Schizoprhénie

22 juillet 2014 14:32; Act: 22.07.2014 14:41 Print

Nouvelles pistes pour comprendre la maladie

Une vaste étude avec participation suisse a permis d'identifier plus d'une centaine de variations génétiques associées au risque de développer une schizophrénie.

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Réalisés par un consortium réunissant plus de 300 scientifiques de 35 pays, parmi lesquels des Bâlois, des travaux concernant la schizophrénie ont été publiés dans la revue «Nature». Cette étude génétique, la plus importante conduite jusque-là dans le domaine psychiatrique, a porté sur plus de 150'000 individus, dont près de 37'000 patients.

Les chercheurs ont ainsi identifié, à partir de plus de 80'000 prélèvements, 128 variations génétiques indépendantes, dans 108 régions précises du génome, dont 83 nouvelles, pouvant contribuer à la prédisposition à la maladie.

La plupart de ces variations touchent des gènes impliqués dans la transmission de l'information entre les neurones et dans des fonctions essentielles à la mémoire et l'apprentissage. Elles concernent avant tout des voies de signalisation à travers lesquelles les neurones échangent des informations via les neurotransmetteurs glutamate et dopamine ainsi que les canaux calciques.

Traitements à améliorer

La schizophrénie, qui survient généralement à l'adolescence ou chez le jeune adulte, touche plus de 24 millions de personnes dans le monde. Elle se manifeste par des épisodes aigus de psychose, pouvant inclure hallucinations et délires, et divers symptômes chroniques se traduisant par des troubles affectifs et intellectuels.

Des traitements sont disponibles mais leur efficacité mérite d'être améliorée, soulignent les chercheurs. Les médicaments actuels traitent en effet les symptômes de la psychose mais ont peu de portée sur l'affaiblissement des capacités cognitives, note le Broad Institute américain dans un communiqué.

Lien avec le système immunitaire

Des associations supplémentaires entre des gènes de l'immunité et le risque de schizophrénie confortent en outre l'hypothèse d'un lien entre une dysfonction du système immunitaire et la maladie. La plupart des mutations (ou variations) sont courantes.

Pour Sven Cichon , professeur de génétique médicale à l'Université de Bâle, ces travaux livrent pour la première fois une cartographie systématique des voies métaboliques contribuant à l'apparition de la maladie.

En outre, le lien mis en évidence avec le système immunitaire explique pourquoi, dans des familles présentant des maladies auto-immunes ou après certaines infections pendant la grossesse, les cas de schizophrénie sont plus fréquents. Il n'y avait jusqu'ici aucun élément appuyant cette thèse, indique l'Université de Bâle dans un communiqué.

Nouveaux traitements

«Ces nouveaux résultats pourraient stimuler le développement de nouveaux traitements», estime Michael O'Donovan (Université de Cardiff, Grande-Bretagne), auteur principal de cette recherche.

Le Pr Cichon relève pour sa part que l'étude a mis en lumière le fait que ce n'est pas tant le plan de construction des protéines transcrit des gènes qui joue le rôle principal mais la quantité de protéines produite. Cela pourrait être un point de départ pour de meilleures thérapies, même si les perspectives sont difficiles à estimer, selon lui.

L'étude dite d'«association pangénomique» (GWAS en anglais, pour genome-wide association study) repose sur une vaste exploration du génome de nombreux individus, bien portants et atteints. Elle vise à trouver et localiser des variations associées à une maladie, en particulier avec des mutations génétiques courantes qui, prises individuellement, ont un effet mineur, mais dont l'accumulation peut jouer un rôle déterminant.

«Cette découverte confirme que la génétique est une cause majeure de la maladie», soulignent deux spécialistes, Jonathan Flint et Marcus Munafo (Grande-Bretagne), dans un commentaire dans la revue. Ils rappellent que le déni des «racines biologiques» de la maladie a souvent prévalu et a même fait l'objet d'un rejet pur et simple par le mouvement antipsychiatrique des années 1970.

(ats)