ailante qui s'est écroulé sur trois adolescentes à Vevey - blessant grièvement une des filles - était manifestement mangé au niveau du tronc par un champignon. Le centenaire avait pourtant été examiné par un scanner six mois auparavant. Interrogées, les autorités municipales ont indiqué ne plus faire de déclaration sur cette affaire jusqu'à la clôture de l'enquête.

«Une tomographie ne scanne pas le tronc sur toute la hauteur, mais à un endroit précis», éclaire Thierry Wieland. Un prélèvement pratiqué «un peu plus haut ou un peu plus bas» peut tout changer. La méthode n'est donc pas infaillible.

«L'appareil peut induire en erreur», confirme Pascal Fossati, coordinateur de l'Association suisse pour les soins aux arbres (ASSA). «Par exemple, la densité du bois variera selon la variété du champignon présent. Si on ne le connaît pas, la lecture de l'image peut être mal interprétée», explique-t-il.

Même si toutes les précautions sont prises, l'accident n'est pas exclu. «A trop vouloir sécuriser, on enlève tous les arbres», tranche Eddy Macuglia.

Le scanner «n'est qu'un appui ou un support dans le diagnostic, il ne peut tout détecter», rappelle-t-il. «C'est comme en médecine, vous pouvez disposer de tous les instruments, mais sans médecin cela ne sert à rien». A ses yeux, l'historique de l'arbre, le contrôle visuel et l'expérience sont «les meilleurs outils».

(ats)